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L'unité d'urgence
de la Sûreté du Québec

section plongée sous-marine

par Luc Lefebvre / photos: Sûreté du Québec

Revue LA PLONGÉE, Volume 19, No. 1-2, Avril 1992

 Lorsque les recherches doivent se poursuivre sous l'eau !

Un petit voilier, un vent intense, un peu d'alcool et l'accident fatal. On n'entend que des murmures en cette fin d'après-midi au bord d'un lac devenu le théâtre d'une tragédie, comme on en vit une dizaine par été au Québec. Une équipe de plongeurs arrive sur les lieux. Un de ses membres recueille les détails auprès de l'enquêteur déjà sur place. Puis les recherches débutent. Quelques heures plus tard, la victime est retrouvée. Fin d'avant-midi, autre journée, autre semaine et autre scène de crime. L'équipe de plongeurs vient tout juste de récupérer l'arme à feu qu'un malfaiteur croyait dissimulée à jamais dans ce cours d'eau plutôt sombre. Pièce à conviction importante pour l'enquêteur. L'équipe plie bagage et repart vers ses quartiers. Cette équipe, c'est l'Unité d'urgence de la Sûreté du Québec, section plongée sous-marine.

Ils ne sont pas nombreux. Ce n'est pas un régiment mais plutôt un petit groupe d'élite. Huit policiers plongeurs, quatre à Québec et autant à Montréal (dont un agent qui est aussi technicien en explosif). Des policiers comme les autres et des plongeurs comme les autres, voilà les deux ingrédients qui donnent à l'escouade un peu plus de réalisme. Ce qui n'est pas toujours aussi simple, c'est d'effectuer des plongées dans des conditions souvent extrêmement difficiles. "Nous ne savons jamais à quel endroit ni dans quelles conditions nous devrons plonger" lance le policier Harold Sheppard qui compte 25 années d'expérience en plongée dont 17 comme plongeur à la Sûreté du Québec. "Pour nous, la planification de nos plongées est primordiale et se fait toujours en accord avec chacun des membres de l'équipe". Il arrive parfois que l'escouade refuse le risque "Il n'y a pas de honte à dire non", selon l'agent Sheppard. Au sein de l'escouade en tant que chef d'équipe depuis 1979, c'est à lui que revient la responsabilité des opérations. Pour ce plongeur professionnel, la sécurité des membres de son groupe prime avant tout : "Des incidents, il s'en produit à l'occasion. mais c'est l'expérience qui fait toute la différence".

Un seul plongeur à la fois

Depuis la naissance de l'escouade au début des années 70, les plongeurs de la Sûreté du Québec ont mené à bien des opérations de toute sorte : récupération de véhicules volés, d'armes à feu basculées en toute hâte par les malfaiteurs, de biens dérobés devenus trop gênants ou de tout indice permettant aux enquêteurs de pouvoir incriminer tôt ou tard les coupables. Le tiers des opérations menées par les plongeurs se rapporte aux noyades. "Le côté humanitaire est très important, retrouver le corps d'une victime et le remettre à la famille est une mission que nous voulons à tout prix réussir. Malheureusement, les conditions difficiles ne nous donnent parfois guère le choix et nous devons abandonner nos recherche", commente l'agent Sheppard. Les plongeurs sportifs sont souvent présents dans de telles circonstances, mais ils ne peuvent, en aucun cas, plonger au même endroit que les policiers. Les techniques de recherches qu'utilise la Sûreté du Québec permettent d'obtenir des résultats plus rapidement et de façon beaucoup plus sécuritaire. Des méthodes qui ne trompent pas et qui ont fait leurs preuves. Il existe un manuel de procédure à l'Unité d'urgence et on apporte d'année en année, des améliorations aux différentes techniques qui y sont décrites. Contrairement à la plongée récréative, les membres de l'équipe plongent seuls, entendons-nous, seuls sous l'eau. Relié par un câble de vie, le plongeur communique constamment avec son copain qui est à l'extérieur et guette ses moindres mouvements. "Nous ne pouvons pas utiliser la méthode copain-copain comme en plongée sportive, la visibilité étant souvent réduite à un point tel qu'il serait facile de se perdre de vue ou de s'entremêler dans nos cordes", explique Harold Sheppard. Après avoir recueilli un maximum d'information auprès des enquêteurs et étudié l'ensemble des paramètres de plongée (courants, marée, visibilité, profondeur, temps de plongée, etc.) les membres décident du lieu exact où se dérouleront les recherches et de la méthode à utiliser. L'escouade a recours de façon régulière à la technique du pendule. Cette façon de faire permet de ratisser adéquatement un secteur bien précis. Un plongeur effectue le mouvement d'un pendule pendant qu'à l'extérieur son copain, à l'aide d'un câble qui les unit, diminue la distance qui les sépare. Un troisième plongeur suit l'opération de l'extérieur, prêt à intervenir au moindre signal de détresse. La technique du quadrillage est aussi employée à l'occasion pour les recherches au large. À l'aide du pneumatique de l'Unité d'urgence, un plongeur se laisse traîner selon un trajet bien précis à l'intérieur du territoire visé. "Les techniques que nous déployons généralement nous apportent du succès dans nos recherches", dit Harold Sheppard, "l'expérience nous aide, mais la planification à la lettre de nos plongées est primordiale".

Avant tout, des plongeurs dans l'âme

N'entre pas qui veut à l'Unité d'urgence, section plongée sous-marine. D'abord il faut être policier membre de la Sûreté du Québec, mais aussi plongeur certifié niveau Il. L'appel est alors lancé à travers le Québec et, normalement, parmi les 4 400 membres du corps de police provincial, moins de 25 demandes sont acheminées à Saint-Hubert, au quartier général de l'escouade. Alors s'enclenche le processus de sélection. Examen médical complet, test d'aptitude en piscine et ensuite en carrière. "J'observe beaucoup le candidat, surtout à l'extérieur de l'eau. Va-t-il aider ses coéquipiers? Comment travaille-t-il avec l'équipement? Mais surtout fait-il preuve d'esprit d'équipe?", explique l'agent Sheppard. On comprend que l'esprit d'équipe soit essentiel à l'intérieur de ce petit groupe de plongeurs professionnels. La bonne forme l'est aussi. L'entraînement en gymnase. en piscine et dans une carrière abandonnée est pour eux chose courante. Ils doivent maintenir une excellente forme physique, tant au niveau musculaire que cardio-vasculaire. L'entraînement psychologique occupe aussi une place importante. Une fois par année, les plongeurs de l'Unité d'urgence de Montréal rencontrent ceux de Québec, aux Escoumins. "Nous échangeons sur nos expériences vécus durant l'année, essayons du nouvel équipement et en profitons pour effectuer quelques plongées en profondeur". Cette confiance en soi qu'ils acquièrent est vitale. "Et puis, aux Escoumins c'est tellement beau! Nous en profitons aussi pour admirer la faune marine", de lancer celui qui, de toute évidence, est un passionné de la plongée.

Le danger de la routine

Ce genre de travail ne saurait être complètement sécuritaire sans une communication efficace entre plongeurs. Bien sûr, il y a le câble de vie jumelé à un petit câble de signal. mais aussi un système de transmission de la parole à l'intérieur du masque. "Pour le plongeur de surface c'est très rassurant, ça lui permet d'entendre la respiration du plongeur sous l'eau", nous dit le chef d'équipe. L'escouade choisit l'équipement qui lui convient le mieux. Costume sec, casque de protection, pollution exige, et bouteille en acier permettant de réduire le poids à la ceinture. On cherche à doter l'Unité d'urgence de la Sûreté du Québec, section plongée sous-marine, d'un sonar. Cette technologie permettra de scruter le fond afin d'établir plus facilement les difficultés qui seront rencontrées et de localiser immédiatement l'élément qui fait l'objet de recherche. "Pour nous, ce qui compte, c'est d'accomplir notre mission le plus efficacement possible et de façon sécuritaire, donc de demeurer le moins longtemps possible sous l'eau et sans incident", avoue l'agent Sheppard. "Le plus grand danger en plongée, après tant d'années d'expérience, c'est la routine qui fait que l'on est moins méfiant !" Mais même cet éventuel problème est pris au sérieux par les policiers. "C'est la raison pour laquelle je demande toujours une double vérification de l'équipement par un autre membre de l'équipe avant que le plongeur ne descende sons l'eau. J'ai trop vue d'accidents de plongée reliés simplement à un manque de vérification". C'est vrai, il en a vu de toutes les sortes depuis qu'il travaille à l'Unité d'urgence de la Sûreté du Québec. Sa première mission à l'escouade fut de repêcher le corps d'un plongeur, autre accident qui aurait pu être évité. Le policier et plongeur Harold Sheppard résume : "Mon message, s'il peut être entendu, est assez simple. Tout ce que l'on apprend dans les cours de plongée est vrai! La narcose, les embolies et les autres accidents énoncés, n'existent malheureusement pas qu'en théorie !"

 


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Dernière mise à jour:  22 juin, 2009