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"TOBERMORY
par cinq brasses"

par Marcel Jean,
président des Symbiotes

Revue LA PLONGÉE
Volume VIII, No. II, Novembre 1981

 

C'est vendredi le 29 août 1980 au matin, qu'une caravane du Club Symbiotes de la plongée sous-marine prenait la direction de Tobermory. au nord de Bruce Peninsula. Cette péninsule est formée du côté ouest par le lac Huron et de la Baie Géorgienne du côté est.

Tobermory est non seulement un endroit pour plonger mais est aussi la continuité de la route No 6 via un traversier à péage. La traversée, étant d'une heure et quarante minutes, vous mène à South Baymouth sur l'île Manitoulin. Pour vous diriger ensuite vers Sudbury.

Revenons à notre caravane partie de Montréal et dirigée de main de maître par notre président, Ferenc Agoston à cette époque. C'est au premier centre d'information touristique de l'Ontario qu'avait lieu le premier rendez-vous. Neuf heures plus tard, nous sommes au Fathom Five Provincial Park qui englobe Tobermory.

Des 128 autres parcs du Ministère des Ressources Naturelles de l'Ontario. Fathom Five est l'unique parc sous-marin administré pour les plongeurs touristes. Ce parc a une superficie de 45 milles carrés. Il m'apparaît sous la forme d'un triangle dont l'une des pointes serait Cape Hurd au sud-ouest de Tobermory. La pointe nord-est du triangle serait bornée par Bears Rump lsland, tandis que Gat Point de Cove lsland bouclerait le triangle à sa partie nord-ouest.

D'après les dires de Ferenc Agoston, Tobermory était un endroit extraordinaire pour la plongée sur épaves. C'est vrai, nous en avons eu plein le masque.

Pourquoi autant d'épaves au même endroit ?

Entre la péninsule et l'île Manitoulin se forme un étroit passage situé entre la Baie Géorgienne et le lac Huron. Cette passe est truffée d'îles, de hauts-fonds, de courants ainsi que de plusieurs canaux.

Vers les années 1880 les aides à la navigation n'existaient pratiquement pas. Au moment d'une tempête sur le lac Huron ou encore dans la Baie Géorgienne. plusieurs bateaux de l'époque soient: des bateaux vapeur en bois, des goélettes, des bricks Anglais s'échouaient littéralement sur les hauts-fonds. pointes de roches ainsi que sur les îles.

Samedi matin sous un ciel incertain, le quai invita l'emplacement à de nombreuses bouteilles d'air multicolores. de combinaisons thermiques. de détendeurs et de tout autre équipement nécessaire aux plongeurs. La vérification des pressions accomplie le groupe enfila anxieusement et avec une méticuleuse individualité le complet d'équipement sophistiqué (même un Nautilus} qui même encombrant, en valait bien le temps et l'effort.

Ensuite, par petits groupes de trois ou de quatre, les plongeurs se destinent vers la bouée sous laquelle gisait notre première épave, le "W.L. Wetmore", à une profondeur de 7 à 8 mètres. un vapeur qui sombra le 29 septembre 1901 à l'ouest de Russel Island. Il fut construit à Cleveland, Ohio en 1871.

Lors d'une tempête dans le canal de McGregor, le "Wetmore" remorquait deux goélettes, le "James C. King" et le "Brunette". Une fausse manoeuvre de la part du remorqueur fit perdre les deux vaisseaux par le brie des câbles. Suite aux difficultés il s'échoua sur l'île Russel. Aujourd'hui il repose dans un monde de silence et nous pouvons voir sa chaudière, la machinerie et une bonne partie de sa coque.

Tellement émus par la capacité de pouvoir participer à cette aventure symbiotique, j'avais de la difficulté à accepter la réalité... celle d'un magnifique vapeur flottant il y a 79 ans... j'étais submergé et le monde sous-marin des Grands Lacs me confrontait et m'invitait à explorer ses eaux.

Ma première sensation fut celle de l'eau se glissant sous ma combinaison thermique ainsi que de la grande visibilité. Je débutais lentement ma descente, contraint de maintenir à quelques reprises ma profondeur. afin d'égaliser la pression dans mes oreilles. Après avoir localisé ce qui ressemblait à mon objectif. un sentiment de confusion n'envahit car ce qui était autrefois la proue d'un navire, sans doute majestueux, n'était que protubérances grandioses enrobées de multiples herbages, semblables à la chevelure verdâtre d'une sirène.

Je me retiens à la proue et je prend quelques photos, puis je me déplace le long de la coque où je découvre ses entrailles dévoilées à mes yeux. Mon attention est attirée par des coquillages en spirales, des écrevisses, de petits organismes blancs et des lichens mousseux qui cohabitent en harmonie... une symbiose quoi...

Cette fois j'ai plongée verticalement en suivant ce qui me semblait être la paroi de la chaudière à vapeur du "Wetmore". La hauteur de cette muraille mesurait dans les 5 mètres et gagnait un diamètre d'environ 2.5 mètres. Vers le fond j'ai pu noter l'emplacement géométrique des tiges métalliques (fiches) sortant d'environ 80 mm des planchettes horizontalement orientées. Les bielles, les roues à auglets, les pistons et l'arbre reliant l'hélice à la machinerie reposaient pour toujours dans ce monde sous-marin merveilleux.

Tellement absorbé par ce qui se déroulait visuellement devant moi, j'avais oublié de vérifier mon manomètre de pression qui indiquait 500 psi. Malgré le désir hypnotisant et le sentiment d'euphorie qui m'envahissait, la prudence m'incita à remonter à la surface... mon ascension se fit à un rythme ralenti.

Puisque je remontais obliquement. j'ai pu remarquer que l'épave semblait être divisée en deux sections et que certains endroits excessivement noirs indiquaient possiblement une perforation du pont. À mesure que j'approchais de la surface illuminée de l'atmosphère je me laissais relaxer en écoutant le bruit métallique des bulles s'échappant de mon détendeur. Ainsi je contemplais sérieusement une seconde plongée après un bref repos.

Pour la 2ième plongée. nous nous sommes dirigés dans le Big Tub Harbour où, du même coup. nous plongions sur deux épaves.

Le premier, un vapeur canadien. le "City of Grand Rapids", trente sept mètres de long construit à Grand Haven, Michigan, en 1879. Il pris feu et coula dans 3 à 5 mètres d'eau en octobre 1907. Le deuxième, à peine 15 mètres du premier, le "Sweepstake" construit à Burington en 1867. Une goélette, elle sombra en juin 1896 par un manque d'entretien. Aujourd'hui la coque et le pont existe encore. La raison en est donnée par l'étroitesse de la baie qui le met à l'abris des vagues et des tempêtes.

C'est au nord de Little Tub Harbour que s'est effectué la 3ième plongée. Cette fois-ci un remorqueur à vapeur destiné pour la pêche, le "Robert K.". Lors d'une tempête, les amarres se rompirent, le remorqueur fut poussé hors du port et heurta les hauts-fonds de roches à la sortie nord du pont et coula immédiatement. De nos jours, nous pouvons voir la machinerie. la bouilloire, une partie de la coque ainsi que plusieurs morceaux. Dans ce même arrondissement et par la voie de terre vous pouvez plonger sur quatre (4) autres remorqueurs dont le "Bob Foote" 1905, "Alice G" 1927, "Anne Hall" 1884, "John & Alex" 1947 dans 5 mètres d'eau.

Pour la 4ième plongée, le capitaine du bateau nous amena sur "Dunks Pt.". Une formation de roches que je pourrais associer à un immense "fromage gruyère" d'une rare beauté.

La visibilité de l'ensemble des plongées étaient de 7 à 9 mètres. La thermocline se situaient vers les 18 mètres et la température de l'eau dans les environs de 7 à 8° C sous la thermocline.

Le soir venu, une petite bouffe à la Hongroise fut la bienvenue. Nous avons eu droit à des viandes froides... hongroises... des saucissons chauds ou froids... hongrois... des tomates à la hongroise... non il ne faut tout de même pas exagérer ! Le tout arrosé de vin... hongrois. Mais le clou du souper a été la fameuse tartine à la graisse, saupoudrée de paprika, recouverte d'une tranche de piment vert accompagnée d'un petit lard ... évidemment à la hongroise ! (Depuis le temps que je me promettais d'y goûter, je peux vous avouer que ce n'est pas à dédaigner).

Dimanche matin d'un commun accord. nous décidions de faire une plongée en grotte. Ces grottes sises approximativement à 21 km à l'est de Tobermory, plus précisément à Halfway Rock Point, dans le Cyprus Lake Provincial Park.

Après s'être stationnés et avoir placé les 9 à 10 kg de plombs aux hanches, les bouteilles de 15 à 20 kg sur le dos et en plus le sac de matériel scuba sur les épaules. nous nous engagions dans le "Georgian Trail", la seule voie pédestre qui nous permettrait d'atteindre les grottes. Au bout de 30 à 40 minutes. tous fourbus et tous croches nous étions en extase devant la beauté du spectacle... nous avions à nos pieds les grottes.

L'enthousiasme ayant pris place à la fatigue du portage, nous descendîmes le matériel le long d'un câble, juste à l'entrée géante de la grotte.

Tous, nous étions réunis à ce même endroit; autant de physionomies et de sourires que d'intérêts différents animaient nos conversations. Pourtant. derrière chaque visage se lisait une émotion intense. Nous étions là dans un but commun.

D'ailleurs, des signes marquants du groupe surent traduire leur unique préoccupation: un mot, une phrase. une force. un écusson, un peu de rouge traversé d'une diagonale blanche, quelques lettres ACUC, PADI, NAUI. En effet toute cette symbiose nous unissait. Par la suite, la plongée fut un repos car la beauté de ces lieux était grandiose.

Comme toute plongée a une fin, il fallut refaire le même chemin avec le même bagage sur les épaules. En terme de conclusion de cette journée, comme disait un de nos membres: "La plongée ce n'est pas un sport... mais le transport ça c'est du sport !"

Lundi avant-midi, après un bon déjeuner, nous avons eu la chance d'avoir un bateau et nous sommes retournés sur l'épave du "W.L. Wetmore" que quelques-uns n'ont pas vue et sur une 2iéme épave le "C.P. Minch", une goélette de trois mats de 47 mètres de long, construite à Vermillon, Ohio en 1867. Son port d'attache était Chicago. Elle sombra en octobre 1898. Elle se dirigeait dans la Baie Géorgienne lorsqu'un vent violent accompagné de vagues la poussa sur les roches de Tecumseh, endommagea la coque et sombra. Aujourd'hui on trouve des débris de cette goélette jusqu'à une profondeur de 24 mètres au fond d'une baie tranquille.

En résumé, pour cette "fin de semaine du travail", beaucoup de transport mais un déplacement qui en valait la peine. On acquiert une certaine expérience dans le domaine de la plongée, camping et transport. Pour ceux et celles qui veulent vivre une vraie fin de semaine de plongée et de camping, c'est l'endroit par excellence. Si je fais le compte des plongées. personnellement, j'ai effectué six plongées d'épaves, une plongée sur une formation rocheuse et une plongée en grotte ce qui totalise huit plongées.

À tous plongeurs et plongeuses nous vous donnons rendez-vous l'an prochain pour vivre avec nous une autre grande aventure symbiotique à Tobermory.

Salut à tous !

Les Symbiotes.

 


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Dernière mise à jour:  05 janvier, 2003

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Dernière mise à jour:  04 December, 2005