La
ville de Brockville est située au coeur des Milles-Îles, une des plus belles
régions de l'Ontario. Mais plusieurs ignorent que tout près, dans le
Saint-Laurent on trouve aussi plusieurs épaves. Par exemple, l'épave du Lillie
Parsons dont nous avons déjà parlé dans La Plongée. Il y a
aussi celle du Muskeelounge et du Henry C. Daryaw ainsi que celle
du Robert Gaskin où nous avons plongé récemment.
C'est un site de plongée fait sur mesure pour les débutants et ceux et
celles qui préfèrent les sites faciles d'accès. L'épave est située à 450
mètres du rivage, juste en face de Blockhouse lsland. En raison de la
circulation maritime, il serait dangereux de s'y rendre à la nage, mais cela
dit, les conducteurs de bateaux des environs respectent le drapeau de plongée,
on peut donc y descendre en toute confiance.
Le Gaskin repose à une profondeur de 20 m (60 pieds). La température
est assez confortable et la visibilité varie souvent avec les vents et la pluie
de 2 à 3,5 mètres (6 à 13 pieds) ce qui est la norme dans cette partie du
fleuve. Le site est bien identifié par une bouée jaune, visible du large
lorsqu'il n'y a pas de houle à la surface.
L'épave est encore en assez bon état malgré les dégâts causés par
l'accident qui l'a fait sombrer. On trouve de belles poutres en bois massif
recouvertes d'algues et de sédiments accumulés depuis plus d'un siècle. Il y
a des maillons de chaînes rouillées éparpillés ici et là sur le pont. Avec
le fouillis qui y règne, on peut facilement imaginer la violence de l'impact.
Les cales sont dépourvues d'obstacles, on peut donc y pénétrer sans crainte
de demeurer coincé. À l'intérieur, on trouve plusieurs barils et d'autres
accessoires du genre. La présence de sédiment incite à palmer avec
précaution pour ne pas trop déplacer la vase qui réduit la visibilité déjà
limitée.
Partout
on peut constater les dommages causés par l'accident. À l'époque, on disait
du Gaskin qu'il était le plus beau bateau du fleuve. Avec l'âge, il a
connu le même sort que beaucoup de navires transformés en bateau de transport
de marchandises. En suivant le chemin du désastre, on arrive à sa poupe où se
trouve un grand trou témoignant du naufrage. Les mâts ont été arrachés plus
tard par les glaces puis dynamités pour éviter que d'autres embarcations ne
les heurtent.
L'histoire du Gaskin est plutôt intéressante. Il a connu plusieurs
incidents durant ses premières années de navigation. Durant les dernières
années, ses trajets routiniers se sont déroulés sans problèmes jusqu'au 18
septembre 1889 où le ponton d'une barque qui travaillait à côté s'est
détaché et a heurté violemment sa coque, déjà affaiblie par l'âge. Il
avait été construit en 1863 et appartenait à Mme Élisabeth Gaskin qui le
nomma ainsi en l'honneur de son époux, Robert.
L'épave a été oubliée jusqu'à ce que des plongeurs d'Ottawa en
découvrent l'existence le 27 avril 1980. Depuis, plusieurs groupes de plongeurs
se sont rendus sur le site. Les écoles y font des certifications et les clubs
et les boutiques y organisent des journées de plongée en profitant des
installations du parc pour faire un pique-nique. Il constitue donc un excellent
site pour une plongée de loisir.