Retour

RETOUR

Retour à la page d'accueil

  


LA RÈGLE DES TIERS :

un tiers pour aller
un tiers pour revenir
un tiers pour la sécurité

par Normand Nadeau

Revue LA PLONGÉE,  Volume 19, No. 4, Août 1992

La règle des tiers est une règle de sécurité qui doit être à la plongée sportive ce que le ruban à mesurer est au menuisier; mesurer le temps et la distance que nous avons à parcourir sous l'eau et maintenir une marge technique de sécurité. Elle doit créer des paramètres pour protéger le plongeur d'éventuels problèmes ou erreurs de planification.

Mal connue, cette règle, principalement destinée aux plongées en milieu peu connu ou inconnu et aux plongeurs peu expérimentés, est ignorée volontairement car on croit généralement qu'elle limite trop le temps de fond. Toute plongée devrait donc être planifiée avec la règle des tiers.

Considérer la règle

Il est vrai qu'elle réduit légèrement le temps de la plongée. Mais on ne devrait plus s'en soucier lorsqu'on comprend qu'elle nous permet d'obtenir un encadrement plus sécuritaire. La règle des tiers est particulièrement intéressante lorsqu'elle est utilisée conjointement avec certaines connaissances techniques comme celles mentionnées plus loin. Elle doit être considérée comme un défi de sécurité. Défi qu'on tente à chaque plongée.

Le niveau de plongée

Le plongeur moyen fait environ trois à cinq plongées par année. Avec si peu de pratique, on ne peut guère accumuler d'expérience. Il est donc impératif d'obtenir le maximum d'informations pour préparer sa plongée. Mes six années au centre de plongée de Percé et plus de 2,000 plongeurs observés m'ont révélé que le plongeur moyen consomme l'air d'une bouteille d'une capacité de 72 pieds cubes en une moyenne de 40 minutes à plus ou moins 30 pieds (10 mètres) de profondeur, en conservant une réserve de 500 à 700 livres de pression. Il est intéressant aussi de noter que même ceux ayant une bouteille avec plus de capacité ne passent pas plus de 50 minutes sous l'eau peu importe le type de combinaison. Avec les conditions du Québec et l'équipement actuel il est difficile de passer plus de temps dans l'eau et de maintenir un niveau d'énergie suffisant pour conserver l'attention et l'intérêt nécessaire pour une plongée agréable et sécuritaire.

Un bon plan

Un plan de plongée est nécessaire. Il consiste à ajuster son parcours dans le milieu aquatique selon sa forme physique, sa compétence et son expérience. Naturellement, il faut obtenir les informations concernant le milieu comme : le vent, le courant, la marée, la géographie sous-marine, les attraits, la bathymétrie, la faune et la flore, les secteurs à risques, l'étendue du milieu praticable etc. Les précisions d'un plan de plongée varient selon la possibilité de l'individu à interpréter toutes ces informations. Mais à partir de ces données et des autres données fournies plus loin, plusieurs seront en mesure de mieux préparer leur plongée et de visualiser l'étendue de leurs gestes.

Éléments principaux

Pour appliquer convenablement la règle des tiers, il faut connaître deux éléments principaux dont la vitesse de déplacement et la distance parcourue. Ces deux éléments indispensables servent à visualiser le champ d'action du plongeur sur une carte ou sur le site. L'évaluation de la vitesse de déplacement du plongeur peut se faire sur trois échelles: la vitesse de pointe, de croisière et d'observation. La vitesse de pointe est celle où l'on atteint le maximum de propulsion. On ne peut maintenir cette vitesse que quelques secondes seulement car elle provoque de l'essoufflement, conséquence qu'il faut éviter à tout prix en plongée. On atteint la vitesse de croisière en palmant normalement et sans arrêt. C'est le palmage moyen du plongeur. Finalement, la vitesse d'observation est la composition de quelques coups de palme et d'arrêts qui fait une moyenne de 0.1 à 0.2 mètre à la seconde (6 à 12 mètres à la minute maximum).

Trouver sa propre vitesse

Il est facile de déterminer sa propre vitesse. Il suffit de tendre une corde de 30 mètres sur un fond de 5 à 6 mètres avec un repère à chaque extrémité et de parcourir la distance en mesurant le temps, à la vitesse de pointe, de croisière et d'observation. En divisant la distance par le temps (en secondes) on obtient la vitesse à la seconde. Ensuite, on multiplie cette vitesse par 60 secondes et on obtient ainsi la distance parcourue par minute.

La vitesse de croisière n'est pas la même pour tous mais varie en général de 0.4 à 0.7 mètres à la seconde. Deux facteurs principaux peuvent influencer la vitesse de déplacement du plongeur : la condition physique et l'équipement. Il est évident que si quelqu'un s'entraîne, il aura moins de difficultés. Quant à l'équipement, son impact est tout aussi important sur la propulsion, par la résistance au déplacement dans l'eau (poids et volume) ou par son adaptation physiologique. Par exemple, la combinaison étanche et son ensemble peuvent réduire de 30 à 70 % l'efficacité de propulsion du plongeur selon son ajustement et la quantité de lest utilisé. Cela peut devenir comparable au passage de la vitesse de croisière à celle d'observation en dépensant la même énergie.

La vitesse apparente

A la vitesse de 0.5 mètre/seconde, un plongeur peut parcourir 30 mètres à la minute. Si ce même plongeur consomme l'air de sa bouteille en 40 minutes à une profondeur de 10 mètres et se garde une réserve de 500 livres de pression, il pourrait donc parcourir 1,200 mètres (40 minutes de palmage à 30 mètres à la minute = 1,200 mètres). Ce modèle est théorique car, en réalité, la vitesse de croisière n'est pas constante sur une si grande distance et sur une plongée entière. Au fur et à mesure que la plongée se déroule, la capacité physique et motrice des jambes diminue.

La conversion

Nous allons maintenant convertir cette "ancienne' manière de plonger, en règle des tiers. Supposons que la bouteille du plongeur ci-haut est une 72 pi3 à 2,250 livres/po2. Il consomme l'air de sa bouteille en 40 minutes et garde 500 livres de pression en réserve. Quarante minutes pour 1,750 livres de pression (à 10 mètres toujours). Si l'on effectue une règle de trois, on peut supposer qu'il prendra à peu près 50 minutes pour la totalité de l'air de la bouteille (51 minutes et des poussières). Maintenant, on divise ce temps par trois et l'on obtient 17 minutes par tiers d'air de la bouteille. Donc le plongeur peut prendre 17 minutes pour explorer, 17 minutes pour revenir vers son point de départ toujours en explorant et se garde 17 précieuses minutes de sécurité. On constate que six minutes ont été soustraites au temps de plongée en passant de l'ancienne méthode à la règle des tiers, mais elles ont été ajoutées à la marge de sécurité !

La distance apparente

En se déplaçant à 30 mètres à la minute, il parcourt 510 mètres pour aller et 510 mètres pour revenir tout en préservant une marge de sécurité. Ces 1,020 mètres aller-retour représentent un long parcours qu'il est possible de réaliser si on place tous les atouts de son côté. Mais le but en plongée est d'admirer les beautés et d'observer ce que nous offre le monde sous-marin et non de palmer le marathon. Plus on s'éloigne de notre point de départ, plus élevés sont les risques, alors la vitesse maximale avec laquelle on devrait se déplacer est celle de croisière.

Visualiser son champ d'action

  • Bouteille : 72 pieds cubes, 2,250 livres au pouce carré.
  • Profondeur de 10 mètres.
  • Vitesse de croisière de plus ou moins 0.5 mètre à la seconde.
  • Temps de parcours par tiers de 17 minutes.
  • Distance parcourue par tiers de plus ou moins 500 mètres.

Avec ces données, il est possible de visualiser son champ d'action maximum sur une carte par tiers de consommation. Elles permettent éventuellement de repérer les profondeurs de chaque secteur et de s'y reconnaître une fois dans le milieu. Elles permettent aussi de situer les objectifs possibles dans les paramètres de la règle des tiers. (photo 1)

Un plongeur doit être un administrateur

Comme un comptable, le plongeur doit noter chaque dépense d'énergie passée et future et tenter d'imaginer son état: Autrement dit, savoir reconnaître ses capacités et faire le "solde" sur son état général pour éviter le "déficit" et ainsi optimiser sa plongée et rentabiliser son investissement en loisirs agréables. La capacité physique et mentale est potentiellement variable, et pour évaluer sa moyenne il faut se doter d'un encadrement technique et d'un apprentissage progressif comme le fournit la règle des tiers. Ainsi, après chaque plongée encadrée avec précision, le plongeur peut s'évaluer et mieux s'imaginer dans son futur plan de plongée.

Temps de plongée + fatigue = DANGER

L'être humain est très vulnérable. La perte d'énergie engendrée par tous les efforts que nécessite une plongée augmente au fur et à mesure que la plongée se déroule. De plus, Si on est soumis à un léger effort, on peut facilement passer d'un état apaisé à celui d'essoufflement. Si on allonge le temps de plongée (exposition au milieu), on peut réduire dangereusement "l'actif" général du plongeur et exposer davantage ses faiblesses tout en diminuant sa capacité mentale à évaluer et à intervenir pour chaque situation. Aussi; au niveau de la sécurité, il n'est jamais à son avantage de prolonger une plongée à moins d'être- en bonne forme physique et de posséder une solide expérience.

Adapter la règle des tiers à l'orientation

Il est très facile d'adapter la règle des tiers à des parcours d'orientation comme le carré ou le triangle. La -somme des temps de consommation dès deux premiers tiers de la bouteille peut être divisée et rapportée sur ces figures. Si le temps de plongée pour les deux premiers tiers est de 34 minutes à une profondeur de10 mètres, dans Ie cas de la figure d'orientation en triangle, le temps doit être divisé par trois. Dans le cas du carré, tout simplement par quatre pour chacun de ses côtés. De cette manière; on conserve toujours son troisième tiers comme marge de sécurité.

Capacité de s'orienter

Il n'en tient pas seulement à la vitesse et à la distance parcourue mais aussi à la capacité de s'orienter (photo 2) et de respecter la profondeur prévue car les 300, 400 ou- 500 mètres ont pu être parcourus en tournant en rond. Il est capital d'apparaître à la surface à chaque fois que l'on a atteint la fin d'un tiers pour obtenir une idée exacte de sa position par rapport à son point de départ et au plan de plongée. Il est nécessaire de remonter à la surface à moins d'être certain à 100% de sa position sous l'eau. Pour ce faire, il faut maîtriser à 100% l'utilisation de la boussole et les notions de vitesse et de distance parcourue. Il faut aussi emprunter un chemin connu où il est impossible de faire une erreur au retour et, enfin, avoir des indices d'orientation et de position fiables à 100%.

Quand ça va mal

Si par inadvertance, après le deuxième tiers, on n'a pas atteint son point-de retour et à moins d'être près de ce point, on doit parcourir le reste du trajet à la surface, avec son tuba, en gardant le dernier tiers seulement pour les imprévus du type navigation dangereuse, vagues trop importantes, difficulté à se maintenir à la surface, mal de mer etc. Dans ces cas, on descend à une profondeur sécuritaire située entre 3 et 4 mètres et on poursuit son trajet vers le point de retour tout en remontant occasionnellement, pour se situer si on ne peut s'orienter convenablement. Un seul plongeur (le plus expérimenté) monte à la surface pour diriger.

Cette méthode évite d'exposer deux plongeurs à la surface et de prendre trop de temps pour se déplacer. Bien sûr, cette méthode ne s'applique que pour ce genre de situation et lorsque la visibilité de l'eau permet l'observation mutuelle permanente entre les deux individus malgré les 3 ou 4 mètres qui les séparent.

Quand ça va très mal

Si ça persiste à aller mal, que l'on sent sa sécurité menacée, que les conditions physiques nous entourant ne sont pas favorables, il ne faut pas hésiter à gonfler sa veste compensatrice ou larguer sa ceinture de lest afin de s’assurer une flottabilité sécuritaire. Il faut demander de l'aide si nécessaire… et ne pas se sentir gêné de le faire !

Changer ses plans

Cela arrive qu'il y ait des changements dans le plan pendant l'exécution de la plongée. Il faut préalablement être d'accord pour d'éventuels changements et s'assurer que cela ne modifiera en rien le respect des tiers (photo 3). Il faut observer constamment le milieu où l'on se trouve et consulter nos instruments régulièrement pour suivre son plan, évaluer sa position et avoir une idée de sa direction. Les déplacements dans toutes les directions sans porter attention sont à éviter sauf dans un milieu considéré comme facile.

Attention au courant

Le courant a une influence majeure sur un plan de plongée. Il peut nous être propice ou dangereux. On doit toujours le considérer pour nos déplacements et être conscient de son existence. Sachant que l'on se déplace à 0.5 mètre par seconde et que le courant présent, qui nous fait face à la même vitesse, il serait fou d'y plonger ou de vouloir le combattre en utilisant sa vitesse de pointe qu'on ne pourra maintenir à peine qu'une minute avant de dériver à bout de souffle. Il faut utiliser le faible courant à notre avantage soit en le remontant au début d'une plongée et en le descendant pour la compléter. On ne doit JAMAIS faire de parcours d'orientation en présence d'un courant moyen à fort. En présence de ces courants, il faut plonger dans le sens qui nous avantage mais faire extrêmement attention car c'est un vilain joueur de tour. Il est indispensable de s'informer des conditions d'un site nouveau auprès des experts de la région qui y plongent régulièrement. Une bonne forme physique et une solide expérience sont nécessaires pour les plongées en présence de courant.

Mauvaise pratique

Un tiers pour voir, un tiers pour apprendre et un tiers pour survivre est malheureusement une devise souvent utilisée par les plongeurs téméraires. Cette catégorie de personnes tous risques font face à des difficultés en plongée à cause de l'improvisation. "On verra quand ça arrivera" n’est pas une règle de sécurité et peut mener là où l'on a pas envie d'être, nous retirant ainsi tout plaisir de notre investissement.

La joie de la plongée

Le vrai plaisir de la plongée n'est pas seulement d'aller sous l'eau, c'est aussi la planification, l'organisation et la réalisation en équipe de découvrir les éléments, les secrets et les sensations qui se cachent dans la nature et dans l'être humain, cela avec un sentiment de sécurité.

Un tiers pour aller, un tiers pour revenir et un tiers pour la sécurité a maintenant tout son sens !

Une fois de plus, plonger c'est affirmer sa liberté.

 


Si vous avez des commentaires sur ces pages SVP, communiquez avec l'administrateur.
Dernière mise à jour:  04 December, 2005