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Le tout débuta en mars 1951 alors que je recevais, au Musée militaire et
maritime de Montréal, une lettre de monsieur Roméo Cabot, gaspésien
d'origine, plus précisément du petit village côtier de St-Georges-de-Malbaie,
dans laquelle il me faisait part du repêchage de deux pièces de canons par son
grand-père, Philippe Mercier, vers 1907 dans la Baie de Gaspé.
Après s'être entendu avec la société du Musée militaire et maritime de
Montréal, laquelle finança les recherches, et assuré du support technique et
logistique du groupe de chercheurs du Comité d'Histoire et d'Archéologie
subaquatique du Québec, en plus de l'appui du ministère des Affaires
culturelles à Québec (permis de recherche archéologique, assistance, etc.),
l'équipe de chercheurs composée d'un archéologue et de trois
techniciens-plongeurs arriva sur les lieux en juillet 1981. À cette équipe
venaient s'ajouter des spécialistes du laboratoire de morphologie végétale de
l'Université de Montréal, du laboratoire de géochimie analytique de l'École
Polytechnique de Montréal, du département d'Histoire de l'Art de l'Université
Concordia, de l'institut de Conservation Canadien à Ottawa, et des compagnies
privées assurant le support logistique: Outboard Marine Corporation et la
Boutique du Plongeur de Laval.
La nature, ou si l'on veut l'objet de cette première recherche sur le
littoral de la Baie de Gaspé, était de localiser les vestiges ou débris d'une
épave de vaisseau ancien, et d'en évaluer son potentiel archéologique (sa
valeur historique et archéologique pouvant apporter des informations
pertinentes sur les gens de mer de l'époque).
Première découverte
Ainsi,
au début de juillet 1981, la base des opérations fut établie à l'Anse-à-Brillant,
petit havre de pêcheurs non loin de St-Georges-de-Malbaie, où l'embarcation et
le matériel nécessaires à la recherche furent aménagés. Après quelques
jours de préparatifs, l'embarcation fut dirigée sur une partie du cordon du
littoral de la Baie de Gaspé, située entre la Pointe Jaune et la Pointe à la
Baleine, où elle fut ancrée sur un haut-fond de roche selon les indications
fournies par monsieur Cabot.
Deux plongeurs sautèrent à l'eau, et après quelques minutes d'exploration
visuelle des hauts-fonds, ils remontèrent pour signaler la présence de onze
(11) canons de fer, une ancre érodée et quantité de masses, ou gangues
calcaires (substance qui enveloppe au cours des années les objets perdus en
mer) gisant sur un lit rocheux.
Aucune structure de bois provenant de la coque du vaisseau coulé ne fut
observée sur le sol marin. Il semble que cette dernière ait été totalement
détruite par la mer.
Suite à la découverte de cette épave, et étant donné le peu de temps que
nous avions à lui consacrer, il fut décidé de mettre tout en oeuvre pour
recueillir le maximum d'informations pouvant aider à identifier le vaisseau.
Début des opérations
Ainsi,
au cours d'une partie du mois de juillet, des travaux de toutes sortes furent
effectués sur le matériel subsistant de l'épave. Une ligne de contrôle
(cette ligne permet de situer tous les éléments composant le site) fut
installée sur le site de l'épave en rapport avec des points préalablement
déterminés sur carte topographique. Tous les éléments, canons, ancre et
masses calcaires, furent situés puis enregistrés sur le plan du site de
l'épave.
Les pièces de canons et l'ancre furent mesurées, dessinées et
photographiées in situ (dans son milieu naturel) tandis que les masses
calcaires examinées afin d'être éventuellement sélectionnées pour leur
ouverture (sondées pour échantillonnage).
Il n'était pas question à ce moment là de récupérer des pièces telles
que canons et ancre, à cause des complications relevant de leur conservation
éventuelle.
Après l'enregistrement de toutes les pièces in situ, nous avons
examiné plusieurs masses calcaires, et nous avons sélectionné trois d'entre
elles que nous suspections receler des artefacts pouvant nous aider à situer
dans le temps ce naufrage.
Du fait que nous n'avions aucun document historique détaillé concernant ce
naufrage, l'archéologie devenait donc le seul moyen de jeter un peu de lumière
sur ce mystérieux naufrage.
Les trois gangues calcaires préalablement choisies et situées à
l'intérieur du périmètre du site de l'épave, furent sondées.
L'ouverture
de ces gangues permit de découvrir et de récupérer plusieurs témoins: des
boulets de canons (plusieurs furent localisés mais seulement un fut
récupéré), un réa de poulie en bois, un cordage à trois torons, trois
poids-mesure en plomb, deux amorces en plomb dont un épousant la forme d'un
poisson, et sept poids en plomb de forme triangulaire dont un muni de deux
oeillets en cuir aux extrémités.
Ces artefacts ont été mesurés, photographiés et catalogués, puis
acheminés à l'institut Canadien de Conservation, à Ottawa.
Au cours des travaux sur le terrain en 1981, nous avons fait face à quelques
problèmes. Toutefois, le problème majeur fut la forte mer sur le site de
l'épave pendant plusieurs jours qui balaya toutes nos installations brisant la
ligne de contrôle et brouillant l'eau, causant ainsi des tracas à la
photographie sous-marine. Un second problème, cependant mineur, a été la
composition du sol marin constitué en grande partie de rochers nus aux rebords
coupants, déchirant à plusieurs reprises les combinaisons isothermiques des
plongeurs. Pour palier à cette situation embêtante, nous avons dû protéger
nos combinaisons avec des couvre-tout en nylon résistant.
Le site de l'épave fut donc localisé sur une carte topographique et sur une
photographie aérienne, puis enregistré au Service des inventaires de la
Direction Générale du Patrimoine au MAC à Québec. Par le fait même, nous
avons demandé au MAC à Québec de prendre les mesures nécessaires pour
protéger ce site contre d'éventuels pilleurs étant donné sa vulnérabilité.
À cet effet, le MAC à Québec s'assura la collaboration de la Garde Côtière
Canadienne ainsi que celle des gardes de pêche de la Direction de la Protection
(Ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation) à Gaspé.
Néanmoins, il semble que ces démarches furent vaines car le site de l'épave
fut pillé quelques semaines après notre départ par des plongeurs de la
région.
Au cours des semaines qui suivirent les recherches sur le terrain, les
données et le matériel archéologique furent étudiés. Plusieurs chercheurs
furent contactés pour leur expertise sur certaines pièces et données
recueillies lors des travaux de recherches: Jean Belisle, historien et
professeur à l'Université Concordia, Marcel Moussette, archéologue (fait des
recherches sur les méthodes de pêche dans le fleuve St-Laurent), les
archéologues de la Newfoundland Marine Archaeology Society à
Terre-Neuve, Jean Boudriot et Eric Rieth, archéologues et historiens navals au
Musée de la Marine à Paris en France, et John F. Guilmartin, Jr. (Lt. Col.
USAF) historien militaire (études technologiques sur l'artillerie de marine du
Galion portugais Sacramento coulé en 1668 sur la côte du Brésil) pour
n'en nommer que quelques-uns.
Ces démarches permirent de recueillir plusieurs opinions quant à l'origine,
la période de datation et la technique utilisée, et d'analyser ces dernières
afin de les interpréter dans un tout.
Les artefacts
Les artefacts artis factum (objet fait par l'homme) comprenaient deux
groupes bien distincts: les artefacts in situ, et ceux récupérés.
Parmi les artefacts in situ, notons les onze pièces d'artillerie et
l'ancre qui après études nous informèrent sur la période de leur
fabrication. En effet, il existait à cette époque, et plus précisément à
partir de 1674, des ordonnances ou si l'on veut une réglementation officielle
sur les formes, les éléments et les dimensions des pièces d'artillerie
fabriquées.
Les canons
Les onze pièces de canons présentaient les mêmes caractéristiques
(dimensions, forme et éléments) à l'exception d'une pièce laquelle était
sélectionnée en deux parties pratiquement égales dont les fragments de volée
(partie comprise entre les tourillons et la bouche) étaient dispersés sur le
site de l'épave. Cette observation supposait que cette pièce de canon avait
possiblement explosé ou s'était brisée lors du naufrage. Étant donné que
ces canons ont été mesurés in situ avec une couche de corrosion et
d'incrustation avancée, ceci signifiait que nous devions prendre en
considération une marge relative d'erreur de plus ou moins 5%. Les canons
mesuraient au total (de la bouche au bouton) 2 mètres de longueur, et leur
calibre fut évalué à 4 livres, signifiant qu'ils pouvaient projeter des
boulets de canons d'un poids de 4 livres. En conséquence, ces caractéristiques
correspondent aux ordonnances de 1690 et de 1758 (la dernière en vigueur
jusqu'en 1766, ce qui signifie qu'après cette date on ne retrouve pas de canons
de ce calibre). Donc probablement, ces canons furent fabriqués entre 1690 et
1766.
De plus, les quelques moulures observées sur les canons in situ
confirmèrent qu'il s'agissait bien de pièces datant de la première moitié du
18e siècle.
Le nombre de canons localisés sur le site de l'épave se chiffrant à onze,
plus deux canons repêchés en 1907 par monsieur Mercier, nous amène à un
total de treize canons. Les vaisseaux de l'époque (17e et 18e siècles)
étaient armés d'un nombre pair de pièces d'artillerie, donc il est probable
qu'un ou deux autres canons aient été repêchés ou même jetés à la mer
lors du naufrage. Ce qui nous amène enfin à une batterie de canons de 14 ou 16
pièces.
Vers la fin du 17e siècle, et dans la première moitié du 18e siècle, les
vaisseaux armés de 14 ou 16 canons d'un même calibre se définissaient comme
étant du type marchand. Nous savons selon certaines sources historiques que de
tels navires furent construits aux chantiers navals de Rouen et de Fécamp en
France au 18e siècle, et dont les caractéristiques coïncideraient en partie
avec cette épave: batterie de 12, 14 ou 16 canons de calibre de 4, dimension
approximative (basée sur les dimensions du site) de 25 mètres, et de 150 à
200 tonneaux (à l'époque on calculait le tonnage d'un bâtiment par la
quantité de tonneaux que sa coque pouvait emmagasiner)
Mais pourquoi pas un navire de pêche ou de guerre? Les navires de pêche
n'étaient armés que de quelques pièces de canons ne dépassant généralement
pas 6, en raison des installations pour la pêche aménagées à bord. De plus,
les pêcheurs n'étaient pas des canonniers ou des artilleurs. Les vaisseaux de
guerre plus particulièrement les frégates légères de cette période
pouvaient porter une batterie de 12 à 16 canons mais habituellement de différents calibres. En outre, au début du 18e siècle, ces mêmes frégates
légères deviennent des vaisseaux de plus grande dimension, et armées d'un
nombre de 20 à 24 pièces d'artillerie.
Les ancres
L'ancre localisée sur le site de l'épave présente les caractéristiques
d'une ancre à jas en bois utilisée sur les navires anciens pendant plus de
quatre siècles. Ainsi, l'angle d'inclinaison des pattes en rapport avec la tige
(70 degrés) correspond davantage aux ancres fabriquées en France et en
Angleterre.
En extrapolant les dimensions de l'ancre prises in situ, on obtient
une hauteur total de 2 mètres. Cette dimension nous amène à stipuler que
l'ancre devait peser à l'époque environ 604 kilogrammes (1,344 livres). Il
s'agit sans aucun doute de l'ancre de salut ou de miséricorde du vaisseau, donc
la plus forte à bord.
Pour ce qui a trait à cette épave, le vaisseau devait probablement être
muni d'au moins trois ancres.
À cet effet, deux ancres de type grappin furent localisées lors des
recherches de 1982.
Les apparaux
Les artefacts récupérés se définissent en trois groupes: des apparaux
(matériel destiné à des manoeuvres de force sur un navire), de l'armement et
du matériel de pêche. Les apparaux se composent d'un réa (roue à gorge) de
poulie, servant généralement à soulever les fardeaux et transmettre le
mouvement à bord du bâtiment, et d'un cordage de trois torons appelé grelin
servant au halage et à l'amarrage. Le cordage fut identifié comme étant de
chanvre par les techniciens du laboratoire de morphologie végétale de
l'Université de Montréal. Le réa de poulie a très bien survécu dans
l'environnement marin, probablement dû en grande partie à la solidité et la
dureté de ce bois appelé lignum vitae ou ligne de vie (coeur de
l'arbre). Étant donné que ces apparaux ont relativement peu changé au cours
des siècles, il est donc des plus difficiles de les dater, ou encore d'en
déterminer l'origine.
Les boulets
Pour ce qui est des pièces d'armement (munitions des canons), les boulets,
ils sont des projectiles sphériques pleins et en fer de fonte mesurant 82 mm de
diamètre, et possédant un poids de 2,5 livres. Pourquoi 2,5 livres au lieu de
4? Et bien cette perte de poids de 40% est due à la contamination des chlorures
(sels marins), car originalement ces boulets pesaient 4 livres. Cette
affirmation est aussi basée sur le diamètre du boulet, et selon des tables
balistiques de l'époque.
Le matériel de pêche
Le troisième groupe d'artefacts, associé à du matériel de pêche, se veut
être une découverte fortuite et exceptionnelle dans le domaine de
l'archéologie subaquatique au Québec. En effet, au Québec aucun matériel de
pêche de ce type fut découvert sur des sites sur terre (Pabos, Penouille,
Nantagamiou, etc.) et encore moins sous l'eau. Seulement quelques sites
sous-marins recèlent du matériel similaire en Amérique: Terre-Neuve, Bermudes
et Padre lsland au Texas. Le matériel se compose de trois poids de mesure en
plomb, de deux leurres ou jiggers en plomb, et de sept poids de ligne en plomb.
Les poids de mesure en plomb pesant respectivement 270 gr et 720 gr servaient
à mesurer et peser diverses denrées telles que le poisson, le sel, les
rations, etc. Des poids de mesure semblables ont été découverts sur l'épave
du Machault dans la Baie des Chaleurs en 1970 (le navire fut coulé en
1760 par les Anglais) par les archéologues de Parcs Canada.
Les deux amorces ou jiggers présentent deux formes bien distinctes: une
torpille (oblongue à quatre facettes), et un poisson. Leur dimension est
pratiquement similaire (12 cm de longueur), mais leurs poids varient
considérablement: 45 gr pour le poisson et 900 gr pour la torpille. Ces engins
de pêche étaient utilisés pour capturer la morue, et surnommés jadis par les
Français faux.
Les derniers engins de pêche découverts sur le site, et sûrement les plus
énigmatiques, sont sept poids en plomb de forme triangulaire et relativement
plats munis à deux de leurs extrémités de petites ganses de cuir en forme de
boucles. Ces poids mesurent respectivement 11 cm de longueur et 30 mm de
hauteur, et pèsent entre 720 gr et 1,300 gr. Ils sont de facture artisanale,
irréguliers dans leur forme.
Des poids en plomb semblables à ceux découverts sur le site ont été
récupérés sur certains sites d'épaves dont à Terre-Neuve sur un vaisseau
naufragé en 1766 (Northeast Crouse), aux Bermudes sur un navire marchand
espagnol coulé en 1650, et à Padre lsland dans le golfe du Mexique (Texas) sur
un vaisseau marchand espagnol Espiritu Santo coulé en 1554.
Identification de l'épave
Comme vous le constatez sûrement, nous faisons face à un sérieux problème
d'identification de l'épave car contrairement au type d'approche que nous
avions l'habitude de suivre dans nos recherches, lequel part des sources
historiques pour nous aider à localiser l'épave, nous sommes en présence
d'une épave sans sources historiques.
Vu l'importance de ce site face à l'avancement de nos connaissances sur la
vie des gens de mer au 17e et 18e siècles, il fut décidé d'entreprendre une
seconde saison de recherches archéologiques plus poussées sur le site du
naufrage.
Il était donc essentiel d'entreprendre des recherches complémentaires afin
d'augmenter et surtout de compléter les trous manquants de ce casse-tête
archéologique par un échantillonnage beaucoup plus diversifié.
Recherches complémentaires 1982
En conséquence, les recherches archéologiques pour la saison 1982,
comprendraient cinq étapes des plus importantes: l'exploration systématique de
la zone du naufrage, l'accomplissement d'une mosaïque photographique du site de
l'épave, l'ouverture de nouvelles gangues calcaires, la prise d'un
échantillonnage géologique, et le renflouement d'une pièce de canon.
Au début du printemps 1982, la mise en oeuvre de cette deuxième saison de
recherches archéologiques était en marche et plusieurs chercheurs se sont
joints à l'équipe de fouilles. La Société du Musée militaire et maritime de
Montréal nous assura de son appui financier, le Comité d'Histoire et
d'Archéologie subaquatique du Québec de son appui humain et technique, et la
Direction Générale du Patrimoine au MAC à Québec de sa collaboration
(permis, documentation, etc.). Les supports logistiques ont été assurés par
Outboard Marine Corporation et la boutique du Plongeur de Laval.
Le ministère du Tourisme, de la Chasse et de la Pêche mit à notre
disposition des locaux à l'Auberge Fort Prével pour l'équipe de fouilles. En
outre, divers spécialistes s'associèrent directement aux travaux dont
l'institut Canadien de Conservation à Ottawa pour le traitement et la
conservation du matériel archéologique récupéré, le laboratoire de
géochimie analytique de l'École Polytechnique de Montréal pour l'analyse des
échantillons géologiques, et le laboratoire de morphologie végétale de
l'Université de Montréal pour l'analyse des matériaux organiques.
Vers la fin du mois de juin 1982, je me rendis accompagné d'un de mes
collègues à St-Georges-de-Malbaie pour rencontrer diverses personnes en
rapport avec les préparatifs des recherches archéologiques prévues pour le
mois d'août, et par le fait même, y effectuer une plongée exploratoire sur le
site de l'épave.
À notre grande stupéfaction, une partie du site avait été pillée. En
effet, trois pièces de canons étaient disparues, d'autres pièces avaient
été déplacées et plusieurs gangues calcaires ouvertes laissant apparaître
des artefacts isolés sur le sol marin. À ce moment-là, il fut très difficile
d'évaluer l'étendue des dégâts mais nous croyons que 40% du site fut
saccagé. Après une brève enquête auprès des pêcheurs de l'Anse-à-Brillant,
les trois canons et certaines pièces provenant du site furent retrouvées chez
un résident de Sandy Beach. Les trois canons gisaient sur son terrain dans un
état lamentable de corrosion avancée.
Plusieurs réflexions ont été faites en rapport à ce pillage, quant à
arrêter définitivement ou continuer les travaux. Finalement, la décision fut
prise de poursuivre au moins pour une seconde saison les recherches
archéologiques sur ce site étant donné l'importance des informations
complémentaires que nous pouvions recueillir sur ce qui avait été laissé par
les pilleurs.
Explorations archéologiques
Le 1er août 1982, l'équipe de fouille était sur les lieux de l'Auberge
Fort Prével où des locaux furent aménagés pour l'hébergement et le
laboratoire.
L'équipe se composait d'un archéologue et de trois à quatre
techniciens-plongeurs réguliers, plus un spécialiste en conservation de l'ICC
à Ottawa.
L'exploration systématique du plan d'eau, entièrement visuelle, se fit sur
un territoire d'une superficie de 500,000 mètres carrés. Des équipes de
plongeurs, en paires, effectuèrent pendant deux jours complets l'examen de ce
vaste territoire à l'aide de tractés (appareils remorqués par un bateau
circulant à vitesse réduite grâce à un filin dont la longueur tient compte
de l'angle de traction). Cette méthode d'exploration a été choisie en raison
des particularités physiques de cet emplacement: fond rocheux, faible
profondeur (2 à 12 mètres), visibilité relativement bonne, faible marée.
Cette exploration systématique permit de confirmer que le site de l'épave
se délimitait bien aux éléments localisés en 1981. Par conséquent, le
vaisseau s'échoua sûrement à cet emplacement précis et non sur les récifs
au large des promontoires adjacents comme on aurait pu l'imaginer.
L'équipe a ensuite préparé le site pour accomplir la mosaïque
photographique. À cet effet, un chevalet métallique préalablement fabriqué
servit à manoeuvrer la caméra sous-marine de façon à prendre une série de
clichés photographiques à la verticale, un peu comme une photo aérienne. Une
caméra sous-marine munie d'un objectif 15 mm grand-angle était fixée sur la
longue barre horizontale de 6 mètres faisant partie intégrante du chevalet. Un
cliché photographique était pris à tous les mètres.
La troisième étape des travaux de recherches a été l'ouverture des
gangues calcaires préalablement sélectionnées au début des examens visuels
du site. Auparavant, nous avions évalué les dégâts causés lors du pillage
du site en 1981 par les plongeurs de la région qui incidemment ne sont même
pas Gaspésiens.
Une douzaine de gangues furent ouvertes, et une panoplie d'objets furent
récupérés. Parmi ces artefacts, citons: des boulets et des bombes, quantité
de clous de fer (ces clous faisaient sans aucun doute partie de la cargaison),
des feuilles de plomb (utilisées jadis pour le radoubage de la coque des
navires), des dalots de plomb (tubes situés dans la paroi d'un navire pour
l'écoulement des eaux sur les ponts), du cordage, des petits os (probablement
d'animaux), une brique à pâte rouge (provenant possiblement d'un four à bord
du vaisseau), des tessons de terre cuite et de verre (contenants pour la
conservation et la cuisson?), des tuyaux de pipe en argile, une pièce de
monnaie en cuivre (aucune date visible pour le moment étant donné l'état
d'oxydation de la pièce mais la radiographie permettra peut-être d'y déceler
des indices), des poids de mesure en plomb, et des poids de ligne en plomb de
forme triangulaire (matériel de pêche). Tous ces artefacts furent acheminés
au laboratoire de l'ICC à Ottawa.
Nous avons ensuite procédé à l'échantillonnage géologique des pierres
faisant partie du lit de l'épave. Ces pierres faisaient partie du lest (poids
dont on charge un navire pour en abaisser le centre de gravité, et en assurer
ainsi la stabilité) du vaisseau.
Actuellement, les premières analyses ont permis de déterminer qu'il s agit
de pierres composées d'un taux relativement élevé en carbonate de calcium
dont l'appellation est calcite, et par le fait même étrangère à cette
région gaspésienne formée de conglomérat de grès, silstone et schiste
argileux rouges et verts.
Nous avons évalué qu'il subsiste sur le site de l'épave approximativement
60 tonnes de ces pierres.
La phase finale et non la moindre a été le renflouement d'une pièce de
canon préalablement sélectionnée. Lors de la planification pour la seconde
saison de recherches sur le site, il avait été décidé de renflouer le canon
isolé, soit celui hors de la concentration ou alignement des dix autres canons
constituant ce qu'on appelle le pattern du site. Mais étant donné que trois
pièces de canons avaient déjà été récupérées lors du pillage du site,
nous avons donc opté de renflouer la pièce de canon qui semblait dans un état
relativement stable de conservation pour en tirer le maximum d'informations. En
conséquence, la pièce no. 6 fut renflouée (les pièces de canons 2, 3 et 5
avaient été récupérées par les plongeurs lors du pillage).
À cet effet, la pièce de canon fut soulevée du fond rocheux à l'aide de
ballons-parachutes gonflés d'air comprimé pour être ensuite enveloppée in
situ de tissus, un peu comme une momie égyptienne. Cet enveloppement
généralisé de linges mouillés assura le maximum de protection à la pièce
contre l'action rapide de l'air ambiant.
Arrivé à quelques centimètres de la surface, le canon fut ensuite attaché
solidement au flanc du bateau puis toué jusqu'à l'Anse-à-Brillant où il fut
sorti de l'eau. Une seconde enveloppe hermétique, cette fois-ci de
polyéthylène, fut installée sur ce dernier reposant à l'intérieur de la
camionnette de l'ICC puis, le tout partit pour Ottawa.
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