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PINGUALUIT

Le spectaculaire cratère du
Nouveau-Québec

texte et photos: James Lee Hopkins et Richard Nantais

Revue LA PLONGÉE
Volume 21, No. 3, Octobre 1994

 

Situé dans le nord-est de la région de la baie d'Ungava, le Cratère du Nouveau-Québec évoque de mystérieux pouvoirs et suscite de nombreuses légendes de la part des habitants de ce pays, les Inuits. Ils l'ont surnommé "Pingualuit" soit "la haute montagne". Les anciens racontent qu'un morceau d'étoile s'est détaché du ciel et est venu frapper la terre créant le Cratère.

C'est en 1943 qu’un pilote de l'armée de l'air américaine a aperçu le Cratère pour la première fois. On relate que le cratère a servi de repère pour les vols qui livraient des avions en Europe durant la deuxième guerre mondiale. En 1945, il apparaît pour la première fois sur une carte. Le 26 juillet 1946, le lieutenant Jake F. Drake de l'Aviation Royale du Canada en prend les premières photos aériennes. Ce n'est qu'en 1948 qu'une série de photographies prises du Cratère en révèlent l'ampleur et le gigantisme. Dorénavant le Cratère du Nouveau-Québec n'est plus un secret.

 

Aussi plusieurs expéditions scientifiques s'y succéderont au fil des ans. En 1951, des chercheurs de la National Geographic Society et du Royal Ontario Museum y révéleront les premières données sur ses eaux inhabituelles. La Commission de géologie du Canada s'y intéressera de 1953 à 1963. Le Cratère ne suscitera pas ou peu d'intérêt jusqu'en 1983. C'est un chercheur québécois, Michel A. Bouchard, de l'Université de Montréal, qui ravivera l'intérêt pour ce phénomène qu'est le Cratère du Nouveau-Québec.

En 1988, il dirigera une équipe de vingt-trois scientifiques qui étudiera intensivement le site du Cratère. L'âge et l'origine seront alors déterminés et les travaux permettront de mieux comprendre les remarquables caractéristiques du lac du Cratère.

Sa formation remonte à 1 4 millions d'années et est dû à un impact météorique. Ce qui est moins connu, c'est la qualité écologique de ce site. En effet l'eau y est d'une pureté absolue. En survolant le Cratère, on observe l'eau d'un bleu profond. Un verre d'eau du Cratère est un délice. Cette eau compte parmi les plus douces de la planète.

La transparence du cristal

En 1988, les scientifiques de l'équipe du professeur Bouchard ont mesuré la transparence de l'eau en utilisant un disque de Secchi. Il s'agit d'enfoncer un disque blanc, de 20 cm de diamètre, dans l'eau jusqu'à ce qu'il devienne invisible. A leur grand étonnement le disque est disparu à une profondeur de 37 mètres. Seul le lac Masyuko, au Japon, avec lecture de 41 ,6 mètres surpasse la transparence du lac du Cratère.

Mais qu'en est-il de cette transparence?

Ayant survolé le Cratère à plusieurs reprises, en 1990, j'organise une première un expédition afin d'examiner avec soin cette transparence et visiter ce site qui, à première vue, dépasse l'imagination. A l'époque, mal nous en tient car nous devons remettre l'expédition, les conditions climatiques n'étant pas favorables. Depuis je n'ai cessé de travailler pour enfin y plonger. J'étais fasciné à la vue de cette eau, qui rappelle les eaux des mers du Sud. Je croyais qu'il serait possible aux plongeurs québécois de le visiter.

Accompagné de plusieurs plongeurs, nous sommes enfin arrivés aux rebords du Cratère, le 12 août 1994, grâce à la collaboration du Bureau Fédéral de Développement Régional du Québec, du Conseil Régional de Développement Kativik et d'Air Inuit (1985) Ltée. Nous sommes vingt personnes au total. Parmi nous, six sont des Inuits qui seront éventuellement initiés à la plongée. Il ne faudrait pas passer sous silence l'accueil extraordinaire des Inuits de Kangiqsujuaq.

Il est difficile d'exprimer ce qu'on ressent aux abords d'un tel site de plongée, un endroit imbu à la fois d'une force indescriptible et d'une paix trahie par un silence qui recèle des secrets depuis des siècles. Le Cratère a un diamètre de 2,7 kilomètres et une superficie de près de 7 kilomètres carré. Les falaises qui l'entourent s'élèvent en moyenne à 116 mètres et ont un angle de 25 à 36 degrés. Sous l'eau, sa profondeur atteint 267 mètres.

L'installation du camp de base terminé nous soupons tous et nous nous promenons près du lac. La visibilité impressionne tellement que nous avons peine à en croire nos yeux. Mais il faut sonner le repos pour se préparer à l'aventure du lendemain.

Le jour venu, la fébrilité nous habite tous. Les préparatifs se poursuivent et, dans un silence quasi religieux, trois d'entre nous sont enfin les premiers à mettre la palme dans les eaux limpides et froides du lac du Cratère.

La première descente nous révèle un monde sans pareil. Une visibilité que nous n avions jamais rencontrée dans les eaux douces. Ébahi, je voyais mes copains de plongée comme s'ils flottaient dans l'air! Incroyable! En regardant vers la surface, il nous est possible de percevoir le pourtour du cratère alors que nous sommes à vingt cinq mètres de profondeur.

Tous les plongeurs sont impressionnés. Personne n'a jamais vu pareilles conditions de plongée. Comme pour confirmer que les eaux du Lac du Cratère sont limpides et claires comme du cristal, nous avons mesuré la visibilité latérale à une profondeur de vingt mètres. Un plongeur tenant un filin s'est éloigné de nous et, à 35 mètres de distance, nous ne pouvions plus le distinguer!

Notre groupe a aussi fait la rencontre de la riche culture Inuit du Nouveau-Québec. Les membres de l'expédition seront présents au Salon Découverte du mois de novembre prochain au centre Claude Robillard. Plongeurs et guides Inuits espèrent vous y rencontrer et partager les expériences de plongées que nous avons également vécues dans le fjord de Wakeham.

 

 

 

N.d.l.r.:

Au Salon Découverte du Québec sous-marin, James Lee Hopkins a présenté des images inédites de cette expédition lors de la soirée du Festival de Film «Québec Sous-marin» le vendredi 4 novembre 1994.

 


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Dernière mise à jour:  22 juin, 2009