Situé
dans le nord-est de la région de la baie d'Ungava, le Cratère du
Nouveau-Québec évoque de mystérieux pouvoirs et suscite de nombreuses
légendes de la part des habitants de ce pays, les Inuits. Ils l'ont surnommé
"Pingualuit" soit "la haute montagne". Les anciens racontent
qu'un morceau d'étoile s'est détaché du ciel et est venu frapper la terre
créant le Cratère.
C'est en 1943 qu’un pilote de l'armée de l'air américaine a aperçu le
Cratère pour la première fois. On relate que le cratère a servi de repère
pour les vols qui livraient des avions en Europe durant la deuxième guerre
mondiale. En 1945, il apparaît pour la première fois sur une carte. Le 26
juillet 1946, le lieutenant Jake F. Drake de l'Aviation Royale du Canada en
prend les premières photos aériennes. Ce n'est qu'en 1948 qu'une série de
photographies prises du Cratère en révèlent l'ampleur et le gigantisme.
Dorénavant le Cratère du Nouveau-Québec n'est plus un secret.
Aussi plusieurs expéditions scientifiques s'y succéderont au fil des ans.
En 1951, des chercheurs de la National Geographic Society et du Royal Ontario
Museum y révéleront les premières données sur ses eaux inhabituelles. La
Commission de géologie du Canada s'y intéressera de 1953 à 1963. Le Cratère
ne suscitera pas ou peu d'intérêt jusqu'en 1983. C'est un chercheur
québécois, Michel A. Bouchard, de l'Université de Montréal, qui ravivera
l'intérêt pour ce phénomène qu'est le Cratère du Nouveau-Québec.
En 1988, il dirigera une équipe de vingt-trois scientifiques qui étudiera
intensivement le site du Cratère. L'âge et l'origine seront alors déterminés
et les travaux permettront de mieux comprendre les remarquables
caractéristiques du lac du Cratère.
Sa formation remonte à 1 4 millions d'années et est dû à un impact
météorique. Ce qui est moins connu, c'est la qualité écologique de ce site.
En effet l'eau y est d'une pureté absolue. En survolant le Cratère, on observe
l'eau d'un bleu profond. Un verre d'eau du Cratère est un délice. Cette eau
compte parmi les plus douces de la planète.
La transparence du cristal
En 1988, les scientifiques de l'équipe du professeur Bouchard ont mesuré la
transparence de l'eau en utilisant un disque de Secchi. Il s'agit d'enfoncer un
disque blanc, de 20 cm de diamètre, dans l'eau jusqu'à ce qu'il devienne
invisible. A leur grand étonnement le disque est disparu à une profondeur de
37 mètres. Seul le lac Masyuko, au Japon, avec lecture de 41 ,6 mètres
surpasse la transparence du lac du Cratère.
Mais qu'en est-il de cette transparence?
Ayant survolé le Cratère à plusieurs reprises, en 1990, j'organise une
première un expédition afin d'examiner avec soin cette transparence et visiter
ce site qui, à première vue, dépasse l'imagination. A l'époque, mal nous en
tient car nous devons remettre l'expédition, les conditions climatiques
n'étant pas favorables. Depuis je n'ai cessé de travailler pour enfin y
plonger. J'étais fasciné à la vue de cette eau, qui rappelle les eaux des
mers du Sud. Je croyais qu'il serait possible aux plongeurs québécois de le
visiter.
Accompagné de plusieurs plongeurs, nous sommes enfin arrivés aux rebords du
Cratère, le 12 août 1994, grâce à la collaboration du Bureau Fédéral de
Développement Régional du Québec, du Conseil Régional de Développement
Kativik et d'Air Inuit (1985) Ltée. Nous sommes vingt personnes au total. Parmi
nous, six sont des Inuits qui seront éventuellement initiés à la plongée. Il
ne faudrait pas passer sous silence l'accueil extraordinaire des Inuits de
Kangiqsujuaq.
Il est difficile d'exprimer ce qu'on ressent aux abords d'un tel site de
plongée, un endroit imbu à la fois d'une force indescriptible et d'une paix
trahie par un silence qui recèle des secrets depuis des siècles. Le Cratère a
un diamètre de 2,7 kilomètres et une superficie de près de 7 kilomètres
carré. Les falaises qui l'entourent s'élèvent en moyenne à 116 mètres et
ont un angle de 25 à 36 degrés. Sous l'eau, sa profondeur atteint 267 mètres.
L'installation du camp de base terminé nous soupons tous et nous nous
promenons près du lac. La visibilité impressionne tellement que nous avons
peine à en croire nos yeux. Mais il faut sonner le repos pour se préparer à
l'aventure du lendemain.
Le jour venu, la fébrilité nous habite tous. Les préparatifs se
poursuivent et, dans un silence quasi religieux, trois d'entre nous sont enfin
les premiers à mettre la palme dans les eaux limpides et froides du lac du
Cratère.
La première descente nous révèle un monde sans pareil. Une visibilité que
nous n avions jamais rencontrée dans les eaux douces. Ébahi, je voyais mes
copains de plongée comme s'ils flottaient dans l'air! Incroyable! En regardant
vers la surface, il nous est possible de percevoir le pourtour du cratère alors
que nous sommes à vingt cinq mètres de profondeur.
Tous les plongeurs sont impressionnés. Personne n'a jamais vu pareilles
conditions de plongée. Comme pour confirmer que les eaux du Lac du Cratère
sont limpides et claires comme du cristal, nous avons mesuré la visibilité
latérale à une profondeur de vingt mètres. Un plongeur tenant un filin s'est
éloigné de nous et, à 35 mètres de distance, nous ne pouvions plus le
distinguer!
Notre groupe a aussi fait la rencontre de la riche culture Inuit du
Nouveau-Québec. Les membres de l'expédition seront présents au Salon
Découverte du mois de novembre prochain au centre Claude Robillard. Plongeurs
et guides Inuits espèrent vous y rencontrer et partager les expériences de
plongées que nous avons également vécues dans le fjord de Wakeham.
Au Salon Découverte du Québec sous-marin, James Lee Hopkins a présenté des
images inédites de cette expédition lors de la soirée du
Festival de Film «Québec Sous-marin» le vendredi 4 novembre 1994.