Retour

RETOUR

Retour à la page d'accueil

  


PIERRE LECOMPTE
30 ans de plongée

Une entrevue réalisée par LA RÉDACTION

Revue LA PLONGÉE, Volume 16, No. 3, Juin 1989

"C'est en plongeant qu'on devient plongeur !"

 

C'est dans sa toute nouvelle BOUTIQUE DU PLONGEUR que nous avons rencontré Monsieur Pierre LECOMPTE, une des figures dominantes du commerce au détail d'équipements de plongée sportive ou commerciale au Québec. Lors de l'inauguration de cette nouvelle construction, la présence de nombreuses personnalités du début de l'histoire de la plongée dans notre province avait confirmé les racines profondes de Pierre dans le milieu.

LA PLONGÉE: Pierre, pourquoi LA PLONGÉE et comment cette aventure qui s'est poursuivie durant 30 ans a-t-elle débuté ?

PIERRE LECOMPTE: J'avais 16 ans en 1959 ou 60...). Mon cousin faisait de la plongée avec le CLUB SEA HORSE du Collège St-Laurent. Évidemment qu'il m'a tait essayer ça. Le coup de foudre! J'ai donc commencé à m'entraîner en janvier avec ce club. À cette époque, on apprenait comme on pouvait. Mes premiers achats se firent chez INTERNATIONAL DIVERS.

Ma première plongée (ici Pierre raconte sans hésitations un souvenir encore très vivant), c'est dans le Richelieu près de chez Bob SM ITH (SLEEPY HOLLOW BEACH). Il y avait un groupe de plongeurs expérimentés qui renflouaient des ancres. J'avais loué une chaloupe. Après avoir sauté à l'eau, seul, je les voyais bien au fond. À cette époque il y avait 20 à 25 pieds de visibilité. Je ne pouvais même pas les rejoindre j'avais mal aux oreilles. Imagine, je ne savais même pas qu'il fallait équilibrer !

L.P.: Vous êtes devenu plongeur commercial par la suite. Cette époque était-elle rentable ?

P.L.: Oui et non. Faire 1500$, dans ce temps-là c'était un gros revenu mais on était jeune et on ne comptait pas toutes nos dépenses. Bref on survivait de notre passion.

Tu vois. après le "mal d'oreilles" du Richelieu. j'ai suivi un vrai cours de plongée comme il s'en donnait à l'époque. Rod SARRAZIN de l'école SUB-MER, au Collège Notre-Dame, nous enseignait ça à 2 soirs par semaine durant 180 heures! Ça faisait des plongeurs!

En même temps. je travaillais pour WATER WORLD DIVING (Roch Lépine) et les cours se donnaient au Centre Immaculée-Conception. J'y ai donc animé le club.

Pendant 12 ou 13 ans, l'été, je travaillais commercialement à faire des recherches. du renflouage, des installations de bouées dans la rivières des Mille-îles ou des Rapides, des inspections de coques, d'hélices, de gouvernails ou de prises d'eau. C'était au service de CANADIAN UNDERWATER SERVICES. J'avais "un bon boss" et surtout "un bon chum" en Jean-Paul HUNEAULT.

Lui, il m'en a appris des trucs. On travaillait "à la grandeur de la province". Noyades, renflouages d'avions, de bateaux, de moteurs et même de bulldozers.

L.P.: Et TRITON a commencé ?

P.L.: Pas tout de suite. Avec un autre bon ami, Léo Cyrène, on récupérait des billots du fond des lacs et rivières. pour les revendre aux scieries. C'était un foutu boulot mais assez rentable. Tu sais que ça se fait encore de nos jours J'ai donc plongé tout ce qui était plongeable dans les Laurentides par exemple.

Puis avec Léo, nous avons fondé Triton, une compagnie qui à cette époque fonctionnait tant comme contracteur de plongée commerciale que comme boutique: école de plongée sportive. Mais il devient vite évident que le secteur des cours de plongée "marchait" mieux. On était en 1970-72, je m'étais marié et Lise et moi nous commencions notre petite famille. Bref les affaires sont les affaires...

C'est donc en 1974, après avoir mis un terme amical à mes associations financières antérieures, que j'ai ouvert LA BOUTIQUE DU PLONGEUR dans un petit local encore plus minuscule que celui que nous venons tout juste de quitter il y a quelques mois.

L.P.: À voir votre nouvelle boutique de 5000 pieds carrés que plusieurs considèrent comme une des plus modernes, on serait porté à conseiller aux jeunes de suivre vos traces. La plongée commerciale représente-t-elle en 1989 un bel avenir ?

P.L.: Dans les années '60, on gagnait 5$/hre ou 30$/jour. On était son propre maître et nos "boss" nous respectaient. Moi, j'aime la liberté d'entreprise et je n'aime pas me faire imposer des choses. Je crois que le plongeur professionnel, le scaphandrier, est un PROFESSIONNEL et qu'il doit être maître de sa sécurité. Après tout c'est lui qui est dans l'eau quand ça va mal...

En 1989, on travaille encore à 5$ de l'heure surtout dans les réseaux parallèles qui emploient des plongeurs sportifs pour faire des "jobs". Le résultat, c'est que bien peu de contracteurs peuvent "tenir" des prix décents. Les gens coupent les prix, engagent des plongeurs peu ou pas qualifiés et le scaphandrier professionnel, le vrai, n'est pas respecté.

Au cours de ma carrière, j ai assisté à au moins 3 tentatives de regroupement des professionnels destinés à redresser la situation. Actuellement, il existe une foule de réglementations qui protègent la sécurité physique du scaphandrier mais aucune qui l'oblige à être vraiment compétent. Les plongeurs amateurs "s'imaginent" pouvoir faire de la plongée commerciale. Moi, quand quelqu'un me demande s'il a l'étoffe pour le métier, je commence par lui faire clouer un clou de 6 pouces dans un madrier, en surface à l'air libre. S'il réussit, je lui demande d'aller me chercher un "sky hook". S'il part à rire, je ris avec lui puis je l'amène plonger autour du 2ème pilier du Pont Viau, dans un courant de 4 noeuds et ZÉRO de visibilité.

Avant de dépenser de l'argent pour un cours de plongée commerciale, viens faire ce petit test... Souvent, les gens changent d'idée! Le monde du "sportif" et celui du "commercial" sont deux mondes bien à part, et ça vaut même pour les moniteurs de plongée, cette opinion.

L.P.: Bref la plongée professionnelle doit être réservée à une élite. Mais que conseiller au plongeur sportif qui veut progresser ?

P.L.: Alors qu'en plongée professionnelle, tu ne choisis jamais les conditions ou les lieux où tu plonges, en plongée sportive c'est bien le contraire. Les 'jobs" faciles de plongée commerciale sont "soufflées" à bas salaire par des amateurs, les plongées les plus dures sont "pour les scaphandriers". Alors bonne chance si tu n'es pas le candidat idéal !

Premier conseil au plongeur sportif: "C'est en plongeant qu'on devient plongeur', cela semble évident mais remarque que toutes les cartes du monde ne remplaceront jamais ton "log book". Si tu as fait 100 plongées dans le même lac, tu es moins expérimenté qu'un autre qui en a fait 50 dans 50 lacs, carrières, rivières et mers différents. "Ton log book, c'est ta vie".

Deuxième conseil: en 2 mots: "LA SÉCURITÉ"

Actuellement le plus grand besoin de toutes les organisations de plongée, qu'elles soient écoles, boutiques ou clubs, ce sont des MAÎTRES DE PLONGÉE (des "dive masters"), des leaders, des organisateurs expérimentés capables d'encadrer des groupes, de les amener plonger dans des endroits superbes, d'assurer leur sécurité, de "permettre aux plongeurs sportifs' de plonger et d'avoir "du fun".

Attention, ce ne sont pas les moniteurs de plongée qui peuvent remplir cette fonction. Tandis que le moniteur encadre ses nouveaux plongeurs au cours de leur formation, le plongeur avancé ou supérieur intéressé devrait assurer la fonction de maître de plongée auprès des autres plongeurs déjà expérimentés. Il complétera alors le travail du moniteur et c'est là que sa formation plus poussée prendra tout son sens. On devrait donc revaloriser le rôle du "dive master".

L.P.: On parle beaucoup de stagnation du Sport. Quel serait un des moyens à privilégier pour rendre la plongée plus accessible et de là plus populaire ?

P.L.: Visons l'essentiel. Pour qu'un plongeur plonge, de quoi ne peut-il se passer? De l'eau... oui et ensuite? D'air comprimé !

Pour développer la plongée, il faudrait installer des compresseurs dans toutes les régions où l'eau (les sites de plongée) est propice à la pratique du sport. Avez-vous déjà vu une boutique de plongée, un club, un pourvoyeur ou une école de plongée survivre lorsqu'il n'y a pas de compresseur dans un rayon raisonnable du lieu d'affaire? S'il y a un compresseur, tout le reste s'en suit... et les plongeurs plongent. Et le sport se développe.

L.P.: Comment réaliser de telles implantations lorsqu'on connaît les coûts d'implantation et d'entretien de tels équipements ?

P.L.: Le développement de la plongée en région pourrait être supporté par un programme de la FÉDÉRATION appuyé par l'industrie. Plusieurs commerces des grands centres offrent déjà des arrangements aux centres de plongée régionaux. Il suffirait d'explorer l'idée plus à fond pour trouver une formule efficace.

L.P.: Croyez-vous à une véritable force dans le regroupement ?

P.L.: Tu sais, si "t'organise rien, ils te le reprochent" et si "t'organise de quoi, ils ne participent pas"! C'est un vieux dicton, mais je suis persuadé que si les principaux intervenants (les commerçants, le personnel de la fédération) prenaient le temps de se rencontrer, de se parler, de faire un petit bout de voyage ensemble, beaucoup de projets communs seraient possibles sans pour autant porter atteinte à la compétitivité du marché.

 


Si vous avez des commentaires sur ces pages SVP, communiquez avec l'administrateur.
Dernière mise à jour:  22 juin, 2009