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LA PÊCHE AUX OURSINS
À PERCÉ

par Georges Mamelonet

Revue LA PLONGÉE
Volume 11, No. 2, Mai / Juin 1984

 

Cet hiver en Gaspésie, plus précisément dans la Baie de Percé, s'expérimente un type de pêche original, tout au moins pour ce qui est des rivages québécois.

Dans leur méthode ces nouveaux pécheurs côtoient quotidiennement les diverses créatures peuplant les fonds marins. En effet cette pêche se pratique sur le fond et son objet n'est autre que l'oursin, ce petit echynoderme aux épines acérées qui font la douleur des talons et genoux de plongeur. Qui n'a jamais goûté lors de plongées apnée ou scuba en mer a la cuisante piqûre de cette boule d'épingles, verte chez nous, noire ou violette chez nos voisins du Sud, dont le seul remède efficace connu consiste, excusez l'expression, a se pisser dessus. L'oursin, donc, un des habitants les plus dangereux de nos fonds marins, en tout les cas un des mieux armés, présente, outre ces inconvénients, l'agréable avantage d'être un mets de qualité au goût très fin, délicieux mélange d'iode et de noisette avec le petit quelque chose de particulier qui accroche. Seuls les oeufs ou gonades se mangent, pareilles à cinq petites tranches d'oranges réparties sur le fond de la coquille, crues arrosées de citron, ou d'une multitude de manières, dépendant des préférences de chacun.

Depuis le début de l'été quatre plongeurs de Percé dont l'auteur ont effectué des examens et recherches, puis expérimenté une méthode de pêche qui peut sembler rudimentaire mais surprenante. Seize mille livres ont été pêchées cet automne, début de la période de maturité de l'oursin et les plongeurs attendent avec impatience le début de la saison d'hiver. Les fonds de la Baie de Percé offrant une grande diversité de spectacles et de couleurs, ce travail qui peut sembler un peu éprouvant trouve sa compensation dans la contemplation de cette symphonie silencieuse et visuelle.

Les oursins sont choisis avec soin selon leur taille sur le fond, décrochée à la main, ce qui s'avère parfois difficile. Peut-être sentent-ils venir le pêcheur? Les gants que nous utilisons sont recouverts d'une pièce de caoutchouc dur et nous nous servons de paniers ronds pour récolter et remonter les prises. Nous sommes constamment entourés de poissons ou crustacés, curieux de ces étranges créatures de nylon ou caoutchouc qui soufflent, et nous observons d'un oeil intéressé la vie sous marine si riche et diversifiée dans ce coin de pays.

En ce début de janvier, les étoiles de mer ont pondu et couvent enroulées au soleil qui perce à travers la glace. Les homards hébétés par leur hibernation sortent tout de même de leur trou, curieux insatiables. Les plies et rascasses frigorifiées se mimetisent avec le fond. Seul le plancton danse dans les rayons de lumière bleutée, indifférents au froid et à la léthargie du monde sous marin. Même les oursins ont ralenti leur cycle de vie et consacrent toute leur énergie à leur ponte prochaine, mars ou avril.

Nos équipements sont soumis à dure épreuve, plongée répétitive d'hiver, pêche sur le fond à genoux ou allongés et nous étudions le comportement de chaque pièce avec soin. Les fuites sont fréquentes sur les habits, les régulateurs se comportent assez bien si le froid n'est pas trop mordant.

Et pour finir le produit de notre pêche est acheminé toutes les semaines à Pointe-au-Père, près de Rimouski, où une petite usine des Oursins Verts du St-Laurent en effectue la transformation et la distribution au Japon et sur le marché québécois encore tout jeune et en création.

 


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Dernière mise à jour:  19 janvier, 2003

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