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MINGAN
La nouvelle frontière de la plongée

par Tristan Léonard

Revue LA PLONGÉE
Vol. 11, No. 3, Juillet / Août 1984

 

Il y a maintenant près de 10 ans que la route 138 a franchi la rivière Moisie. Pour les premiers visiteurs automobiles de cette partie du littoral québécois, le lien routier entre Sept-Îles aux villages de la Côte tels Magpie, Sheldrake, Rivière-au-Tonnerre, Mingan et enfin Havre St-Pierre, à 200 km de Sept-Îles, ouvrait de nouveau horizons. Dès cet instant l'archipel de Mingan attira les regards de ces nouveaux visiteurs. Incroyable curiosité de la nature, cet archipel est original de par son aspect géologique, sa localisation et ses habitants.

 

Né de la mer

"L'Archipel de Mingan se présente comme un chapelet d'îles et d'îlots, formés de roches d'origine marine. Les paysages actuels reflètent les multiples pulsations des temps géologiques. Coiffé d'une végétation diversifiée, l'archipel accueille une abondante population d'oiseaux alors que la mer abrite mollusques, crustacés, poissons et mammifères marins.

L'ensemble du sous-sol des îles de Mingan, de même qu'une partie de la côte située au nord de l'archipel, est composé de roches sédimentaires d'origine ordovicienne datant de 440 millions d'années. Alors que les fossiles ordoviciens (traces d'êtres vivants préhistoriques laissés dans la roche) sont abondants dans les calcaires et les schistes de la formation de Mingan, les dolomies de la formation Romaine sont peu fossilifères. Intimement liée à la nature et à la structure de la roche en place, la géomorphologie des îles de Mingan est le résultat de la double érosion mécanique et chimique des calcaires par les eaux marines. Les îles se présentent comme une série de cuestas de configurations et de superficies variées, plus ou moins plates et faiblement inclinées vers le sud. L'intérieur de chacune des îles est caractérisé par de larges platiers, vestiges de grandes surfaces d'abrasion façonnées par la mer et parsemés de collines et de lacs peu profonds. Témoins d'anciens niveaux marins, des plages soulevées, de replats, des talus de terrasses perchées et des falaises mortes s'alignent parallèlement les uns aux autres.

Toutefois c'est en bordure du littoral que se retrouvent les formes de relief les plus spectaculaires. Les grottes, pots de fleurs, colonnades, dalles, vasques, alvéoles, dolines, lapiès, festons… originent de l'action chimique et mécanique des eaux marines, alors que les stries, cannelurines, roches gélivées ou moutonnées et diaclases originent de l'action des glaciers ou du froid."1

D'une superficie de 87 km2, l'Archipel de Mingan compte plus de 30 îles et de nombreux îlots répartis en un chapelet long de 85 km . On trouve dans les roches des traces d'animaux tropicaux (fossiles), rappel que cet archipel maintenant baigné d'eaux à la température de -1°C à 14°C selon la profondeur, était autrefois situé dans un véritable environnement d'eaux chaudes.

Les eaux cristallines amenées par des courants qui viennent s'y rencontrer créent un véritable bassin de culture autour des îles. Toute la faune et toute la flore commune aux eaux du Golfe St-Laurent s'y développent avec une abondance peu commune.

De plus, la formation géologique des îles, dont la pente penche vers le large, offre les meilleures conditions de plongées sur les rives intérieures de l'archipel (c.a.d. celles faisant face à la terre ferme). Cette particularité intéressera le plongeur car il sera alors possible de trouver des sites de plongée à l'abri des vagues du grand large tant par vent d'ouest, que par vent d'est.

Les îles se situent à des distances relativement réduites de la côte (entre 1 et 4 km environ). Il est possible d'y accéder à bord de petites embarcations. Ici le pneumatique sera une excellente embarcation de plongée. Toutefois, les précautions coutumières de navigation en eaux froides s'imposent.

Le carrefour du Golfe

"Balayé par les vagues et le vent, soumis a l'action du gel et des embruns marins et baignant dans des courants marins froids, l'Archipel de Mingan voit ses caractéristiques climatiques fortement conditionnées par la présence de la mer.

Influencé par la trajectoire des courants froids du Labrador et par la rencontre des masses d'air en provenance de la mer et du continent, le climat maritime et mi-nordique des îles est caractérisé par un été relativement frais et un hiver long où les températures sont généralement plus élevées que sur le continent. La forte humidité atmosphérique occasionne de fréquents brouillards et des chutes de neige abondante. Enfin, la période de croissance de la végétation est brève."1

"Les eaux baignant l'Archipel de Mingan sont sous l'influence du courant venant de l'est. Ce courant pénètre dans le golfe Saint-Laurent par le détroit de Belle-IsIe et longe la côte nord pour emprunter le détroit de Jacques Cartier où il atteint l'archipel. Les paramètres océanographiques que le courant du Labrador impose à toute la côte et à l'île d'Anticosti sont localement modifiés en Minganie, soit par la bathymétrie, l'apport d'eau douce ou la circulation des masses d'eau.

Ainsi, la très forte érosion fluviale préglaciaire a laissé, à moins de 100 m de fond, des cicatrices dendritiques entaillant les hauts fonds. Ça et là plusieurs fosses d'origine structurale jalonnent le secteur. L'irrégularité marquée du fond marin de l'archipel occasionne, conséquemment, une circulation complexe des masses d'eau à l'intérieur de cet enchevêtrement d'îles, de chenaux et de gorges sous-marines. On note aussi la présence d'une importante zone de remontée d'eau profonde au Banc Rouge, à l'ouest de l'île aux Perroquets qui, jumelée au déversement d'importantes rivières telle la Magpie et la Saint-Jean, favorise un brassage constant de masses d'eau d'origines différentes, ce qui assure une grande diversité d'habitats marins et des organismes qu'ils hébergent."1

Les profondeurs s'y situent généralement entre 20 et 40 mètres près des îles. Toutefois, la carte bathymétrique s'impose à toute planification de plongée. Certaines destinations offrent des parois prononcées à peu de distance du rivage. Les marées découvrent des platiers de plus de 100 mètres sur le flanc sud de l'archipel. Ces sites propices à l'observation des cuvettes marines et des grandes algues (laminaires) sont plutôt limités quant aux attraits pour la plongée autonome. C'est plutôt sur les falaises sous-marines qui se situent dans les chenaux séparant les îles que le plongeur scuba trouvera à la fois profondeur et variété de faune.

Un vivier plein de surprises

"Le pétoncle, le crabe des neiges, le capelan et le lançon d'Amérique y trouvent un habitat optimal. On y retrouve en outre le homard, les crevettes et les poissons de fond: morue, flétan, plie et turbot en plus du sébaste, du hareng et du saumon. Des études récentes ont démontré que la côte nord du golfe Saint-Laurent, depuis le détroit de Belle-IsIe jusqu'à Sept-Îles, constituait une vaste aire d'alimentation pour les cétacés. La richesse et l'abondance du zooplancton véhiculé par le courant du Labrador associées à plusieurs phénomènes ponctuels conditionnent la présence des mammifères marins. Le rorqual bleu, dont on a identifié près de 35 individus, fréquente le secteur. Cette population serait entièrement canadienne puisqu'elle hivernerait au large de la Nouvelle-Écosse. Le rorqual commun s'alimente également sur le banc rouge alors que le petit rorqual, le marsouin commun et le dauphin à flancs blancs abondent dans ce secteur du golfe.

Les eaux de l'archipel accueillent également trois espèces de pinnipèdes: le phoque du Groenland, le phoque gris et le phoque commun qui a établi deux sites de mise bas dans l'archipel, soit ceux de la Grande Île et de l'Île à Rouleaux de terre."1

Bref, ici sur quelques kilomètres sont regroupées en un seul lieu toutes les conditions de plongée et les sujets d'observation que recherchent les amateurs d'activités subaquatiques. Les étoiles de mer, les ophiures, les concombres de mer, les pêches de mer, les anémones, les éponges, les crustacés, les mollusques et presque toutes les espèces de poissons du golfe sont au rendez-vous. Les plongeurs d'expérience qui reviennent de ces sites les décrivent comme comparables ou même de beaucoup supérieurs à des endroits mieux connus de la Haute-Côte-Nord.

Un rendez-vous avec l'aventure

À la lecture de ce qui précède, vous vous interrogez peut-être sur l'à-propos du titre "Mingan! La nouvelle frontière de la plongée sous-marine"? C'est que ce premier contact avec cette région grandiose est bien incomplet. Avec la collaboration de divers organismes et de plongeurs ayant visité la région, nous avons tenté de vous brosser un tableau général de cette nouvelle destination de plongée.

Nous, plongeurs du Québec, sommes choyés. En effet, ce n'est pas n'importe où dans le monde qu'on peut se vanter en 1984 de dénicher des sites de plongée "vierges", des secteurs de l'océan où tout reste à faire, tout à visiter.

En accord et avec le support de Parcs Canada, une équipe de plongeurs techniciens en évaluation de sites de plongée de la Fédération Québécoise des Activités Subaquatiques procédera cet été à un répertoire systématique d'une quinzaine de sites de plongée en Minganie présentant certains attraits pour le plongeur-visiteur.

Bien que retardé dans son échéancier, le Parc National de l'Archipel de Mingan s'organise peu à peu. Il convient en effet que la politique canadienne en matière de parcs marins soit acceptée par le gouvernement fédéral avant d'aller plus avant. Toutefois, on entend bien y réserver des places de choix aux activités de randonnée nautique et pédestre. La pratique des activités subaquatiques s'insérera dans la démarche propre à "favoriser la connaissance et la compréhension des phénomènes naturels et culturels...". L'Île Nue, les Îles aux Bouleaux, la Grande Île, l'Île Quarry, l'île Niapiskau, l'Île du Fantôme, l'île du Havre, l'Île du Marteau, l'île aux Perroquets voilà autant de noms qui peut-être bientôt enrichiront nos répertoires de sites de plongée.

Divisé en Pôles d'Accueil (Longue-Pointe, Mingan et Havre St-Pierre), en Pôles d'Aménagement, en Sites d'Activités et Zones de Préservation Spéciale et d'état sauvage, le futur parc national se devra de gérer l'affluence des touristes-visiteurs tout en préservant à jamais les richesses de cette portion de notre patrimoine naturel tant en surface que sous les flots. En tant que plongeurs, nous ne pouvons que nous associer à cette cause.

 

1 - (Extrait de Projet de Parc National MINGAN, Esquisse d'aménagement, Parcs Canada, 1983)

 

Remerciements:

Cet article fut rendu possible grâce au support de M. Yvan Lafleur, directeur de projet, Parcs Canada, District de Mingan, MM. But Henwood et Bernard Maltais, Parcs Canada, M. Daniel Gauthier, Pêches et Océans, Centre-de recherche en Écologie des Pêches (Rimouski), MM Michel Côté et Normand Piché, plongeurs et M. Bernard Gallant, photographe.

Projet de Parc National de l'Archipel de Mingan
C.P. 1180, Havre St-Pierre
Québec G0G 1P0
Tél.: (418) 538-3331.

 

 

Parcs Canada, Esquisse d'aménagement, projet de parc national de l'ARCHIPEL MINGAN, Ministère des Approvisionnements et Services Canada 1983, 15 pages.

L. Couillard, P. Grondin et coll. Les ÎIes de Mingan, des siècles à raconter, Direction générale des publications gouvernementales du Ministère des Communications, (Québec) 1983, 241 pages.

NIAPISKAU, bulletin d'information, Parcs Canada.

 


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Dernière mise à jour:  22 juin, 2009