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Connaître un lac à fond:
VENEZ "MÉNÉS" AVEC NOUS

par Tristan Léonard

Revue LA PLONGÉE
Volume 8, No. 5, Mai 1981

 

Les Poissons! Pour beaucoup, les seuls êtres vivants de nos lacs! Dans notre suite d'articles portant sur le débroussaillage des grands facteurs qui régissent la vie des plans d'eau du Québec, il fallait bien leur consacrer au moins un chapitre. Malheureusement silencieux, ces merveilleux compagnons ne pourront jamais "raconter d'histoires de pêche ou de plongée". Et pourtant, ils en auraient de "bien bonnes à rapporter"!

Poisson blanc ou poisson d'avril?

Malheureusement, l'identification des poissons du Québec est souvent escamotée dans les cours de plongée, faute de temps dira-t-on... Peut-être faute de connaissance? surtout faute d'intérêt!

Faire la différence entre un corégone et un vulgaire catostôme peut sembler bien banal pour qui sait lire et interpréter avec grande précision une TABLE DE DECOMPRESSION. Pourtant autour du feu, le soir, en famille, (et Dieu sait que les plongeurs sont grégaires) quoi de plus plaisant que d'échanger en connaissance de cause sur les observations faites en plongée ?

Ainsi pour un grand nombre d'espèces communes à nos lacs, un simple effort d'observation et de mémoire suffira. Remarquez le profil général de l'animal, ses couleurs, ses écailles, sa ligne latérale, la position de ses nageoires, la coupe de sa queue et vous serez en mesure de différencier brochets et maskinongés, barbottes et barbues, "brunes" et "arc-en-ciels", perchaudes et achigans, etc.

Certains plongeurs munis de plaquettes submersibles esquissent sous l'eau le portrait des poissons qu'ils ne connaissent pas; puis de retour au campement s'affairent à retrouver la photo correspondante dans des volumes. En moins d'une saison, il est ainsi possible de reconnaître des dizaines d'espèces.

Certes, lorsqu'on en arrive au menu fretin, cela se complique. Il faut parfois pousser l'analyse jusqu'à l'étude morphométrique et microscopique! Mais laissons ces recherches aux maniaques et aux biologistes !

Dans la plupart des volumes sérieux traitant d'identification de poissons, un tableau graphique des principaux attributs anatomiques vous aidera.

Nos poissons, d'où viennent-ils ?

Mis à part les indésirables qui sont transportés scandaleusement, sous forme de ménés, d'un lac à l'autre par des pêcheurs peu scrupuleux, les poissons du Québec se sont répartis au fil d'une lente récupération et reconquête de leur territoire qui s'échelonnera sur près de 10,000 ans et que d'aucuns considèrent comme pas encore terminée.

N'oublions pas qu'il y a 12,000 ans, le Québec était recouvert de glaciers continentaux. Les espèces existantes avant cette période ont fui vers d'autres eaux, se réfugiant plus au sud soit vers le Mississippi, soit vers l'Atlantique.

À la fonte et au recul des glaciers, des lacs post-glaciaires se formèrent. Les rivières actuelles n'avaient pas le même tracé. Ainsi le Mississippi drainait les Grands Lacs et l'Hudson drainait la Mer Champlain et nos régions. Peu à peu le continent se dégagea de glaces et l'eau salée envahit le sud du Québec (Mer Champlain). Progressivement le Québec se mit à se soulever lentement et la Mer Champlain à se vider. L'eau devint de moins en moins salée (saumâtre). Les espèces durent s'adapter (espèces anadromes). Certains ont battu franchement en retraite vers la mer et ne remontent en eau saumâtre que pour frayer (ex.: le poulamon). D'autres remontent jusqu'en eau douce à un moment ou à un autre de leur vie. (le saumon, l'anguille, l'esturgeon, le gaspareau, l'alose). Certains furent progressivement isolés de la mer et se firent à l'idée devenant poisson d'eau douce, (la ouananiche, la truite, l'éperlan de lac, certains esturgeons, l'épinoche, le malachigan). Il existe même une version naine du crapaud de mer en eau douce (le chabot tacheté).

Il est évident que les barbottes ont une origine mississippienne de même que le brochet, le maski, la lotte, les crapets, les achigans, et la perchaude.

Ajoutons que la civilisation, nos ancêtres, importèrent la carpe et les truites brunes et arc-en-ciel dans nos eaux.

Bref, à peu de chose près, il suffit d'imaginer le passé post-glaciaire d'une région pour savoir s'il est possible d'y trouver telle ou telle espèce, ou presque..

Poissons d'eau chaude vs poissons d'eau froide:

Nos amis à nageoires ont des besoins et des habitudes bien campés. Ainsi, il serait bien surprenant d'observer un Touladi (truite grise) en apnée en plein après-midi. Regardez d'un air soupçonneux votre copain de plongée s'il vous affirme avoir vu des dorés frayer en eau calme dans moins de 3 pieds en plein jour !

Les poissons sont des animaux à sang froid soit! mais ils ne s'adaptent que très mal aux brusques changements de température. C'est d'ailleurs ce qui rend le thermomètre des pêcheurs (fish finder) si efficace. Localisez dans un lac la température idéale et vous trouverez le poisson correspondant à cet endroit ou presque... Après tout, cela arrive de rentrer bredouille, heureusement pour les poissons! Donc à chaque espèce correspond un cycle de températures qui influe sur son comportement. À "X" degrés, c'est le frais, à "Y" degrés la chasse, à "Z" degrés, la léthargie, etc. Vous comprenez maintenant à quoi le thermomètre de plongée peut servir ?

Belle de jour ou belle de nuit ?

L'ensoleillement et la visibilité jouent également un rôle prédominant. En plein soleil, certains se cachent soit parce qu'ils ont littéralement mal aux yeux (espèces de grand fond adaptés à la pénombre et à l'obscurité), d'autres parce qu'ils ont peur de se montrer, (il faut les comprendre, ils sont des proies faciles). Certains "s'en fichent" (sans jeu de mot) éperdument car ils se nourrissent au fond dans des eaux parfois douteuses.

Vous aurez certainement reconnu le doré ou la "grise", les darts et les raseux, et enfin les barbottes.

Si on ajoute à cela le fait que les habitants de nos lacs grâce à leur "ligne latérale", véritable radar sous-marin, nous sentent et nous entendent avant de nous voir, vous comprendrez pourquoi certaines espèces fugaces sont à toute fin pratique impossible à surprendre.

Bulles d'air, palmage intempestif, raclage de fond et j'en passe, ont vite fait de les apeurer, les pauvres !

Nombre de plongeurs futés ont contourné le problème. En plongée de nuit, ils se croiraient parfois au milieu d'une vraie discothèque !

On ne sait qui a lancé la mode mais à compter de la tombée du jour, les dorés se montrent, les truites s'approchent des zones peu profondes, les barbottes frétillent, les anguilles virevoltent, les ménés sont hypnotisés par votre lumière de plongée. C'est la fête, quoi !

Et si vous vous y promenez en apnée, vous serez encore plus silencieux! Alors surprises! ... Les monstres des profondeurs vous visiterons! N'est-ce pas merveilleux !

Un plongeur qui aime vraiment l'activité qu'il pratique et le milieu qu'il visite, c'est un être qui accepte un peu de devenir poisson, de vivre l'eau, d'apprendre et de comprendre l'environnement sous-marin, de s'y intégrer autant que faire se peut. C'est peut-être un peu ce à quoi pensait Jacques-Yves Cousteau lorsqu'il écrivait "Pourtant, à sa manière, une manière artificielle certes, l'homme est en train d'organiser son retour à l'eau."… "Aujourd'hui encore, tous ceux qui ont éprouvé la liberté tridimensionnelle et l'apesanteur - les plongeurs et les explorateurs de l'espace - ont le sentiment d'être les dépositaires d'un secret: ils ont été "initiés"…".
Extrait de la préface de L'homme retourne à la mer, encyclopédie Cousteau, Robert Laffont, Paris 1976.

Laissez-vous prendre au jeu! Devenez poisson, pensez poisson, et vous découvrirez un milieu riche de découvertes dans nos lacs du Québec.

 


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Dernière mise à jour:  19 janvier, 2003

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