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L'ÉPAVE DU
GEORGE A. MARSH

par Monique et Mike Bellefeuille

Revue LA PLONGÉE
Volume 18, No.4, Août 1991

Le "George A. Marsh" est une épave qui repose au fond du Lac Ontario. Même si elle est visitée par des milliers de plongeurs chaque année, le site est resté presque intact, et cela grâce aux efforts fournis par les différents groupes qui tiennent à préserver les épaves en Ontario.

Le "Marsh" fut construit en 1882 par M.J. Footlander dans l'état du Michigan, à Muskegon plus précisément. C'était une goélette à trois mâts et son numéro d'immatriculation américain était le 85727. Monsieur J.B. Flint de Belleville, Ontario fit l'achat du bateau le 17 avril 1914: son titre de propriété fut changé de "Michigan City" à celui de "Toronto" et on lui donna un nouveau numéro (133750).

Le "Marsh" et toutes les autres goélettes de son temps étaient maîtresses des Grands Lacs jusqu'à la venue des bateaux à vapeur vers la fin du 19e siècle. Donc, vers la fin du centenaire, 1899, les goélettes furent utilisées pour faire toutes les "jobs" qui démoralisaient les marins et ravageaient les bateaux. Les belles goélettes souffraient de détérioration irréversible et leurs marins étaient abattus de fatigue et de désespoir. Ce sont peut-être les facteurs principaux qui contribuèrent à la disparition totale de l'ère de la goélette sur les Grands Lacs canadiens. Ce n'est qu'hypothèse de ma part, mais je crois que c'est fort proba­ble quand on connaît dans quelles conditions pitoyables on devait naviguer à cette époque.

D'après les recherches de Ken McLeod, archiviste et généalogiste, le "Marsh" fit partie d'intrigues canado/américaines. Lors de l'été de 1887, John McGarigle, un criminel recherché de Chicago s'évada. Il fit un pacte secret avec le capitaine de la goélette canadienne "Edward Blake", pour se rendre en cachette au Canada. Il utilisa le nom de "Williams" et monta à bord de la goélette tard dans la nuit. Les policiers de Chicago le poursuivirent en bateau par les voies du Lac Michigan et puis du Lac Huron. Malheureusement, le "Edward Blake" entra en collision avec le "George A. Marsh".

Durant les instants de panique et le charivari qui en résultèrent, McGarigle fit une autre escapade et transborda, encore en secret, sur le "Marsh". McGarigle s'échappa finalement en territoire canadien près de Sarnia, Ontario. Les deux capitaines plaidèrent l'innocence à la présence du criminel McGarigle à bord de leur bateau.

Le "George A. Marsh" débuta sa carrière en transport maritime de charbon en 1914, au même moment où il est devenu propriété canadienne.

Malheureusement, sa nouvelle vocation fut de courte durée: il coula le 8 août 1917 après 35 années de service maritime sur les Grands Lacs.

Le bateau fut surpris par une mauvaise tempête qui se déchaîna tôt le matin sur le Lac Ontario. On avait chargé à bord du "Marsh" à Oswego NY un chargement de charbon qui était destiné à l'hôpital de Rockwood à Kingston, Ontario. Après plusieurs heures de lutte contre les éléments, le "Marsh" succomba à la violente tempête. Il était près de minuit.

L'équipage était composé du capitaine John W. Smith, sa femme et ses cinq enfants; un officier, Neil McLennan, sa femme, son bébé et son neveu; et trois matelots. Après cinq heures d'une bataille désespérée, le bateau et la majorité de l'équipage sombraient à jamais au fond des eaux du lac. Seulement un des matelots et le frère du capitaine survécurent pour raconter leur triste histoire. Ce fut la fin tragique du "George A. Marsh", de quelques hommes, deux femmes et sept petits enfants.

L'épave repose solennellement là où il coula; c'est un site qui hante les sens et qui nous rend humble devant Dieu. Le "MARSH" est dans 25 mètres d'eau, dressé bien d'aplomb, avec une coque restée intacte. Je recommande que vous soyez habillé chaudement caries couches ther­miques sont très prononcées. Aussi le Lac Ontario est très sombre et une lampe sous-marine sera nécessaire. La visibilité est toujours meilleure au printemps et à l'automne, mais les vagues ne sont pas toujours très coopératives. La visibilité varie de 3.5 mètres à 6.5 mètres, donc il ne faut pas déranger le fond car on peut perdre facilement le peu de bonne visibilité qu'il peut y avoir sur l'épave lorsqu'on y arrive.

Le site même est situé près de l'île de Amherst et on n'a accès à l'épave que par bateau. Dive Quest Inc. de Kingston offre un excellent charter vers le "George A. Marsh" pour la journée. On y trouve à bord de l'air, une trousse de secours, de l'équipement de haute performance pour s'assurer que tous les plongeurs ont une journée de plongée confortable et très sécuritaire. Dave, le propriétaire offre même de vous trouver du logement ou un camping pour votre fin de semaine de plongée à Kingston. Preserve Our Wrecks de Kingston a fait installer un système d'amarrage à l'avant de l'épave. Ceci empêche les embarcations d'endommager inutilement l'épave du "Marsh" par leurs manœuvres d'ancrage. Save Ontario Shipwrecks offre de belles plaques submersibles avec informations sur l'épave, ce qui rend la plongée beaucoup plus intéressante.

Même après 74 années sous l'eau, sa coque est demeurée en très bonne condition; ses parapets, ses poulies, et sa roue ont aussi été remarquablement préservés. On peut aussi y retrouver un petit bateau de secours, un poêle avec une marmite de cuisson et d'autres artefacts, mais il est à espérer que personne n'enlève tous ces beaux items.

Il y a des dizaines d'épaves non loin du "Marsh" et si on n'a pas l'intention de plonger deux fois le "Marsh", demandez à votre capitaine de charter de vous suggérer un autre beau site de plongée. Il faut que je vous avise aussi d'apporter quelque chose pour le mal de mer car les vagues du Lac Ontario sont assez violentes. La vue, en sortant du port de Portsmouth et du Fort Henry de Kingston est de toute beauté: l'été, les plongeurs visitent ces épaves par milliers, donc il est très avantageux pour l'industrie de plongée de s'assurer que la préservation des épaves demeure primordiale sur leur agenda de commerce. La plus grande partie des épaves des environs est en bon état. Il y a beaucoup de gens à remercier pour cela: Preserve Our Wrecks, S.O.S. et les magasins de plongée de Kingston.

Le "George A. Marsh" est un témoignage du temps: c'est le lien entre nous et notre passé, donc il faut tout préserver car une fois que c'est détruit, il n'y en plus d'autres pour les remplacer. Il serait égoïste de notre part de vouloir tout posséder et de ne rien partager avec les enfants et les jeunes qui ont aussi le droit de voir et d'apprécier les vestiges du passé.

J'aimerais remercier Mike Bellefeuille sans qui le goût d'écrire à propos des épaves n'aurait pas été possible: il a un amour passionné de la photographie et de la plongée et je partage ses sentiments. On se complète parfaitement, moi j'écris, lui, il prend les photos et me confie ses pensées.

 


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Dernière mise à jour:  04 December, 2005