On trouve au Canada une multitude d'épaves en eau douce qui permettent au
plongeur d'éprouver les sensations de la grande aventure. Voilà pourquoi je
plonge souvent sur les impressionnants restes du MAPLE DAWN.
Il gît dans les eaux confortables du Sud de la Baie Georgienne tout près de
la célèbre réserve indienne de Christian lsland. Sa coque et ses machines
reposent entre 1,5 et 10 mètres du côté ouest de l'île.
Comme
beaucoup de ces épaves, son histoire débute à Cleveland en Ohio. Baptisé à
l'origine du nom de MANOLA, pesant 3,100 tonnes brutes et d'une longueur de 115
m environ (370 pieds), ce vapeur suivit les principales routes commerciales de
la Baie jusqu'à ce que son destin ne le rattrape... Le vieux bâtiment fit
naufrage après 34 années de service. Ceci se passa au cours d'une aveuglante
poudrerie en novembre 1924. Il coula à moins de 50 mètres du rivage nord-ouest
de l'île Christian sans aucune perte de vie humaine.
La tempête toutefois ne fut pas tendre pour le MAPLE DAWN, un géant de son
époque. Elle arracha les bastingages, tordit les superstructures et déchira
ses tôles comme s'il s'était agi d'une vulgaire boite de conserve.
Échouée
en eau peu profonde, l'épave fut rapidement nettoyée de tout ce qui avait de
la valeur pour les récupérateurs. Plus tard, elle fut dynamitée par les
ferrailleurs qui utilisèrent certains de ces métaux dans l'effort de guerre de
la Seconde Guerre mondiale. Il résulta de tout ce branle bas un incroyable
enchevêtrement de tôles et d'acier qu'un plongeur pourrait visiter tout une
journée durant.
Nager en eau douce au-dessus d'une épave de ces dimensions a de quoi
provoquer des poussées d'adrénaline chez quiconque. Même les amateurs
invétérés d'épaves s'enthousiasment lors de cette plongée.
À notre entrée à l'eau, nous constatons que l'imposante chaudière est
presque aussi longue que la coque de notre tour/opérateur de plongée, la
vedette ARGONAUT DIVER, propriété et exploitée par Gerry Lowder, un des plus
célèbres spécialistes de la plongée d'épaves du Canada.
En m'immobilisant à moins de 1,5 m de la surface sur le dessus de la
machinerie, je peux constater tout à mon aise l'étendue du carnage.
Un
léger courant balaye lentement la vase et le sable des fonds environnants. La
transparence est d'au moins 7,5 mètres dans toutes les directions. Je descends
jusqu'à la base des machines, à une profondeur de 7 mètres. Je peux observer
les pistons immobilisés par le temps dans leur position d'admission.
Plus loin vers la proue se profilent deux des plus grosses chaudières
circulaires qu'il m'ait été donné d'observer. Les boulons visibles sur leurs
parois extérieures sont aussi grands que la paume de ma main! Avec précaution,
je me faufile dans les entrailles de l'épave par une grande ouverture béante
dans les tôles. Mon cylindre frotte sur les arêtes de cette échancrure.
Devant moi se dévoilent les profondeurs cristallines de l'intérieur de la
chambre de l'arbre de course. Une faible lueur bleutée filtre des trous et
déchirures de la coque, créant une ambiance mystique et éternelle. Mon copain
Dave Littlefield glisse jusqu'à l'autre extrémité, progressant en se tirant
sur le plafond sans bouger les palmes.
Il ne faut pas agiter les sédiments ultra-fins qui reposent au fond. Je
dirige ma caméra vers lui et à l'aide d'une lentille 15 mm Nikkor, croque un
instant d'histoire quand Dave parvient au joint de l'arbre de course.
Dave et moi nageons en parallèle en approchant de la proue. Tous deux sommes
attentifs à la recherche d'eau limpide et de bons sujets à photographier. La
proue s'élance vers les cieux et on y décèle une faille dans la structure. Je
me dirige à tribord pendant que Dave trouve une petite entrée du côté babord.
En entrant dans cette partie de l'épave, nos caméras sont encore mises à
profit, fixant sur pellicule 200 ASA les rayons du soleil de midi illuminant
l'intérieur par les écoutilles.
Plus
de 20 fois, j'ai visité cette épave avec Dave et à chaque plongée, nous
avons réalisé des prises de vue inédites. Cent trente mètres plus loin
repose l'extrémité de l'arbre de course et l'énorme hélice qui semble
géante à côté du plongeur.
Au cours de la saison de plongée, cette épave et 5 autres situées dans les
abords immédiats font le bonheur de milliers de plongeurs. Le MAPLE DAWN est
même visité par des novices.
En 4 ans, j'ai réussi au moins 500 bonnes photos sous-marines sur cette
épave, toujours à la recherche d'un nouvel angle ou utilisant une nouvelle
technique. On ne se fatigue jamais de MAPLE DAWN bien que parfois les eaux
déchaînées de la Baie peuvent en interdire l'accès.
Le MAPLE DAWN a servi ses maîtres durant 35 ans en surface et nous sera
utile encore pour un très long avenir. La préservation de telles pièces
d'héritage maritime est de notre ressort et ce, pour la future génération de
plongeurs.
N.D.L.R.
Jim Kozmik est un des photographes sous-marins les plus actifs du Canada.
Vice-président de la Canadian Society of Underwater Photographers de
Toronto, Jim contribue depuis des années à nombre de revues et magazines du
domaine des activités subaquatiques. Conférencier d'envergure internationale,
il était récemment invité au congrès de Chicago (Mai 1984) OUR WORLD
UNDERWATER.
Constamment à la recherche de nouveaux moyens de transmettre au public les
beautés sous-marines Jim explore présentement les domaines du film et de la
vidéo sous-marins.