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MAPLE DAWN
Un géant de la Baie Georgienne

un reportage de Jim Kozmik

Revue LA PLONGÉE
Volume 11, No.4, Septembre / Octobre 1984

On trouve au Canada une multitude d'épaves en eau douce qui permettent au plongeur d'éprouver les sensations de la grande aventure. Voilà pourquoi je plonge souvent sur les impressionnants restes du MAPLE DAWN.

Il gît dans les eaux confortables du Sud de la Baie Georgienne tout près de la célèbre réserve indienne de Christian lsland. Sa coque et ses machines reposent entre 1,5 et 10 mètres du côté ouest de l'île.

Comme beaucoup de ces épaves, son histoire débute à Cleveland en Ohio. Baptisé à l'origine du nom de MANOLA, pesant 3,100 tonnes brutes et d'une longueur de 115 m environ (370 pieds), ce vapeur suivit les principales routes commerciales de la Baie jusqu'à ce que son destin ne le rattrape... Le vieux bâtiment fit naufrage après 34 années de service. Ceci se passa au cours d'une aveuglante poudrerie en novembre 1924. Il coula à moins de 50 mètres du rivage nord-ouest de l'île Christian sans aucune perte de vie humaine.

La tempête toutefois ne fut pas tendre pour le MAPLE DAWN, un géant de son époque. Elle arracha les bastingages, tordit les superstructures et déchira ses tôles comme s'il s'était agi d'une vulgaire boite de conserve.

Échouée en eau peu profonde, l'épave fut rapidement nettoyée de tout ce qui avait de la valeur pour les récupérateurs. Plus tard, elle fut dynamitée par les ferrailleurs qui utilisèrent certains de ces métaux dans l'effort de guerre de la Seconde Guerre mondiale. Il résulta de tout ce branle bas un incroyable enchevêtrement de tôles et d'acier qu'un plongeur pourrait visiter tout une journée durant.

Nager en eau douce au-dessus d'une épave de ces dimensions a de quoi provoquer des poussées d'adrénaline chez quiconque. Même les amateurs invétérés d'épaves s'enthousiasment lors de cette plongée.

À notre entrée à l'eau, nous constatons que l'imposante chaudière est presque aussi longue que la coque de notre tour/opérateur de plongée, la vedette ARGONAUT DIVER, propriété et exploitée par Gerry Lowder, un des plus célèbres spécialistes de la plongée d'épaves du Canada.

En m'immobilisant à moins de 1,5 m de la surface sur le dessus de la machinerie, je peux constater tout à mon aise l'étendue du carnage.

Un léger courant balaye lentement la vase et le sable des fonds environnants. La transparence est d'au moins 7,5 mètres dans toutes les directions. Je descends jusqu'à la base des machines, à une profondeur de 7 mètres. Je peux observer les pistons immobilisés par le temps dans leur position d'admission.

Plus loin vers la proue se profilent deux des plus grosses chaudières circulaires qu'il m'ait été donné d'observer. Les boulons visibles sur leurs parois extérieures sont aussi grands que la paume de ma main! Avec précaution, je me faufile dans les entrailles de l'épave par une grande ouverture béante dans les tôles. Mon cylindre frotte sur les arêtes de cette échancrure. Devant moi se dévoilent les profondeurs cristallines de l'intérieur de la chambre de l'arbre de course. Une faible lueur bleutée filtre des trous et déchirures de la coque, créant une ambiance mystique et éternelle. Mon copain Dave Littlefield glisse jusqu'à l'autre extrémité, progressant en se tirant sur le plafond sans bouger les palmes.

Il ne faut pas agiter les sédiments ultra-fins qui reposent au fond. Je dirige ma caméra vers lui et à l'aide d'une lentille 15 mm Nikkor, croque un instant d'histoire quand Dave parvient au joint de l'arbre de course.

Dave et moi nageons en parallèle en approchant de la proue. Tous deux sommes attentifs à la recherche d'eau limpide et de bons sujets à photographier. La proue s'élance vers les cieux et on y décèle une faille dans la structure. Je me dirige à tribord pendant que Dave trouve une petite entrée du côté babord. En entrant dans cette partie de l'épave, nos caméras sont encore mises à profit, fixant sur pellicule 200 ASA les rayons du soleil de midi illuminant l'intérieur par les écoutilles.

Plus de 20 fois, j'ai visité cette épave avec Dave et à chaque plongée, nous avons réalisé des prises de vue inédites. Cent trente mètres plus loin repose l'extrémité de l'arbre de course et l'énorme hélice qui semble géante à côté du plongeur.

Au cours de la saison de plongée, cette épave et 5 autres situées dans les abords immédiats font le bonheur de milliers de plongeurs. Le MAPLE DAWN est même visité par des novices.

En 4 ans, j'ai réussi au moins 500 bonnes photos sous-marines sur cette épave, toujours à la recherche d'un nouvel angle ou utilisant une nouvelle technique. On ne se fatigue jamais de MAPLE DAWN bien que parfois les eaux déchaînées de la Baie peuvent en interdire l'accès.

Le MAPLE DAWN a servi ses maîtres durant 35 ans en surface et nous sera utile encore pour un très long avenir. La préservation de telles pièces d'héritage maritime est de notre ressort et ce, pour la future génération de plongeurs.

N.D.L.R.

Jim Kozmik est un des photographes sous-marins les plus actifs du Canada. Vice-président de la Canadian Society of Underwater Photographers de Toronto, Jim contribue depuis des années à nombre de revues et magazines du domaine des activités subaquatiques. Conférencier d'envergure internationale, il était récemment invité au congrès de Chicago (Mai 1984) OUR WORLD UNDERWATER.

Constamment à la recherche de nouveaux moyens de transmettre au public les beautés sous-marines Jim explore présentement les domaines du film et de la vidéo sous-marins.

 


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Dernière mise à jour:  04 December, 2005