A.D.P. / F.Q.A.S. Adaptation du résumé de la conférence "OPÉRATION
NATURE - Le Richelieu, un site à redécouvrir" préparée pour le
stage ADP/ St-Jean 1982
Au début des années soixante, la plongée sous-marine fit son
apparition sur la scène du loisir québécois. Bien sûr, depuis la fin de
la Deuxième Guerre, il se trouvait bien dans notre belle province des
"hommes-grenouilles" comme ont les appelait à l'époque. Grâce
aux premiers modèles de détendeurs à demande Cousteau-Gagnan, ces
quelques rares pionniers pour la plupart autodidactes, ont parfois fait plus
pour la plongée que beaucoup de leurs successeurs. Maintenant tombés dans
l'anonymat de l'histoire, ces plongeurs de la première heure ont, à
l'époque, vite fait de découvrir des sites sous-marins d'une richesse
exceptionnelle.
Ainsi le premier site développé par des "plongeurs sportifs"
semble avoir été le Richelieu, plus particulièrement le secteur
s'étirant de la frontière américaine jusqu'à l'Île-aux-Noix.
Après plus de vingt ans de fréquentation assidue, les fonds du
Richelieu constituent encore de nos jours les meilleurs lieux de plongée
populaire de la région du Québec Méridional.
DES EAUX "MADE EN U.S.A."
Ironiquement,
le monde québécois de la plongée, qui importe presque tout ses équipements
des U.S.A., a fait ses premières armes dans une rivière qui tire elle aussi
toutes ses eaux des montagnes de nos voisins du Sud.
Le Richelieu est alimenté à plus de 85% par les eaux limpides du célèbre
lac Champlain (états du Vermont et de New-York). En fait, les biologistes du
service de l'Aménagement et de l'Exploitation de la Faune (M.L.C.P. Québec)
considèrent que la portion sud de cette rivière longue de 80 milles, portion
s'étendant de la frontière new-yorkaise jusqu'au pont reliant les
centre-villes de St-Jean et d'Iberville, n'est en fait que le prolongement
naturel du lac.
D'une longueur totale de 21,6 milles, cette première zone est la plus
propice à la plongée de loisir Le courant y est faible, le niveau relativement
constant et parce qu'encore peu d'affluent ne viennent s'y jeter, la visibilité
y est excellente. Les trois tributaires - rivières Lacolle, du Sud et de la
Barbotte - n'ont d'influence qu'en temps de crue (printemps et en temps de
grandes pluies). De plus aucune municipalité d'importance n'y déverse ses eaux
usées Il n'est donc pas rare de plonger dans des eaux de près de 10 mètres de
transparence si on a soin de choisir sa saison (voir tableau "Choix d'une
période de plongée").
La faune et la flore abondent dans ce secteur grâce à un taux
d'oxygénation élevé (entre 9 et 10 mg/l.).
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CHOIX D'UNE PÉRIODE DE PLONGÉE
Lorsqu'on sait que la visibilité en rivière est
reliée à la quantité de sédiments qu'elle charrie, à la vitesse et
au niveau de l'eau, prévoir la période idéale de plongée à l'aide
d'une courbe de débit, ou d'une courbe de variation de niveau, est
l'enfance de l'art.
Le plongeur averti pourra s'attendre à bénéficier
d'une excellente limpidité de l'eau en période d'étiage (ici de
juillet à octobre) et surtout au cours des longues périodes sans
"grosses pluies".
Ainsi au cours de l'été 82, si la tendance du mois de
mai se prolonge, i.e. peu de pluie, beaucoup de soleil, le Haut
Richelieu bénéficiera de conditions exceptionnelles et pourra profiter
d'une saison de plus de 5 mois de bonne à excellente visibilité. Sur
papier ça se calcule, plongez-y cet été et donnez-nous en des
nouvelles. Espérons que la théorie sera prouvée par la pratique !
N.D.L.R. Croquis tiré de Jean René Mongeau, Dossiers
des poissons
du bassin versant de la baie Missisquoi et de la rivière Richelieu,
1954 à 1977. MLCP, Québec.
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37 espèces de poisson: UN MERVEILLEUX SITE D'OBSERVATION
À tout seigneur tout honneur! Plus de 80% des plongeurs déclarent faire de
la randonnée aquatique pour OBSERVER l'environnement sous-marin. Voici
pourquoi cet article insiste sur ce patrimoine naturel plutôt que sur
"l'autre patrimoine" (historique) sur lequel nous laisserons les
spécialistes tergiverser.
Plonger dans le Richelieu (dans le Haut-Richelieu devrait-on dire car en aval
de St-Jean et de Chambly, ça s'embrouille dangereusement…) est une
expérience inoubliable. Par un bel après-midi d'été, vous pourrez même vous
payer le luxe de plonger "sans combinaison iso" (sic) car l'eau y est
chaude. Vous visiterez alors le merveilleux univers coloré, plein de lumière
et de poissons qu'on retrouve dans la plupart des plans d'eau tranquilles de la
Montérégie (Lac St-Louis et Lac St-François).
Votre plongée, peu profonde il va sans dire (de 0 à 10 mètres max.), vous
fera découvrir sans effort des centaines et des milliers de poissons.
Utilisez le courant à votre avantage. Commencez votre plongée à
contre-courant et terminez votre visite en dérivant doucement avec lui vers
votre embarcation. En descendant, neutre et sans bruit, vous surprendrez
certains spécimens impressionnants, des brochets de plus d'un mètre, des
malachigans, des carpes, anguilles et achigans.
Si vous préférez l'inusité et le coloré, fouillez entre les algues
(Potamots, Élodées, Vallisnéries, Sagittaires, Myriophylles, etc.). Doucement!
en prenant soin de ne rien effrayer! Vous y observerez à coup sûr les espèces
les plus prolifiques: le raseux de terre, la queue à tache-noir, le ventre
pourri, la magnifique perchaude, le crapet de roche, le fouille-roche, le
meunier noir, l'omisco, le crapet-soleil, et, le plus beau de tous, le
mini-émeraude. Tant d'espèces pas très grosses mais combien intéressantes à
surprendre.
L'éperlan, la barbotte brune, le fondule barré et la lamproie y sont
également cachés. En plongée de nuit un autre paysage s'offrira à vous et,
si vous êtes habile, vous pourriez réussir à caresser quelques spécimens...
LA RIVIÈRE DES IROQUOIS
Dès 1603, le Richelieu est connu des Européens, mais déjà depuis belle
lurette les Iroquois du lac George l'utilisaient comme route d'invasion.
Champlain en fait une description très juste dans ses récits. Des poteries
indiennes y furent retrouvées.
Par la suite la rivière des Iroquois devint une voie navigable assurant un
lien commercial important entre la colonie et les États-Unis. Mais cela est une
autre histoire et pourrait constituer le sujet d'une future série d'articles.
Nous ne mentionnons ce contexte historique que pour signaler aux plongeurs que "la
fouille inconsidérée des fonds constitue une entrave majeure au travail
laborieux et méticuleux des spécialistes". Si nos prédécesseurs de
la première heure se sont allègrement constitué des musées personnels à une
époque où la politique en matière de patrimoine sous-marin était presque
inexistante, ce n'est pas une excuse pour se comporter de la sorte de nos jours,
cette politique étant maintenant énoncé.
Considérons donc le fond du Richelieu comme un musée subaquatique et
respectons-y les même règles du "regardez-mais-ne-touchez-pas" qui
prévalent dans ce type d'institution lorsqu'elles se trouvent en surface.
Frustrant? Sûrement! mais rappelons que les plus frustrés sont souvent les
véritables archéologues sous-marins qui, malgré leur formation reconnue,
malgré leur compétence et leur détermination, doivent parfois se démener
pendant des années avant d'obtenir les fonds nécessaires à l'étude
archéologique d'un site.
LE RÉPERTOIRE DU PATRIMOINE SOUS-MARIN DU RICHELIEU
Déjà en 1978-79, la FQAS (via OPÉRATION EAU-RAGE) publiait un premier
répertoire de site de plongée sur le Richelieu (secteur Cantic-Noyan). Depuis,
quelques bases de plongée y ont consolidé leurs installations Cette année, un
groupe de plongeurs bénévoles de St-Jean-sur-Richelieu se propose de
compléter l'étude du Haut-Richelieu (Frontières U.S. jusqu'à l'Île
Ste-Thérèse) dans le cadre des opérations d'été du Comité de
Développement et d'Accessibilité au Territoire (FQAS).
Il est clair que, si tous collaborent et acceptent d'échanger leurs
informations, le Richelieu deviendra sous peu le site sous-marin le mieux connu
et le mieux décrit du Québec.
De fait ce répertoire servira éventuellement de modèle de scénario
d'intervention lors de d'autres études régionales de sites.
Il va sans dire que les membres de la Fédération misent beaucoup sur un tel
programme dans l'intérêt du public québécois qu'ils représentent.
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Mongeau, Jean-René, juin
1979, Dossiers des poissons du bassin versant de la baie Missisquoi
et de la rivière Richelieu, 1954 à 1977, Service de
l'Aménagement et de l'Exploitation de la Faune, M.L.C.P.,
Montréal, Québec, 251 pages plus bibliographie complète.
Environmental Research Associates (Korab Marine Ltd) 1970, Continuous
Quality Survey of the Richelieu River, pour Environnement
Canada, Lachine.
International Champlain-Richelieu Engineering Board 1974, Regulation
of Lake Champlain, Report to the International Joint Commission (29
mars 1973),
54 pages.
Louis Heinerth, 1980, Rivière Richelieu (Cantic-Noyan), Opération
Eau-Rage, Guide du Québec Sous-Marin, Région 4, Fédération
Québécoise des Activités Subaquatiques, Montréal, Québec. page
4.8 à 4.12.
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