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LES FAMEUSES ÎLES
DE BOUCHERVILLE

par Bernard Régimbeau,
Agent de Développement en Plongée FQAS

Revue LA PLONGÉE, Volume IX, No. 12, Décembre 1982

 

Situées en plein centre du fleuve St-Laurent, entre Montréal (secteur Montréal-Est et Pointe aux Trembles) et les villes de la Rive Sud (Longueuil, Boucherville et Varennes), les îles de Boucherville constituent un archipel de plus de 7 îles importantes face à Boucherville même.

Une grande région de cet archipel sera accessible sous peu au grand public via une guérite d'entrée située sur l'île Charron, à l'extrémité sud du Tunnel Louis-Hyppolite Lafontaine (autoroute 20 trans-canadienne).

À l'entrée de Montréal, au centre même de la conurbation métropolitaine, ce secteur, cette fenêtre sur le fleuve, permettra à des millions de citoyens de vivre, et profiter de la magnifique nature, cette grande richesse qu'est le St-Laurent.

Avec à l'arrière plan, la ville, le stade olympique, les gigantesques silos à grain et d'énormes grues portiques pour containers, l'amateur de plein-air retrouvera un havre de paix. Envahis par toute une faune ailée (goélands, canards, sauvagine, pluviers, etc.), les nombreux chenaux s'offrent à la randonnée nautique et à la pêche. Un tableau dénombre d'ailleurs les nombreuses espèces de la faune ichtyenne de ce secteur du fleuve (renseignements tirés de MONGEAU et MASSÉ, 1976)

Le fleuve a une largeur de plus de 4 km. Mais une grande partie est occupée par les îles. Si la navigation de plaisance n'est guère recommandée dans le chenal principal (Port de Montréal) ou circulent d'énormes cargos, le chenal du sud est consacré aux petites embarcations.

Le courant y est faible et parfois nul dans certaines impasses au sein de l'archipel. Alors que dans le chenal principal, on atteint les 12 à 18 mètres de profondeurs, certains chenaux amont-aval situés plus près des îles auront souvent jusqu'à 8 mètres. Les petites veines d'eau au sein des îles dépassent rarement les 3 mètres.

En terminant cette petite introduction rappelons que ce site est en aval du pont Jacques-Cartier et qu'à ce titre, à moins que les règlements ne soient amendés, constitue un des rares endroits du Québec (eau douce) où la chasse sous-marine est permise.

ÉVALUATION DU POTENTIEL RÉCRÉATIF SOUS-MARIN

par Bernard Régimbeau appuyé d'une équipe de 8 plongeurs bénévoles membres du club LES DIABLES DES MERS (Longueuil).

Situons d'abord la bureaucratie:

L'accès à l'eau via le territoire du parc même est presque impossible à ce stade-ci de son développement. Nous vous ferons grâce du dédale bureaucratique qu'il a fallu franchir avant d'obtenir des autorités la permission d'y camper quelques nuits. Était-ce parce que les structures d'accueil n'étaient pas encore en place? Parce qu'on ne voyait pas très bien ce que des hommes-grenouilles iraient faire dans ces eaux? Bref, on nous permit enfin de vraiment "vivre le plein-air" au cours de nos plongées d'inventaire.

Les équipes se sont d'abord heurté à des visibilités nulles en juin. Cela ne nous a pas trop rebuté: il fallait s'y attendre. Avec un fond de sable et d'argile, en plein blow de plancton (diatomées), à cette époque il vaut mieux pêcher que plonger.

Nous sommes donc revenus en juillet et août. Autre consternation: les plongées autonomes durant les mois d'été sont à bannir pour le moment. Tant que le fleuve sera un égout à ciel ouvert, il faut oublier ça. Nous ne recommandons même pas l'apnée en été la visibilité n'étant que de 80 cm !

Tenaces, nous sommes retournés en automne, après l'ouverture de la saison de chasse au canard. L'eau n'était pas encore vraiment froide. Et enfin la visibilité était acceptable (3 à 4 mètres). Cependant si l'autonome est praticable, l'apnée est toujours à déconseiller.

PLONGER AVEC PRÊCAUTIONS

D'abord, en plongée, ne brouillez surtout pas l'eau en palmant trop près du fond! Les alluvions sont tellement fins qu'ils mettront des heures à retomber à leur place...

Je dois dire que pour un gars qui venait cet été de plonger en Méditerranée, j'ai éprouvé un certain plaisir à me promener dans le grand chenal entre les îles Sainte-Marguerite et Picard.

Lors de cette plongée, une anecdote s'imposa. La visibilité était très acceptable, au point que j'ai retrouvé une carte de crédit "Shell". Elle était "entre les mains" d'une moule. J'ai d'ailleurs tiré une photo de cette curiosité que je me suis empressé d'expédier par la suite aux relations publiques de cette compagnie.

Il faut dire que le fond de ce chenal, par 7 mètres de profondeur, est recouvert de moules et de grandes herbes. Au sein de ce paysage, se cachent d'énormes poissons (anguilles, dorés noirs, esturgeons, poissons chat, barbottes et j'en passe...)

REMARQUES

On signale, entre 1964 et 1975. l'ensemencement de plus de 21 000 individus MASKINONGÉS.

En Sept 73, on mesurait des % oxygène dissout de 90 a 95% dans le chenal principal. 95 à 100% dans les petits chenaux et enfin 115% dans le chenal transversal (entre les îles).

MASSÉ et MONGEAU (1976) et MASSÉ (1974) établirent ce secteur comme frayère à potentiel élevé à moyen terme pour brochet, perchaude, barbotte brune, carpe et crapet-soleil.

On retrouvera des plantes aquatiques variées (vallisnéries, myriophylles, potamots, scirpes, sagittaires, etc.)

Soulignions que dès 1976 (GRAVEL et PAGEAU, l'Ingénieur. édition de juillet/août) on recommandait énergiquement la protection de ces îles pour leur proximité et importance écologique. Dans le cadre du vieux rêve "UN FLEUVE, UN PARC", une foule d'études ont été réalisées sur ce corridor du fleuve.

ENCORE BEAUCOUP À VOIR

Je pense que faire l'inspection en plongée de tout ce secteur prendra des années. Je suis certain qu'il y a encore beaucoup de choses à découvrir. Nous avons déniché entre autre des bouteilles datant du 18ème siècle. Voici donc un aspect historique insoupçonné qui surgit. À lui seul, il nous oblige à ne pas écarter du revers de la main les ÎLES de BOUCHERVILLE.

Il est toutefois très important de mentionner le danger de plonger en période d'été et au printemps. La pêche, le ski nautique, la promenade en chaloupe étant en pleine course, notre sécurité s'en trouve menacée. Ce sont les chaloupes en ballade qui sont les plus à surveiller car non seulement ces marins d'eau douce ignorent jusqu'à l'existence du DRAPEAU DE PLONGÉE mais encore, lorsqu'ils en voient un accourent-ils droit dessus à plein régime pour y toucher ou plus encore le voler carrément !

Avis donc aux intéressés: ne jamais plonger dans le chenal durant la fin de semaine. Au cours des jours de travail, ce sera certainement moins risqué...

En terminant, je tiens à remercier l'équipe des DIABLES DES MERS qui m'a aidé à visiter ce site. Pour l'instant le bilan n'est pas totalement négatif et en 1983 ce sera sûrement meilleur.

 

 

 

 

MONGEAU, Jean-René, et MASSÉ. Gérard, 1976, LES POISSONS DE LA RÉGION DE MONTRÉAL, LA PÊCHE SPORTIVE ET COMMERCIALE, LES ENSEMENCEMENTS, LES FRAYÈRES. LA CONTAMINATION PAR LE MERCURE ET LES P.C.B., Québec, Service de l'aménagement de la Faune Ministère du Tourisme, de la Chasse et de la Pêche. 286 pp.

BROUSSEAU. Jacques, et LECLERC, Jean. 1976. CLEF D'IDENTIFICATION DES PRINCIPAUX POISSONS D'EAU DOUCE DU QUÉBEC, Service de l'aménagement et de l'exploitation de la faune, Ministère du Loisir, de la Chasse et de la Pêche, Québec, 80 pp.

SERVICE HYDROGRAPHIQUE CANADIEN 1981, Carte marine 1339, FLEUVE SAINT-LAURENT de LAVALTRIE à LONGUE POINTE, Ministère des Pêches et Océans, Ottawa

 


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Dernière mise à jour:  22 juin, 2009