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Harold Sheppard

Policier-plongeur
(Sûreté du Québec)

Yvon Laporte l'a rencontré pour nous dans ses bureaux de la rue Parthenais.

Revue LA PLONGÉE, Volume X, No. 5, Mai 1983

 

La plongée: Êtes-vous un plongeur-policier ou un policier-plongeur?

H. Sheppard: Je suis d'abord et avant tout un policier. avec tout ce que cela comporte, mais je suis spécialisé en plongée sous-marine, au même titre que certains de mes confrères, qui eux, par exemple. sont spécialisés dans les explosifs.

La plongée: Est-ce que la Sûreté du Québec considère ses policiers-plongeurs comme de véritable s spécialistes ?

H. Sheppard: Oui. D'ailleurs, la Sûreté du Québec est le seul corps policier en Amérique du Nord où les plongeurs ne font que ça. Les 3 plongeurs de Montréal et les 3 plongeurs de Québec font partie de ce que l'on appelle l'UNITÉ D'URGENCE, qui comprend le groupe d'intervention (SWAT), l'hélicoptère, l'escouade canine, la plongée et les tireurs d'élite. Les membres de l'UNITÉ D'URGENCE complètent, en quelque sorte. le travail des policiers. Nous nous déplaçons pour leur porter assistance.

La plongée: Est-ce que vos déplacements couvrent tout le Québec ?

H. Sheppard: Effectivement. Les 3 plongeurs de Montréal couvrent surtout l'ouest du Québec et au nord. jusqu'à Trois-Rivières et les 3 plongeurs de Québec couvrent le nord de la province et la partie est. Cependant, ce ne sont pas des territoires exclusifs. Ça varie, dépendant des circonstances et du travail.

La plongée: Expliquez-nous, en quelques mots, le travail d'un policier-plongeur...

H. Sheppard: Lorsqu'un dossier policier implique l'élément EAU, nous intervenons. L'escouade de plongée a été formée pour compléter les enquêtes policières. Donc, nous sommes appelés pour des cas de véhicules volés, pour des accidents de la route près de cours d'eau, pour des dossiers criminels qui impliquent la recherche de pièces à convictions jetées à l'eau et pour des actes humanitaires, c'est-à-dire les noyades.

La plongée: Autrement dit, vous ne faites pas que de la recherche de cadavres...

H. Sheppard: Exact... C'est peut-être le côté le plus "spectaculaire" de notre métier mais ce n'est pas le seul. Chaque année, nous sommes impliqués sur 230 à 250 dossiers, qui demandent de 1 à 4 jours de travail.

La plongée: Quelle est votre méthode de fonctionnement lorsque vous êtes appelés à vous rendre sur un site de plongée ?

H. Sheppard: Mis à part les techniques de plongée nous utilisons les techniques policières usuelles. Nous tentons de reconstituer les faits, à partir du rapport de police. mais aussi en interrogeant les témoins, s'ils existent. Par la suite, nous délimitons notre secteur de recherche, nous planifions notre opération et nous plongeons. Quelquefois, les gens démontrent des signes d'impatience à notre endroit mais dites-vous que le temps passé à la surface à planifier l'opération est autant de temps. gagné sous l'eau.

La plongée: Utilisez-vous des techniques de plongée spéciales ?

H. Sheppard: Oui. Contrairement aux plongeurs sportifs, nous travaillons toujours à 3 plongeurs. Il ne faut pas oublier que notre travail implique d'abord la recherche... Il n'y a donc qu'un seul plongeur, à la fois, dans l'eau; il est relié, par une corde, à un ''tender'' à la surface, qui se trouve dans une embarcation ou sur la rive. La 3ième personne agit comme plongeur de sécurité, c'est-à-dire qu'elle est prête a intervenir en quelques secondes, si nécessaire. La Marine Américaine et la Marine Canadienne travaillent également de cette façon lorsqu'il s'agit de recherche. Jusqu'à maintenant, cette méthode de travail nous a toujours bien servis...

La plongée: Utilisez-vous des techniques de recherches spéciales?

H. Sheppard: Non, pas vraiment. Lorsqu'il s'agit de retrouver un petit objet. nous utilisons la technique connue sous le nom du ''pendule''. À partir d'un point fixe, le plongeur, qui est relié à une corde, effectue des arcs de cercles. Nous couvrons le territoire voulu en augmentant ou en diminuant la longueur de la corde Nous utilisons également la méthode du plongeur qui se fait tirer par une embarcation, lorsqu'il s'agit de couvrir un secteur plus grand.

La plongée: Est-ce que les plongeurs de la Sûreté du Québec peuvent se faire aider par des plongeurs sportifs, lorsqu'il s'agit, par exemple, de retrouver quelqu'un ou quelque chose dans une grande étendue d'eau.

H. Sheppard: Vous touchez là un point qui mérite qu'on s'y attarde. Bien souvent, lorsque nous sommes appelés sur les lieux d'une noyade, les plongeurs sportifs sont déjà sur les lieux. Nous avons l'obligation morale et légale de leur demander de quitter le site que nous voulons explorer. Vous comprendrez facilement qu'en impliquant des plongeurs sportifs dans nos recherches, nous serions responsables, devant les tribunaux, si un accident survenait. De plus, nous avons notre méthode de travail. qui implique 3 plongeurs. et non pas 15 ou 20... En somme, nous ne voulons pas renier l'aide qui pourrait nous être fournie par des bénévoles, mais nous sommes forcés de le faire... C'est peut-être la raison qui explique que certains plongeurs affirment avoir eu une expérience désagréable avec les plongeurs de la Sûreté...

La plongée: On vous a également reproché d'avoir abandonné vos recherches trop tôt sur les lieux d'une noyade. Êtes-vous obligé de suivre une règle précise ?

H. Sheppard: Non pas du tout. C'est une question de jugement. Nous établissons la zone de recherche. nous y plongeons à plusieurs reprises... en suivant un plan bien précis et si nous nous apercevons que le périmètre à couvrir est devenu infini, nous stoppons les recherches. En fait, la décision d'arrêter ou de poursuivre les plongées dépend d'un tas de facteurs. Je dois vous avouer cependant que nous avons déjà quitté les lieux d'une noyade après quelques plongées infructueuses et que le lendemain, des plongeurs sportifs ont retrouvé le cadavre en une seule plongée. Que voulez-vous... Ce sont des situations qui peuvent survenir à l'occasion... mais elles se produisent moins souvent qu'on pourrait le croire...

La plongée: Autrement dit, lorsque vous êtes appelés sur les lieux d'une noyade, vous n'êtes pas obligés de ramener le corps ?

H. Sheppard: Oui et non... Lorsque nous plongeons. notre but principal est de retrouver le corps ou la chose que nous cherchons mais nous ne sommes pas tenus à l'impossible. Il faut considérer les facteurs climatiques, les facteurs de courant. les informations obtenues. etc. Ce n'est pas tout... Nous ne pouvons pas prévoir comment les corps des victimes réagiront sous l'eau. Nous avons déjà plongé dans un courant d'environ 7 milles à l'heure. Nous étions convaincu que le corps que nous recherchions avait dérivé. Lorsque nous avons cessé nos opérations, nous avons retrouvé le corps tout près du quai... Il n'avait pas dérivé... Quelquefois, l'hiver, nous cherchons dans le fond de l'eau. Il arrive assez souvent que les corps flottent sous la surface de la glace... Et dernièrement, nous avons retrouvé des corps qui étaient littéralement 'incrustés" dans la glace... Il a fallu la casser pour dégager les victimes. Alors. comme vous voyez. il faut considérer plusieurs facteurs et là encore, nous ne sommes pas certains...

La plongée: Est-ce qu'on s'habitue à remonter des cadavres ?

H. Sheppard: Vous savez, les cadavres que nous retrouvons n'ont rien de ce que l'on voit dans des films d'épouvante. Généralement, nous retrouvons des corps qui sont bien conservés, à cause du peu de temps passé sous l'eau et de la température, qui. au Québec, est relativement froide. La plupart des corps sont "exposables" dans des salons funéraires. Par contre, il arrive quelquefois où c'est un peu plus difficile... Par exemple, il est impossible de s'habituer à remonter des corps d'enfants... Tu sors le bébé de l'eau... tu donnes le corps au plongeur de surface, qui bien souvent, retient ses larmes... Non, les enfants, tu ne peux t'y habituer...

La plongée: Quel a été votre travaille plus éprouvant ?

H. Sheppard: C'est lorsqu'un plongeur de la Voie Maritime du St-Laurent s'est perdu dans un tunnel d'évacuation rempli d'eau. Contrairement à nos habitudes, nous avons été appelés d'urgence sur les lieux car il était possible que le plongeur ait pu trouver des "poches d'air" à l'intérieur des tunnels. Ce qui était éprouvant dans cette plongée, c'était la crainte que le plongeur panique lorsqu'il m'aurait aperçu. J'appréhendais ses réactions et la visibilité était nulle... Malheureusement pour lui, lorsque je l'ai retrouvé, il était mort...

La plongée: Quelle sorte de matériel utilisez-vous ?

H. Sheppard: Notre équipement n'a rien de bien particulier. Bien entendu. nous ne manquons de rien et nous tâchons d'obtenir tout le nouvel équipement susceptible de nous aider dans notre travail. Nous comptons sur un camion tout équipe (douches. toilettes. poêle. etc.) sur une embarcation rigide, sur une embarcation pneumatique et sur l'équipement de base d'un plongeur. Généralement, nous plongeons avec un habit ''sec'', étant donné la qualité de l'eau à certains endroits... Nous tâchons d'éviter les infections. Nous utilisons des bouteilles d'acier, contenant 95 pi3 reliées à un harnais qui comprend les plombs et le collier de flottabilité. Nous utilisons également des plombs de chevilles, pour nous aider à garder une position confortable et nous portons des masques qui couvrent toute la figure. Bien entendu. nous possédons un système de communication sans fil, qui relie le plongeur à la surface.

Bref. la Sûreté du Québec ne nous limite pas dans notre équipement.

L'important, c'est d'être à l'aise avec le matériel.

La plongée: Est-ce qu'on peut dire que les plongeurs de la Sûreté du Québec sont des plongeurs prudents ?

H. Sheppard: Nous sommes probablement des modèles de prudence. Toutes les plongées. même les plus simples, sont planifiées, révisées et même. re-révisées. Tous les plongeurs savent qu'une seule gorqée d'eau peut s'avérer fatale. Si un membre de l'équipe ne se sent pas prêt à plonger. il laisse tout simplement sa place à un autre. Nous disons également, à la blague, que nous sommes des modèles de démocratie, en planifiant une plongée, il faut que les 3 membres de l'équipe soient d'accord avec la procédure a suivre, sinon, on en discute à nouveau. Notre matériel est vérifié avant chaque opération. nous changeons régulièrement le matériel qui s'use, bref. nous ne laissons rien au hasard.

La plongée: Êtes-vous obligés de suivre un entraînement physique ?

H. Sheppard: Nous ne sommes pas obligés mais nous le faisons volontairement. L'hiver, nous nous adonnons à du conditionnement physique et à la natation presqu'à tous les jours. C'est diffèrent, quelque peu, au cours de l'été, mais soyez assurés que nous gardons la forme.

La plongée: Est-ce qu'un policier-plongeur pratique la plongée lors de ses vacances ?

H. Sheppard: Oui certainement, mais jamais les fins de semaines...

 


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Dernière mise à jour:  22 juin, 2009