par Marc Théorêt
Revue LA PLONGÉE, Volume 7, No. 4, Mai 1979
Vous en avez sûrement entendu parler par les quotidiens et la télévision,
mais je tiens à souligner de nouveau cette découverte qui, à mon avis, se
veut exceptionnelle.
Au cours de l'automne dernier, une équipe de la division d'archéologie
sous-marine de Parcs Canada se rendit au Labrador, à Red Bay, afin d'y
effectuer une reconnaissance en un endroit susceptible d'abriter les restes
d'une épave vieille de plus de quatre siècles.
Dirigée par monsieur Robert Grenier, archéologue bien connu dans le secteur
de la recherche subaquatique, l'équipe découvrit ainsi une épave de Galion
basque datant de 1565. Selon l'archiviste responsable de la constitution du
dossier historique du site, madame Selma Barkham, l'épave se voudrait celle du San
Juan, un Galion basque-espagnol de près de 300 tonneaux. Madame Barkham,
qui a effectué plusieurs recherches dans les dépôts d'archives d'Espagne pour
les Archives publiques du Canada, raconte que ce navire fut affrété en juin
1565 par Simon et Domingo de Echaniz afin d'effectuer un voyage de pêche sur
les côtes de la Terra-Nueva, Terre-Neuve. Les deux marins désiraient, comme
plusieurs de leurs compatriotes à l'époque, venir chasser la baleine dans
l'Atlantique Nord.
Ils constituèrent ainsi un équipage de près de 75 hommes puis, après
avoir effectué les derniers préparatifs, hissèrent les voiles depuis le petit
village côtier de Orio, à destination de Terranova. Après une bonne saison de
chasse, ils étaient sur le point d'appareiller pour rentrer en Espagne quand
une tempête se déchaîna et endommagea considérablement leur bâtiment. En
fait, le San Juan, chargé de ses mille tonneaux d'huile de baleine, fut
poussé sur la rive par le vent et vit sa coque se briser sur les rochers; la
perte était totale. L'année suivante, soit en 1566, l'armateur du San Juan,
Joanes de Portu, entreprit de récupérer la cargaison abandonnée l'année
précédente dans l'épave. Il affréta donc un nouveau navire, La Concecion
et retourna à Red Bay où il ne put sauver qu'un faible pourcentage de la
cargaison.
Quatre cents ans plus tard, Robert Grenier et ses plongeurs abordaient à
nouveau sur le "pont" du galion. Il va sans dire que ce dernier est
considérablement endommagé (rien de comparable avec les barges du
Richelieu...) et que la première vision qu'en eurent les plongeurs ne fut qu'un
amoncellement de poutres de bois recouvertes de varech. Ce n'est qu'après avoir
effectué une reconnaissance générale. Autour des principales concentrations
qu'ils réalisèrent qu'ils avaient affaire au site d'un naufrage. Une ligne de
repère ou de référence fut tirée au-dessus de ce qui apparut être la quille
et un échantillonnage des débris s'amorça. Rien ne fut récupéré en surface
et les chercheurs de Parcs Canada durent utiliser une dévaseuse pour
dégager l'épave des concrétions qui la recouvraient. Plusieurs douves de
tonneaux furent ainsi récupérées en plus de la mâchoire d'une baleine. La
pièce de résistance fut un cabestan en très bonne condition. Les objets
furent envoyées à Ottawa où les conservateurs s'affairent actuellement à
leur préservation.
Cette découverte est donc très intéressante car elle permettra une
nouvelle approche de l'installation des Basques au Canada au cours des siècles
derniers. Nous ne possédons actuellement que peu de données sur ce sujet, mis
à part quelques sites terrestres découverts aux abords du Saint-Laurent (voir
le livre de Mgr Bélanger, Les Basques dans l'estuaire du Saint-Laurent)
et il ne fait aucun doute que la fouille prochaine de cette épave contribuera
à enrichir nos connaissances sur cet aspect de notre patrimoine.
Pour des renseignements additionnels sur ce sujet, voir :
De Red Bay au Richelieu : "Ouvrir
les volets de l'histoire"