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L'EXPLORATION
DU SAGUENAY

Une aventure sous le Saguenay

Texte et photos Robert LASALLE

Revue LA PLONGÉE
Volume 16, No.3, juin 1989

 

LA PLONGÉE AU QUÉBEC, C'EST L'AVENTURE

Imaginez vos premières plongées dans le lac ou la rivière que vous fréquentez depuis toujours... ou sur un des épaves qui gisent au fond du Richelieu... ou autour du Rocher Percé... puis un jour tout d'un coup c'est l'AVENTURE: avec votre copain de plongée ou votre club vous vous retrouvez à bord d'un "charter" de plongée sur le SAGUENAY!

Spectaculaire en surface, le panorama est à vous couper le souffle, mais pas tout à fait tout de même car dans un instant vous serez sous les eaux à découvrir ce que bien peu connaissent: les mystères sous-marins du SAGUENAY.

Il est encore possible de plonger en "eaux vierges" au Québec.

 

Après avoir traversé une eau brunâtre et relativement chaude, j'ai soudain l'impression de pénétrer dans le monde des ténèbres. Par 10 mètres de fond, l'eau devient brusquement beaucoup plus froide et salée. Après plusieurs minutes, je n'arrive toujours pas à distinguer la silhouette de mon copain de plongée sans utiliser ma lampe sous-marine. Un déclic, et elle s'allume. La visibilité, grâce à cet éclairage artificiel, est meilleure que je ne l'aurais cru, soit d'environ 8 mètres. Les animaux marins sont omniprésents et innombrables malgré la nuit éternelle qui règne sous les flots de la rivière Saguenay.

S'étalant sur une distance de 88 km entre Tadoussac et Saint-Fulgence, notre trajet offre des panoramas spectaculaires parsemés de magnifiques vallées et de falaises à vous couper le souffle.

Formé par surcreusement glaciaire, le Saguenay a acquis son visage actuel lors de la dernière période glaciaire, il y a 10 000 ans. Caractérisé par une embouchure peu profonde, limitant la pénétration de l'eau de mer dans les grandes profondeurs de ses bassins, le Saguenay est le seul authentique fjord québécois, et l'un des plus accessibles et majestueux de l'Est de l'Amérique du Nord.

En surface, une nappe d'eau douce d'une épaisseur moyenne de 10 à 20 mètres, coule vers l'estuaire du St-Laurent à un débit de 1770 mètres-cubes/ seconde. Cette eau brunâtre, presque opaque est chargée de sédiments provenant d'un bassin hydrographique couvrant 88 000 km2. D'une température moyenne de 11 degrés Celsius, cette eau douce ou saumâtre est responsable de l'absence de lumière en profondeur. Chargée de tanin et riche en minéraux de toutes sortes, elle favorise l'éclosion explosive d'une flore microscopique qui capte et diffuse les rayons solaires. Toutefois une telle abondance de matière organique soutient une fauve planctonique et benthique remarquable par sa diversité et son "ésotérisme".

Sous cette nappe d'eau douce, une eau salée d'une épaisseur moyenne de 200 mètres, abrite en effet une vie marine d'une grande diversité. Avec une température n'y dépassant jamais les 2 degrés Celsius, de grandes similitudes avec les eaux arctiques y aurait été observées. Plusieurs espèces animales vivant dans le Saguenay ne se retrouvent normalement qu'à des latitudes beaucoup plus nordiques et sont absentes dans le St-Laurent.

Signalons par exemple, une étoile de mer appelée Ophiurus articus et un vers marin, le Nereis zonata. Plusieurs poissons, tel que l'agone atlantique, le saida, la lycode rubanée, l'unernak, la tricone arctique et le flétan du Groenland y auraient aussi été observés.

C'est à bord de l'Aurélie, un bateau de plongée de 14 mètres, que j'ai effectué mes premières plongées dans la rivière Saguenay. Son capitaine, Claude Grenier, y organise des voyages de plongée depuis maintenant deux ans. Il accueille ses invités au quai de Rivière-du-Loup le vendredi en soirée et aussitôt le dernier passager embarqué, il met le cap sur Tadoussac.

En août dernier, nous avons donc pris un tel départ de Rivière-du-Loup après à peine plus de 4 heures de route de Montréal. La traversée fut plaisante et accompagnée d'un magnifique couché de soleil. Une fois la nuit tombée, je me suis familiarisé avec le maniement du radar en essayant d'identifier certains amers de la côte, et, à partir de la carte marine, de situer notre position. N'ayez crainte, ce n'est pas moi qui indiquait le chemin au pilote, Claude connaît très bien la traversée pour l’avoir fait plusieurs dizaines de fois auparavant. Trois heures plus tard nous accostions au quai de Tadoussac.

Après un copieux déjeuner, le capitaine nous a indiqué à l'aide d'une carte marine où nous allions plonger. Une fois informé du plan de plongée, je me suis affairé à la préparation de mes caméras sous-marines pendant que Claude et les autres membres de l'équipage amorçaient les manoeuvres afin de quitter le quai du havre de Tadoussac.

Durant la journée du samedi nous avons effectué trois plongées. La première était à l'Anse à la Barque, non loin de Tadoussac et les deux autres, à la Pointe-aux-Crêpes, près de Sacré-Coeur. Dans les deux cas, nous avions à traverser 8 à 10 mètres d'eau douce, relativement chaude et brunâtre. Une fois passé ce cap, nous étions dans une eau beaucoup plus froide et salée. Sans lampe sous-marine c'était aussi noir qu'une nuit sans lune en pleine forêt. Nous devions donc planifier toutes nos plongées comme des plongées de nuit.

Dès la première plongée, j'ai pu observer une vie marine des plus diversifiée: éponges, oursins, étoiles de mer, concombres de mer, moules, buccins, nudibranches et quelques poissons tel que chaboisseaux et poules de mer.

Le lendemain nous n'avons fait qu'une seule plongée à La Pointe à Passe-Pierre. Sur ce site, repose l'épave d'un voilier dont le nom nous est demeuré inconnu. Elle est dans un état assez lamentable mais complètement recouverte de vie marine.

Le dimanche après-midi nous avons opté pour l'observation des baleines. Nous avons donc rangé nos équipements de plongées afin de les remplacer par des jumelles et caméras longue-portées.

C'est la rencontre des eaux douces et relativement chaudes du Saguenay, avec les eaux beaucoup plus froides et salées du St-Laurent qui cause une prolifération de vie marine à son embouchure. La présence d'une telle quantité de nourriture attire les baleines en grand nombre tout au long de l'été.

Notre retour s'est donc effectué en côtoyant les bélugas, petits rorquals et rorquals communs. Au milieu de la traversée j'ai eu envie de terminer le séjour par une petite sieste, bien enveloppé dans mon sac de couchage, bien confortablement allongé sur le devant du bateau. Ah! que la vie est dure à bord de l'Aurélie...

 


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Dernière mise à jour:  22 juin, 2009