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À LA DÉCOUVERTE D'UN LAC

par Roxanne "Roxy" Lamoureux

Revue LA PLONGÉE
Volume 14, No. 1, Février 1987

 

Un "passionné" de la plongée arrivant tout droit des mers tropicales me dit un jour "Toi, ça paraît que tu n'as jamais plongé dans le Sud, sinon tu ne voudrais plus jamais entendre parler des lacs !"

"Bien sûr", lui répondis-je, "J'ai plongé dans la mer des Caraïbes, mais plonger en eau douce, me passionne et me passionnera toujours !"

Il faut se faire à l'idée qu'il ne suffit pas d'immerger notre masque dans quelques centimètres d'eau douce pour que notre champs de vision se remplisse de centaines de créatures. Il faut être très observateur et aimer s'attarder à tout ce qui bouge ou non pour apprécier un lac à sa juste valeur. Vous êtes toujours sceptiques quant à l'attrait d'une plongée en eau douce? Suivez-moi donc au fil de ces quelques lignes. Peut-être changerez-vous d'avis ?

Dix à douze mètres de profondeur suffisent. N'essayez pas de rechercher le lac le plus profond ou l'eau la plus claire. Localisez une baie tranquille où quelques souches émergent au milieu d'une certaine concentration de plantes aquatiques. Cette forêt submergée constitue l'endroit idéal pour l'observation d'une faune diversifiée. En vous mettant à l'eau peut-être qu'une tortue peinte vous observera du coin de l'oeil tout en se faisant dorer au soleil sur un tronc d'arbre flottant. Dès qu'elle plongera, vous aurez tout le loisir de l'observer dans sa nage effrénée. Elle tentera de vous échapper, mais il sera facile de la suivre. Alors amusez-vous un peu. Si Mme Tortue n'est pas au rendez-vous, peut-être que Dame Grenouille le sera. Ah! oui, tout le monde a déjà vu une grenouille. Il n'y a rien d'excitant! Essayez donc de l'attraper alors! Ce genre d'attraction ne vous intéresse pas, eh bien, folâtrez à travers les "algues". (1) Allez écarter doucement cette végétation: les poissons adorent ces refuges. Imaginez votre surprise à débusquer un brochet qui se tenait à l'affût dans l'espoir de capturer une proie. Ces forêts sont aussi le refuge idéal pour des centaines de jeunes alevins qui cherchent à échapper à leurs prédateurs.

Le contact des "algues" vous répugne? Alors on va s'éloigner un peu et s'attarder ailleurs... Tiens! qu'est-ce que c'est que cette mousse blanchâtre sur cette branche? On dirait du poil et la branche en est recouverte. Allons voir de plus près. Ce sont des Hydres, un animal fixe à plusieurs bras de quelques millimètres de long, qui se contractent au toucher. Ce système leur permet de capturer de petites proies en les enlaçant dans leurs minuscules tentacules empoisonnées. Parfois on retrouve une Hydre solitaire sur le feuillage des plantes ou encore libre dans l'eau à la recherche d'un point d'appui auquel elle se fixera grâce à son pied en forme de ventouse. Vous étiez tellement concentré(e) sur vos Hydres que vous n'avez pas vu le banc de Ménés s'approcher de vous. Des dizaines de petits poissons brunâtres vous observent et vont même jusqu'à "picosser" dans la vitre de votre masque. N'est-ce pas gentil de leur part d'agrémenter ainsi votre plongée ?

Maintenant plus d'algues en vue, simplement un fond sablonneux jonché d'arbres morts ici et là. Il faut se rapprocher un peu plus de ce fond pour être capable de discerner la vie qui s'y active. Tiens, une brindille qui marche! Eh Oui! c'est une larve d'insecte qui construit sa propre maison en forme de tube faite de brindilles d'herbes, de grains de sable ou d'autres matériaux qu'il agglutine les uns aux autres. Elles ne mesurent que quelques centimètres. Alors soyez vigilants! Les phryganes sont très bien adaptées à la couleur du fond. Tout au long de notre exploration, nous soulèverons délicatement des roches, des branches d'arbres etc., et nous irons d'une découverte à l'autre: Insectes, crevettes, gammares, sangsues.

Ah! un petit poisson, la tête aplatie, le corps grisâtre recouvert de petits piquants, 5 cm de long, c'est probablement un chabot visqueux ou bien à tête plate.

Un peu plus loin un tronc d'arbre dont certaines branches semblent recouvertes d'une forme spongieuse de couleur verte. C'est une éponge qui peut prendre parfois des formes surprenantes semblables à des branches de corail. Sous cet arbre, un poisson essaie d'échapper à votre regard tout en gardant un oeil sur vous. Une bouche en forme de ventouse, c'est un catostome ou un meunier, la bouche entourée de barbillons c'est une barbotte ou peut-être une lotte (un seul barbillon au menton). Votre attention est soudain attirée par un tout petit poisson (4 ou 5 cm) se promenant par bancs sur le fond: brunâtre, grisâtre, verdâtre ou avec des reflets rouges ou bleus, c'est un dard. Il en existe plusieurs espèces mais toutes ont la même manie de nager par secousses pour ensuite s'immobiliser.

Mais qu'est-ce qui bouge sous cette pièce de bois? Une écrevisse. En soulevant son toit, elle décampera aussitôt. Ceci ne manquera sûrement pas d'attirer un achigan qui pourrait se trouver dans les environs, puisque l'écrevisse est son mets favori. Il essayera de la gober et tournera autour de vous dans l'espoir que vous lui en dénicherez une autre.

La plongée s'achève. Déjà une heure que nous nous baladons et il faut remonter. À quelques mètres de la surface, une masse gélatineuse attire votre attention. On dirait une boule d'oeufs, mais ce sont des bryozoaires, appelés Pectinella. Ces êtres minuscules s'agglutinent les uns aux autres et forment une colonie, parfois aussi grosse qu'un melon d'eau. Ce pourrait être aussi des Cristatella, des Laphophus ou des Lophopodella. Peu importe leur nom, si vous en voyez collés au fond dans un endroit ombragé ou près de la surface englobant une branche d'arbre, dites-vous que l'eau de ce milieu n'est pas polluée.

Bien sûr en une heure on ne peut tout voir. De plus ce lac que nous avons exploré n'est pas nécessairement représentatif de tous les lacs quoiqu'il se situe dans la majorité. Plonger le long d'une falaise, sur un fond de vase, dans une rivière, un ruisseau ou un étang nous amène nécessairement à rencontrer des êtres différents puisque chaque milieu a ses particularités. Je ne vous promets pas non plus que vous verrez tout du premier coup ou que vous aurez quelque chose à voir à chaque fois. J'ai parfois terminé ma plongée au bout de 10 minutes faute d'attrait du fond, mais cela ne m'a jamais découragée.

Pour terminer, laissez-moi vous raconter une anecdote qui vous fera sûrement sourire. Une personne désireuse d'en connaître un peu plus sur la vie aquatique me demande si elle peut être mon copain pour cette plongée, dans les eaux fraîches du printemps d'un lac des Cantons de l'Est. "J'aimerais cela plonger avec toi, tu sembles tout voir sous l'eau". Touchée dans ma fierté, j'accepte avec plaisir. Après quelques minutes, ma compagne m'apporte fièrement une boule de 1 cm de diamètre ayant l'apparence d'un cocon. Je n'ai pu m'empêcher d'éclater de rire même sous l'eau. À la sortie, anxieuse, elle me demande qu'avait de spécial ce spécimen? "Ce sont des excréments de lièvres" que je lui répondis...

(1) Le mot algue est adapté aux plantes d'eau salée ou à des plantes surtout microscopiques de nos lacs. En réalité les algues que nous voyons sur les rivages sont des plantes aquatiques. J'ai quand même gardé ce terme vu l'usage général qu'on lui connaît.

Elsie B. Klots, The new Fieldbook of Freshwater Life

 


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Dernière mise à jour:  19 janvier, 2003

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