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Connaître un lac à fond
LE CYCLE DE VIE

texte de Tristan Léonard

Revue LA PLONGÉE
Volume 7, No. 6 - 7, Juin - Juillet 1980

 

Et que personne ne nous dise qu'il n'y a rien à voir dans un lac! Il nous aura fallu trois heures pour parcourir, à la vitesse "grand V", des centaines de pages de références en vue de préparer cet article.

Après une telle plongée, nous devons avouer ne pas savoir par où commencer ! Parlerons-nous d'abord des poissons, des algues, du plancton, du phyton, du benthos, des insectes, etc. ? Enfin, nous avons choisi de traiter des "homo-aquaticus super-rapidus", les plongeurs qui parcourent nos lacs à grands coups de palmes et qui crient sur tous les toits qu'il n'y a rien à voir dans nos lacs. C'est évident qu'à la vitesse où ils passent, ils n'auront rien à voir ! Nous suspectons d'ailleurs que ces mêmes individus, dont vous ne faites certainement pas partie…, n'en verront pas plus en mer !

"As-tu vu l'achigan", s'écrient-ils à la fin d'une plongée en lac, "As-tu vu le gros homard" clament-ils au sortir de la baie de Gaspé. Bien oui! On les a vus et puis après! "As-tu vu le petit méné multicolore qui essayait d'avaler une hydre ?" "As-tu remarquer l'araignée de mer accrochée aux laminaires" lui répondrez-vous ?

Les différences entre ces deux styles de plongée ? La vitesse, l'adaptation, la connaissance. "Ralentissez que diable" et surtout en lac! Vous allongerez vos plongées, vous allongerez vos histoires, vous prolongerez le champ de vos connaissances.

Bon! Assez défoulé et soyons précis…

Le cycle de vie en eau douce est plus exigeant, voir complexe et fragile qu'en eau salée. Pourtant on retrouve en eau douce, des espèces inconnues en mer, les insectes par exemple.

Dans un lac, c'est à chaque année le miracle de l'évolution qui se répète. Tout commence avec les algues microscopiques, phytoplancton. Le diatomées, les volvox ou les spirogyres donnent couleur et vie aux plans d'eau. Leur chlorophylle capte la lumière solaire, fixe les minéraux de l'eau; ils créent de nouvelles structures vivantes, organiques, et oxygènent le tout en même temps.

Tout comme en milieu salin; le phytoplancton sert de pâture au Zooplancton, groupe de petits animaux de taille microscopique qui flottent entre deux eaux, au gré des vents, de l'éclairage, des températures, etc. Ces paramécies, daphnies, larves d'insectes de poissons, etc., consomment des quantité astronomiques de matière nutritive végétale et se cannibalisent allègrement les uns les autres; c'est la consommation primaire. Le résultat forme une biomasse en pleine expansion qui suffira à nourrir les animaux supérieur, le NECTON.

Ces espèces de poissons seront soit de consommation secondaire - mange du plancton - soit de consommation tertiaire - mangent d'autres poissons. Plus on monte dans cette chaîne écologique, plus les sujets sont gros, moins ils sont nombreux, plus faciles ils sont à observer

Si on peut se permettre une métaphore, ne voir que des achigans en plongée, se comparerait à ne voir que des tigres d'un jardin zoologique. C'est payer bien cher pour bien peu !

LA MORT CRÉE LA VIE

Serait-ce là "la résurrection"? Dans la nature, rien ne se perd!… Au sein de nos lacs, l'adage se vérifie. Les individus de chaque étage biologique alimentent, après leur mort, le BENTHOS, du fond du lac.

Moins connu des plongeurs, qui boudent, souvent avec raison, les plaines de vase sans intérêt, le Benthos regroupe une multitude d'organismes, rampeurs, fouisseurs, suceurs et décomposeurs qui vivent sur ou dans les matériaux du fond du lac.

C'est une véritable usine de recyclage, transformant matière organique ou végétale, en putréfaction, en minéraux qui lors du brassage saisonnier des eaux, alimenteront à nouveau les algues vertes ou bleues de la surface.

Et la boucle se referme! D'étape en étape, la vie est créé, s'alimente, s'engraisse, se meurt et se recrée. Tout serait parfait si l'équilibre entre les agents du cycle était immuable. Mais voilà! Trop d'algues bleues coupent la lumière et le lac manquera d'oxygène, le plancton, de phytoplancton, les poissons, de plancton; le lac se videra de ses poissons et sera envahi par les organismes qui profiteront du milieu pauvre en oxygène - le lac sera pollué, pestilentiel, un vrai bourbier !

Trop d'azote ou de phosphate, et c'est l'éclosion des algues, la panique du benthos qui consomme de plus en plus d'oxygène, le vieillissement du lac.

QUOI OBSERVER EN PLONGÉE

1- l'Aquarium. - Lors d'une plongée de routine, quand vous est-il arrivé la dernière fois de vous arrêter, de vous asseoir confortablement sur un caillou ou un tronc d'arbre et de prendre votre temps à regarder votre entourage. Le plongeur peut alors surveiller les animaux qui sortiront un à un de leur cachette. Il peut les nourrir, les apprivoiser. Il est facile de provoquer des événements en déplaçant un petit quelque chose qui dérangera l'instinct territorial d'une espèce voisine.

Vous nous ferez remarquer qu'en plongeant "sur place", il n'y a pas grand effort, ou grand mérite. Et puis après! Quand donc arrêterons-nous d'évaluer les plongeurs à leur kilométrage sous-marin ou à leur consommation d'air.

Vous remonterez reposé d'une telle plongée, chargé de souvenirs sinon que de bonnes photos.

2. - Le "Méné-watching". - par analogie à l'observation des oiseaux "bird-watching". - combien d'espèces de poissons êtes-vous en mesure d'identifier? Saviez-vous que les "carpes à cochons" ne sont pas des carpes? Que les "razeux" et les "darts" sont les espèces les plus passionnantes à observer? Qu'il y a des dizaines d'espèces de Cyprins et de Ménés, du "ventre-pourri" au "mulet-à-corne"? Quand, la dernière fois, avez-vous rencontré un "chabot", cousin germain du crapaud de Mer.?

Pour le "Méné-watching", (identification et décompte des espèces) il suffit de bien se documenter (clefs d'identification, livres spécialisés) et de s'équiper d'une plaquette submersible. En plongée, il suffira d'inscrire le nom des espèces connues et de dessiner schématiquement les traits caractéristiques des nouveaux sujets ( profil, nageoires, queue, ligne latérale, coloration, nez et bouche par exemple). Il vous faudra parfois une dizaine de rencontres fortuites avant de différencier un razeux, d'un dart ou d'un ombre. Mais patience, cela viendra…

Encore là, où est le mérite? Essayez donc, la prochaine fois que vous aurez l'occasion, d'approcher de près un méné quelconque, sans l'effaroucher et d'avoir le temps de dessiner son portrait et vous comprendrez! Surtout s'il s'agit d'un Maski ou d'un Esturgeon!

N.B. L'observation "in vitro" peut aussi se pratiquer par capture et mise en aquarium temporaire, et/ou par photographie sous-marine.

3.- La limnologie amateur. - Les principes de fonctionnement de la plupart des instruments du limnologiste sont à ce point simple qu'il est possible d'en fabriquer avec des moyens de fortune, Il vous sera facile d'apporter avec vous des contenants qui lors de vos plongées, vous permettront de prendre des échantillons. Tout peut vous intéresser: plantes, insectes, larves, prélevés de fond (carottes), etc. À la remontée, voua passerez des heures à contempler au microscope des éponges d'eau douce, des anacharis, des hydres, des planaires, des crevettes d'eau douce "Mysis", etc.

Vous serez ébahis par l'ingéniosité d'une phrygane (portebois), la robustesse d'une larve de libellule ou d'éphémère.

Apprendre à connaître les types de vases et de sédiments (limon, argile, sable, MARIL (CACO3), l'hydroxyde ferrique, GYTTJA, DY, SAPROPEL, et tourbes), calculer l'âge d'un lac en comptant ses Varves, réussir à localiser la frayère d'une espèce par simples recoupements de données scientifiques, c'est un loisir un peu particulier mais encore la plongée sous-marine n'est-elle pas une activité un peu particulière et les plongeurs de "drôles de numéros".

UN PLONGEUR UTILE

Imaginez-vous possédant un tel bagage de connaissances. Ne serez-vous pas capable de rendre service à de "pauvres terriens" qui aimeraient bien connaître un peu mieux leur lac. Ne pourriez-vous pas leur faire un rapport, une analyse assez juste, de leur plan d'eau. Sans prétendre, loin de là, à une précision scientifique, ne pourriez-vous pas aider ces pauvres "Surfaciens" à mieux comprendre l'environnement sous-marin?

Vous le faites déjà? Donc, vous avez déjà vu les regards ébahis des riverains devant vos découvertes, vos explications? Bravo! Vous êtes un plongeur utile !

 

Dessins du Frère Marie-Paul, é.c. Tiré de NOS INSECTES, guide du jeune Entomologiste.

 


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Dernière mise à jour:  05 janvier, 2003

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