Et que personne ne nous dise qu'il n'y a rien à voir dans un lac! Il nous
aura fallu trois heures pour parcourir, à la vitesse "grand V", des
centaines de pages de références en vue de préparer cet article.
Après une telle plongée, nous devons avouer ne pas savoir par où commencer
! Parlerons-nous d'abord des poissons, des algues, du plancton, du phyton, du
benthos, des insectes, etc. ? Enfin, nous avons choisi de traiter des "homo-aquaticus
super-rapidus", les plongeurs qui parcourent nos lacs à grands coups
de palmes et qui crient sur tous les toits qu'il n'y a rien à voir dans nos
lacs. C'est évident qu'à la vitesse où ils passent, ils n'auront rien à voir
! Nous suspectons d'ailleurs que ces mêmes individus, dont vous ne faites
certainement pas partie…, n'en verront pas plus en mer !
"As-tu vu l'achigan", s'écrient-ils à la fin d'une plongée en
lac, "As-tu vu le gros homard" clament-ils au sortir de la baie de
Gaspé. Bien oui! On les a vus et puis après! "As-tu vu le petit méné
multicolore qui essayait d'avaler une hydre ?" "As-tu remarquer
l'araignée de mer accrochée aux laminaires" lui répondrez-vous ?
Les différences entre ces deux styles de plongée ? La vitesse, l'adaptation,
la connaissance. "Ralentissez que diable" et surtout en lac!
Vous allongerez vos plongées, vous allongerez vos histoires, vous prolongerez
le champ de vos connaissances.
Bon! Assez défoulé et soyons précis…
Le cycle de vie en eau douce est plus exigeant, voir complexe et fragile
qu'en eau salée. Pourtant on retrouve en eau douce, des espèces inconnues en
mer, les insectes par exemple.
Dans un lac, c'est à chaque année le miracle de l'évolution qui se
répète. Tout commence avec les algues microscopiques, phytoplancton. Le
diatomées, les volvox ou les spirogyres donnent couleur et vie aux plans d'eau.
Leur chlorophylle capte la lumière solaire, fixe les minéraux de l'eau;
ils créent de nouvelles structures vivantes, organiques, et oxygènent le tout
en même temps.
Tout comme en milieu salin; le phytoplancton sert de pâture au Zooplancton,
groupe de petits animaux de taille microscopique qui flottent entre deux eaux,
au gré des vents, de l'éclairage, des températures, etc. Ces paramécies,
daphnies, larves d'insectes de poissons, etc., consomment des quantité
astronomiques de matière nutritive végétale et se cannibalisent allègrement
les uns les autres; c'est la consommation primaire. Le résultat forme
une biomasse en pleine expansion qui suffira à nourrir les animaux supérieur,
le NECTON.
Ces espèces de poissons seront soit de consommation secondaire -
mange du plancton - soit de consommation tertiaire - mangent d'autres
poissons. Plus on monte dans cette chaîne écologique, plus les sujets sont
gros, moins ils sont nombreux, plus faciles ils sont à observer
Si on peut se permettre une métaphore, ne voir que des achigans en plongée,
se comparerait à ne voir que des tigres d'un jardin zoologique. C'est payer
bien cher pour bien peu !
LA MORT CRÉE LA VIE
Serait-ce là "la résurrection"? Dans la nature, rien ne se perd!…
Au sein de nos lacs, l'adage se vérifie. Les individus de chaque étage
biologique alimentent, après leur mort, le BENTHOS, du fond du lac.
Moins connu des plongeurs, qui boudent, souvent avec raison, les plaines de
vase sans intérêt, le Benthos regroupe une multitude d'organismes, rampeurs,
fouisseurs, suceurs et décomposeurs qui vivent sur ou dans les matériaux du
fond du lac.
C'est une véritable usine de recyclage, transformant matière organique ou
végétale, en putréfaction, en minéraux qui lors du brassage saisonnier des
eaux, alimenteront à nouveau les algues vertes ou bleues de la surface.
Et la boucle se referme! D'étape en étape, la vie est créé, s'alimente,
s'engraisse, se meurt et se recrée. Tout serait parfait si l'équilibre entre
les agents du cycle était immuable. Mais voilà! Trop d'algues bleues coupent
la lumière et le lac manquera d'oxygène, le plancton, de phytoplancton, les
poissons, de plancton; le lac se videra de ses poissons et sera envahi par les
organismes qui profiteront du milieu pauvre en oxygène - le lac sera pollué,
pestilentiel, un vrai bourbier !
Trop d'azote ou de phosphate, et c'est l'éclosion des algues, la panique du
benthos qui consomme de plus en plus d'oxygène, le vieillissement du lac.
QUOI OBSERVER EN PLONGÉE
1- l'Aquarium. - Lors d'une plongée de routine, quand vous est-il
arrivé la dernière fois de vous arrêter, de vous asseoir confortablement sur
un caillou ou un tronc d'arbre et de prendre votre temps à regarder votre
entourage. Le plongeur peut alors surveiller les animaux qui sortiront un à un
de leur cachette. Il peut les nourrir, les apprivoiser. Il est facile de
provoquer des événements en déplaçant un petit quelque chose qui dérangera
l'instinct territorial d'une espèce voisine.
Vous nous ferez remarquer qu'en plongeant "sur place", il n'y a pas
grand effort, ou grand mérite. Et puis après! Quand donc arrêterons-nous
d'évaluer les plongeurs à leur kilométrage sous-marin ou à leur consommation
d'air.
Vous remonterez reposé d'une telle plongée, chargé de souvenirs sinon que
de bonnes photos.
2. - Le "Méné-watching". - par analogie à l'observation des
oiseaux "bird-watching". - combien d'espèces de poissons êtes-vous
en mesure d'identifier? Saviez-vous que les "carpes à cochons" ne
sont pas des carpes? Que les "razeux" et les "darts" sont
les espèces les plus passionnantes à observer? Qu'il y a des dizaines
d'espèces de Cyprins et de Ménés, du "ventre-pourri" au "mulet-à-corne"?
Quand, la dernière fois, avez-vous rencontré un "chabot", cousin
germain du crapaud de Mer.?
Pour le "Méné-watching", (identification et décompte des
espèces) il suffit de bien se documenter (clefs d'identification, livres
spécialisés) et de s'équiper d'une plaquette submersible. En plongée, il
suffira d'inscrire le nom des espèces connues et de dessiner schématiquement
les traits caractéristiques des nouveaux sujets ( profil, nageoires, queue,
ligne latérale, coloration, nez et bouche par exemple). Il vous faudra parfois
une dizaine de rencontres fortuites avant de différencier un razeux, d'un dart
ou d'un ombre. Mais patience, cela viendra…
Encore là, où est le mérite? Essayez donc, la prochaine fois que vous
aurez l'occasion, d'approcher de près un méné quelconque, sans l'effaroucher
et d'avoir le temps de dessiner son portrait et vous comprendrez! Surtout s'il
s'agit d'un Maski ou d'un Esturgeon!
N.B. L'observation "in vitro" peut aussi se pratiquer par capture
et mise en aquarium temporaire, et/ou par photographie sous-marine.
3.- La limnologie amateur. - Les principes de fonctionnement de la
plupart des instruments du limnologiste sont à ce point simple qu'il est
possible d'en fabriquer avec des moyens de fortune, Il vous sera facile
d'apporter avec vous des contenants qui lors de vos plongées, vous permettront
de prendre des échantillons. Tout peut vous intéresser: plantes, insectes,
larves, prélevés de fond (carottes), etc. À la remontée, voua
passerez des heures à contempler au microscope des éponges d'eau douce, des
anacharis, des hydres, des planaires, des crevettes d'eau douce "Mysis",
etc.
Vous serez ébahis par l'ingéniosité d'une phrygane (portebois), la
robustesse d'une larve de libellule ou d'éphémère.
Apprendre à connaître les types de vases et de sédiments (limon, argile,
sable, MARIL (CACO3), l'hydroxyde ferrique, GYTTJA, DY, SAPROPEL, et tourbes),
calculer l'âge d'un lac en comptant ses Varves, réussir à localiser la
frayère d'une espèce par simples recoupements de données scientifiques, c'est
un loisir un peu particulier mais encore la plongée sous-marine n'est-elle pas
une activité un peu particulière et les plongeurs de "drôles de
numéros".
UN PLONGEUR UTILE
Imaginez-vous possédant un tel bagage de connaissances. Ne serez-vous pas
capable de rendre service à de "pauvres terriens" qui aimeraient bien
connaître un peu mieux leur lac. Ne pourriez-vous pas leur faire un rapport,
une analyse assez juste, de leur plan d'eau. Sans prétendre, loin de là, à
une précision scientifique, ne pourriez-vous pas aider ces pauvres "Surfaciens"
à mieux comprendre l'environnement sous-marin?
Vous le faites déjà? Donc, vous avez déjà vu les regards ébahis des
riverains devant vos découvertes, vos explications? Bravo! Vous êtes un
plongeur utile !
Dessins du Frère Marie-Paul, é.c. Tiré de NOS INSECTES, guide du
jeune Entomologiste.