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On parle plongée

"BEN NON,
CHU PAS D'MÊME !"

ou
"Regard critique sur le plongeur-sandwich"
(1)

Revue LA PLONGÉE, Volume 18, No.4, Août 1991

Ça été plus fort que moi, il fallait que je vous en parle! Le syndrome des "Jos Associations" c'est-à-dire "des ti-casses qui connaissent ça la plongée!" Êtes-vous déjà allé dans le Sud? Avez-vous déjà plongé dans des bases de plongée? Si vous avez répondu oui à ces deux questions, alors vous avez sûrement rencontré ces heureux personnages. Ils sont très faciles à reconnaître.

Ils débarquent de l’avion avec leur casquette colorée "fluo" portant les lettres de leur association favorite et leur lunette-miroir. D'une main, ils transportent leur gros sac d'équipement (identifié lui aussi à cette association) et de l'autre, vous l'aurez deviné, leur bouteille de bière rouge et blanche. Ça y est, on est en affaires!", les vacances débutent!

Le party s'amorce réellement quand notre héros effectue sa plongée de qualification. Là on en voit de toutes les couleurs... En habit d'eau chaude ou tout nu avec ses 18 livres de plombs (!), il saute à l'eau en utilisant une entrée de style non-répertorié... Après ce splash fulgurant, notre héros se retrouve au fond (pas le choix avec tout ce plomb). Toujours calme et impassible, question de bien impressionner les tuiles du fond de la piscine, notre héros s'installe pour débuter les exercices demandés.

Premier exercice, le vidage du masque. Allons-y pas de panique, les tuiles nous regardent! Cet exercice difficile étant généralement bien réussi (ouf!), nous passons au deuxième: tentative de respiration copain-copain (Buddy breathing). C'est alors que les raisons inévitables et traditionnelles surgissent: Il a pris trois respirations au lieu de deux...", "il n'était pas sur le bon bord...", "Sa hose est pas assez longue!" enfin... On se prépare psychologiquement pour le troisième et dernier exercice: le gonflement du compensateur en surface sans gonfleur mécanique. Oh là! là! mes amis wow! Ça finit toujours de deux façons: soit par un divorce (d'avec la plongée) ou par une pratique de sauvetage. On en rit car au fond (en surface aussi) on est pas de même, nous autres!

Après huit années d'expérience comme moniteur de la NAUI, je suis toujours aussi stupéfait et déçu de voir à quel point les plongeurs et plongeuses ne se maintiennent pas en forme, autant psychologique que physiologique. Les gens se fixent comme but ultime d'être certifiés débutants. Une fois cela atteint, ils arrêtent de lire et de s'entraîner. Je ne parle pas ici de suivre des cours avancés mais bien de maintenir à date ses performances et les techniques apprises lors du cours de débutants.

Un test a été effectué aux États-Unis. Des moniteurs ont fait passer un court examen de trois questions à mille plongeurs nouvellement certifiés (depuis un an minimum). Plus de 75% ont échoué le test. Ce qui veut dire qu'à votre prochain voyage de plongée, 3 plongeurs sur 4 de votre groupe ne sauront pas quoi faire en cas d'accident de décompression et pire encore, ils ne pourront même pas identifier le problème. Très rassurant!

Oh, j'anticipe d'ici vos commentaires, "il exagère", "des accidents ça arrive juste aux autres", je ne plonge pas assez pour voir cela"! "Il n'est pas juste question de sauvetage mais aussi de technique".

Retournons à notre "Ti-casse national" qui se retrouve enfin sur le pont du bateau de plongée. Il sort de son immense sac un compensateur-veston emprunté d'un de ses copains. Tout en regardant si personne ne le regarde, (bien paraître dans le sport est si important: l'image de soi...), il monte le compensateur à l'envers, mais attention, pas sur le mauvais côté de la bouteille mais bien à l'envers, c'est-à-dire la ceinture ventrale vers le haut et les courroies d'épaules vers le bas. Nouvelle technique bien sûr!" Question de bien mêler le tout, il monte son détendeur "à l'envers". Mais attendez, la surprise finale n'est pas arrivée.

Il n'a pas encore ouvert sa bouteille. Une recherche de quelques minutes lui permet de trouver le sens d'ouverture de l'air et... BANG! Voilà le boyau de compensateur qui s'envole à la Challenger! Quoi? Il y a des sorties de haute et de basse pression? "Qu'o cé ça?"

Ça y est. J'vous entends! Il exagère! Et bien non, ces derniers exploits ont été notés par des chefs de plongée ou par moi-même lors de nos nombreux voyages au Québec ou à l'étranger. Imaginez, on n'est pas sautés à l'eau encore et tout saute! Le maître-de-plongée doit faire des ulcères...

Une fois sa "steppette" dans la grande mare effectuée, "Ti-casse" revide son masque (car il ne l'a pas tenu au cours de son plouf magistral) et coule à pic au fond (110 pieds, vous vous souvenez des 18 livres de plombs?). Il pense à équilibrer ses oreilles car cela fait drôlement mal. Il se dépose au fond comme un 747 atterrissant sur une piste recouverte d'oeufs. Le guide, un peu tendu (on le serait à moins), lui saute dessus et le remonte en surface à près de 5 pieds à la seconde et lui montre le bouton jaune du compensateur: "Ah, mais ça se gonfle tout seul?" Inutile de vous dire que sa première plongée depuis trois ans sera mémorable.

"Ti-casse" n'a pas eu de crampe, son copain n'a pas manqué d'air et heureusement personne n'a été blessé. Cependant tous et toutes souffrent à cause de ce genre de plongeurs. Les plongeurs, les chefs de plongée et moniteurs, la faune et la flore, la réputation du sport par lui-même. Lisez le National Geographic (plus d'un million de lecteurs amants de la nature) traitant du parc Pennekamp en Floride et voyez par vous-même la réputation faite aux plongeurs.

Allez, réveillez-vous, sortez de votre coquille, allez à votre piscine et pratiquez les techniques apprises durant votre cours de débutants telles manipulation du compensateur, sauvetage, palmage, techniques de manque d'air côte à côte. Ben oui "Ti-casse", cela se fait de côte à côte maintenant. Depuis quand? Depuis qu'on utilise des détendeurs à un boyau!

J'espère que vous êtes pas de même !

Richard Nantais
Moniteur NAUI #IT 6662L

(1) N.d.l.r.: plongeur-sandwich: amateur passionné de plongée qui répond plus facilement aux tactiques de renforcement de la fidélité de certains promoteurs qu'aux consignes de sécurité qu'on a tenté de lui enseigner. Analogie avec l'homme-sandwich, personne employée ou payée pour diffuser une publicité.

 

N.d.l.r. Merci Richard, ton humour réveillerait un mort! Ben non "on n'est pas d'même" mais on en connaît quelques-uns de ces loustics. Et on en souffre pour eux et de la mauvaise réputation de notre sport dans le public: "Red-necks, têtes-brûlées, kamikazes, égo-trippeux", alors que la plongée est un sport d'être et non d'avoir. Trop de plongeurs sont capables de nommer toutes les marques et équipements par leur petit nom, (et numéro du catalogue), trop peu sont capables d'identifier à peine une dizaine d’espèces de poissons. Bref Richard, tu choques mais tu frappes juste.

J'espère qu'on nous écrira pour nous en conter "des pires" ou des "plus drôles" ou tout simplement pour nous rassurer qu’ « on n'est pas d'même »....

La rédaction

 


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Dernière mise à jour:  04 December, 2005