Retour

RETOUR

Retour à la page d'accueil

  


CHAMBRE HYPERBARE DE
L'HÔPITAL DU SACRÉ-COEUR

Toujours autant d'accidents bêtes

par Sophie Morin

Revue LA PLONGÉE
Volume 20, No.1, Janvier / Février, 1993

 

Depuis 1982, la chambre hyperbare multiplace de l'Hôpital du Sacré-Coeur, à Montréal, traite les plongeurs québécois souffrant d'un accident de décompression. Depuis dix ans, le nombre de cas est demeuré relativement stable, variant de deux à six, avec une moyenne annuelle de cinq. Comme on évalue à12 000 environ le nombre de plongeurs actifs, cette statistique ne semble pas exagérée. Elle demeure toutefois trop élevée, si l'on considère les effets dramatiques et souvent irrémédiables de tels accidents.

La seule au Québec

Au Canada, il existe quatre caissons hyperbares en milieu hospitalier, soit à Vancouver, Toronto, Halifax et Montréal. Au Québec, on trouve plus d'une dizaine de caissons monoplaces, souvent près des sites de constructions maritimes ou subaquatiques puisque la Commission de Santé et Sécurité au Travail (CSST) exige la présence de caissons à proximité des chantiers. Il arrive donc que certains plongeurs souffrant d'accident de décompression soient traités dans un monoplace avant leur arrivée à l'Hôpital du Sacré-Coeur. Le Dr Marie Dugas, pneumologue responsable de la chambre hyperbare émet toutefois certaines réserves à ce sujet "La plupart de ces caissons sont opérés par des techniciens ne possédant pas de formation médicale. Or, avant de commencer un traitement hyperbare, il est essentiel de poser avec précision un diagnostic d'accident de décompression. Seul un médecin connaissant bien la médecine hyperbare peut effectuer un long et complexe examen neurologique pour poser un diagnostic éclairé. En cas d'accident à l'extérieur de la région métropolitaine, il est donc impérieux de communiquer immédiatement avec l'urgence hyperbare avant d'être traité en caisson monoplace. Le médecin de garde pourra alors orienter le patient et, si nécessaire, dépêcher un avion pressurisé qui l'emmènera rapidement et en toute sécurité jusqu'à Montréal."

D'autres usages

L'oxygénothérapie hyperbare. c'est-à-dire l'administration d'oxygène à des pressions dépassant la pression atmosphérique, possède plusieurs propriétés thérapeutiques. En fait, les plongeurs ne représentent qu'un faible pourcentage des patients traités à l'Hôpital du Sacré-Coeur. C'est ainsi que sept membres d'une famille, intoxiqués au monoxyde de carbone CO, à cause d'une cheminée fissurée à la suite d'un tremblement de terre, ont "plongé" pendant quelques heures dans le caisson de l'Hôpital du Sacré-Coeur. En 1991, 158 patients ont été traités dont 135 pour intoxication au monoxyde de carbone, en raison d'un incendie, de la défectuosité d'un appareil au propane (réfrigérateur, chaufferette, poêle), mais surtout suite à l'inhalation de gaz d'échappement d'un véhicule dans un endroit mal ventilé. Certaines infections rares, l'embolie gazeuse et certaines nécroses des os peuvent aussi bénéficier de l'hyperbarie.

Comme un sous-marin

La chambre hyperbare, au centre d'une grande pièce près de l'urgence, ressemble un peu à un sous-marin sur le plancher des vaches, tout en rondeur, avec ses lourdes portes d'acier, qui sont toutefois dépourvues de roues, servant à les fermer puisque la seule pression intérieure les rend parfaitement étanches.

Le caisson d'acier de deux mètres de diamètres et de 5,4 mètres de longueur est conçu pour recevoir un maximum de sept patients. dont deux alités. La chambre principale est équipée d'un respirateur et d'un défibrillateur pour la réanimation cardiaque. Lorsque les patients sont en relative bonne forme, ils demeurent assis et jouent aux cartes en compagnie de l'infirmière qui les accompagne. Un petit sas permet au médecin à l'extérieur de passer les médicaments, le café ou les rafraîchissements! Un système d'Interphone, de vidéo et plusieurs hublots assurent la communication entre les membres de l'équipe. Si un problème survient, le médecin peut rejoindre le patient et l'infirmière par un sas adjacent à l'unité principale.

La chambre peut résister à une pression de 7 atmosphères (198 pieds de profondeur), mais les traitements, basés sur les tables canadiennes de la DCIEM, ne dépassent jamais 165 pieds. Un profondimètre pour la chambre principale et un autre pour le sas assistés par quatre ordinateurs permettent une lecture exacte des pressions. Étant donné le haut degré d'inflammabilité de l'oxygène à des pressions élevées, des mesures très strictes sont prises concernant l'équipement présent dans le caisson. C'est la raison pour laquelle les personnes qui y pénètrent sont vêtues d'habits ignifuges sans fermetures éclairs ni chaussures pour éviter les risques d'étincelles. Pour la même raison, le système d'éclairage est situé et alimenté à l'extérieur de la chambre; la lumière est transmise à l'intérieur par des fibres optiques.

Sous bonne garde

La chambre hyperbare est ouverte 24 heures sur 24. L'urgence peut donc appeler en tout temps le médecin de garde qui quittera, au besoin, la chaleur de ses draps pour se rendre auprès d'un patient. Au cours des traitements, un médecin est donc toujours présent en plus de deux techniciens qui assurent le fonctionnement de la chambre (la pressurisation. la descente, les paliers, la remontée) et de deux infirmières de l'urgence ayant reçu une formation particulière pour accompagner les patients lors de la "plongée".

Dans le cas de plongeurs victimes d'un accident de décompression, on descend généralement à 60 pieds pendant 45 minutes durant lesquelles le patient respire alternativement de l'oxygène pur et de l'air. Puis, un palier est effectué à 30 pieds pendant 30 minutes avant de remonter progressivement à la surface pour un temps de plongée total de 135 minutes (environ deux heures et demi), Dans les cas graves, certains traitements peuvent durer jusqu'à six heures. Si les symptômes persistent, on répétera le traitement les jours suivants jusqu'au retour à la normale ou jusqu'à ce que l'état neurologique ait atteint un plateau.

Des inconnues

Parmi la cinquantaine de plongeurs traités depuis 10 ans, plusieurs n'avaient pas respecté les tables de décompression et avaient fait montre de beaucoup de négligence. "Le comportement déficient des plongeurs leur coûte trop souvent l'usage des jambes ou même des bras. Nous avons traité des plongeurs qui arrivaient de voyage dans le Sud et qui en voulaient pour leur argent. Certains plongeaient même le jour de l'envolée. D'autres sous-estimaient les dangers de plongées répétitives en eaux froides en ne se laissant aucune marge de sécurité. D'autres, enfin, avaient carrément négligé de noter le profil de leurs plongées se fiant de façon indue à leur ordinateur", témoigne le Dr Dugas.

Mais il observe également que des inconnues demeurent quant à certains accidents de décompression. "Des plongeurs ressentaient des symptômes au niveau cutané et articulatoire alors qu'ils avaient parfaitement suivi les tables de décompression et même, pour certains. avec une marge de sécurité. Dans ces cas. on peut attribuer, sans en avoir la certitude cependant, les accidents à divers facteurs comme la mauvaise condition physique, I'embonpoint, les efforts violents durant ou immédiatement après la plongée ou les conditions de plongée difficiles dont l'eau froide. On ne peut alors répéter une fois de plus aux plongeurs qu'ils pratiquent un sport à risque et que la prudence est non seulement de mise, mais de rigueur", de conclure le Dr Dugas.

L'accident de décompression

Il y a souvent confusion dans les termes utilisés pour parler de l'accident de décompression. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il y a accident de décompression lorsque les gaz accumulés dans les tissus, en particulier l'azote, forment des bulles dans le système sanguin et dans les organes d'un plongeur au cours de la remontée vers la surface.

Il y a trois formes principales d'accident de décompression:

Cutanée: démangeaison localisée ou généralisée (sensation de puces, boursouflures ou rougeurs);

Articulaire: celle qu'on appelle communément "Bends". Douleur vive au niveau des grosses articulations (épaule, genou, coude, hanche);

Neurologique: le plus souvent de forme médullaire (atteinte à la moelle épinière).

Les manifestations de ce genre d'accident sont extrêmement variées. On doit subir un examen neurologique complet. Les symptômes permettant de l'identifier sont notamment:

  • une faiblesse ou une inhabileté au moment d'utiliser les bras et les jambes (paralysie);
  • un problème de rétention urinaire ou d'incontinence;
  • une absence de réflexes.

Dans la très grande majorité des cas, les symptômes se manifestent dans les minutes ou les heures qui suivent la remontée. Exceptionnellement, les symptômes apparaissent après six heures, mais toujours avant 24 heures.

La forme cutanée ne nécessite pas de traitement en chambre hyperbare, mais ne doit cependant pas être prise à la légère puisqu'elle peut évoluer vers une forme plus sérieuse. On doit donc, dès les premiers symptômes, communiquer avec un centre hyperbare.

Les formes articulaires et neurologiques doivent être traitées immédiatement. Parmi les conséquences les plus graves de l'accident de décompression, mentionnons la paraplégie (paralysie des membres inférieurs), la quadriplégie (paralysie des quatre membres) et la ... mort.

 


Si vous avez des commentaires sur ces pages SVP, communiquez avec l'administrateur.
Dernière mise à jour:  19 janvier, 2003

Si vous avez des commentaires sur ces pages SVP, communiquez avec l'administrateur.
Dernière mise à jour:  04 December, 2005