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SCUBAVENTURE
EXPLORE
ANTICOSTI

par Pierre-Henry Fontaine

Revue LA PLONGÉE, Volume 17, No. 4, Août 1990

 

Pendant l'hiver de 1989, un groupe de la région de Québec, l'équipe de SCUBAVENTURE, société vouée à la promotion de la plongée sous-marine, décida de monter une expédition dans le but de commencer l'exploration de l'île d'Anticosti. Il s'agissait de déterminer le degré d'accessibilité des sites de plongée, d'en évaluer la richesse, et par la même occasion, de recenser les épaves qui pourraient être accessibles aux plongeurs. Il était prévu aussi qu'un film serait tourné à des fins promotionnelles.

Tim Supinski, Michel Côte et Josée Verret montèrent le dossier, et la course aux commanditaires commença, avec, comme toujours, ses moments d'enthousiasme et de découragement, et, en parallèle, un projet qui gonfle et qui dégonfle...!

La carte de l'île avec les innombrables mentions de naufrages qui y sont portées devint vite familière aux membres de l'équipe qui se constituait progressivement, tournant même à l'obsession !

À cause des nombreux naufrages qui sont sensés s'y être produits, du temps malgré tout limité que nous avions à notre disposition, et parce que monsieur Gagnon, propriétaire des pourvoiries de l'Est d'Anticosti, proposait de nous transporter sur l'île, de nous y héberger et d'y assurer le soutien logistique, il fut décidé que notre expédition se limiterait à l'exploration de la région de la Baie des Renards, avec une possibilité de faire des incursions à Pointe Est et à Pointe Sud.

Les derniers jours de juin furent, comme toujours dans ces cas-là, le siège d'une activité frénétique. Le moyen de transport de l'équipe et de son matériel jusqu'à Hâvre-Saint-Pierre se régla la veille du départ, et le caisson étanche de la caméra arriva, lui, deux heures avant !!

Finalement, le matériel et les passagers s'entassèrent dans les véhicules, et par une belle nuit de juillet, toute l'équipe, sauf Josée qui devait nous rejoindre plus tard, commença la longue route qui, en douze ou quatorze heures, devait nous amener à Hâvre-Saint-Pierre. Il y avait Tim Supinski, Michel Côte, Josephine ShelI, André Fiset, Denis Morin, Sylvain Boivin et moi. Nous devions retrouver, sur l'île, François Légaré, qui en tant qu'insulaire d'adoption, était notre personne ressource sur place.

Après un voyage routier sans histoire et avoir embarqué notre bagage à bord du Lady Rachel, nous voilà repartis, pour douze autres heures de mer, cette fois. Nous nous souviendrons longtemps des 5 livres de pétoncles frais que Sylvain nous fit cuire ce soir-là !

Minuit... Port-Menier enfin... il faut décharger le bateau qui doit repartir le soir même et, finalement, pouvoir dormir...

Le lendemain, par un temps splendide qui devait être la règle pour le reste du séjour, nous nous entassons avec nos bagages dans un autobus scolaire, et c'est le départ pour la Pourvoirie Aquila. à sept ou huit heures de Port-Menier, dans un nuage de poussière aussi dense dans l'autobus que derrière !

L'installation se fait rapidement. nous faisons connaissance avec nos guides et le personnel de la pourvoirie, et, dès le lendemain. nous commencions le travail d'exploration de la région allant de Baie des Renards à Pointe de l'Est.

Nous avons exploré une partie de l'entrée de Fox Bay et quelques sites situés plus à l'ouest, autour de Cap de la Table à l'Anse à Poux à l'est, jusqu'à Deep Bay ou Baie Prinsta, à l'ouest. Ensuite nous sommes partis en direction de la Pointe de l'Est, à Baie des Goélands, pour y explorer l'épave du Eastmoore. Jim Garrington, de Shark Marine, est venu avec un magnétomètre faire des transects pour essayer de situer les épaves qui devaient se trouver dans la région d'après les cartes que nous possédions, mais que nous n'avions pas réussi à localiser. Faute d'un bateau adéquat, ces recherches sont restées vaines. Nous avons pu plonger sur deux épaves seulement: celle du Eastmoore que, dit-on, son capitaine lança à la côte pour ne pas faire la guerre, et celle du Mongibello, échouée sur le récif depuis une quarantaine d'années, et qui sert de nichoir à des milliers d'oiseaux de mer.

Les fonds que nous avons explorés sont relativement pauvres en faune et en flore. Ils sont généralement constitués de dalles de calcaire très légèrement inclinées vers le large. La profondeur reste faible jusqu'à une bonne distance des côtes (1 km ou plus. à cause de la présence du récif qui entoure l'île). La visibilité, pendant les trois semaines de notre séjour, a oscillé entre 5 et 10 mètres, mais peut diminuer très rapidement si le vent se lève et brasse l'eau.

Si la faune est clairsemée, elle n'en est pas moins intéressante: homards. gigantesques parfois, loquettes d'Amérique, hémitriptères atlantiques, tanches tautogues et capelans figurent parmi les espèces de poissons représentées, avec, dans la rivière de Baie des Renards, des centaines d'anguilles qui viennent se nourrir des déchets de homards jetés par les pécheurs qui y séjournent. Il y a bien sûr, les étoiles de mer, les ophiures, des milliers de bernard-l'ermite, mais peu d'anémones de mer. Il doit falloir aller plus au large, trouver des murs, pour en voir davantage.

Certaines baies, comme la Baie Innomée ont un fond vaseux presque entièrement recouvert d'immenses laminaires, qu'on retrouve, du reste, un peu partout, dès que le fond s'y prête.

L'épave du Eastmoore est située dans la Baie des Goélands. Elle est recouverte d'environ quatre mètres d'eau et est complètement écrasée. Elle est facilement repérable car sa proue, qui s'est détachée du bateau, a basculé et se dresse vers le ciel.

De ce cargo de fer qui devait mesurer une soixantaine de mètres de long, il ne reste que le fond, les chaudières et l'arbre d'hélice avec les énormes bielles du moteur, et des km de tuyaux de cuivre et de plomb, le tout plus ou moins recouvert d'algues et habité par des homards combatifs.

La baie est assez bien abritée, sauf des vents de Nord et d'Est, on peut y échouer facilement des pneumatiques, et l'accès à l'épave se fait facilement de la plage (attention, cependant à quelques roches à fleur d'eau, juste avant la plage de galets.)

Une colonie de mouettes tridactyles nichant dans la falaise et quelques phoques curieux ajoutent de l'intérêt au site.

J'ai bien aimé les plongées sur le Eastmoore. Ce sont des plongées relaxantes, et le casse-tête posé par la reconstitution de l'épave maintient l'intérêt.

Dans la Baie des Goélands, comme, du reste, dans les autres baies que nous avons visitées, nous n'avons jamais été gênés par les courants. Cependant, d'après certaines informations, ceux-ci, par endroits, peuvent être très violents.

Un tour dans le Mongibello, encore debout, mais qui n'en a peut-être plus pour longtemps, permet de résoudre le casse-tête posé par les morceaux éparpillés de la machinerie du Eastmoore, car lorsqu'on pénètre dans sa coque usée par la mer, on voit toute la machine encore en place. Attention aux trous dans le fond et à la tôle qui, par endroit est rendue très mince et coupante comme un rasoir, elle peut facilement rendre le plus sec des costumes... bien humide !!

Nous avons bénéficié, pendant notre séjour, d'un temps magnifique, ce qui n est pas rare en juillet nous a dit François, qui habite l'île depuis une quinzaine d'années maintenant. À part deux ou trois jours, même le vent a été de notre parti, et nous avons pu accomplir notre programme de plongée et de tournage presque parfaitement, Faire de la plongée à Anticosti est vraiment une expérience unique. En effet, même si les fonds, comme je l'ai déjà dit ne sont pas d'une richesse extraordinaire, du moins aux profondeurs que nous avons atteintes (10 à 20 m au maximum), il est très agréable de se promener sur ces grandes dalles en escaliers, où les homards se cachent, profitant des moindres anfractuosités, où les courants sont faibles et où la visibilité est très convenable.

Il ne faut surtout pas oublier la beauté de l'île elle-même. C'est sûrement un des plus beaux endroits que je connaisse, où la mer et la forêt se marient, où l'on peut observer à loisir une faune variée et peu farouche: Cerfs de Virginie, renards, phoques, des baleines, parfois, des aigles à tête blanche ou dorés... Où, par endroits, on peut encore se croire sur une île déserte...

Comment établir le bilan d'une telle expédition ?

Nous avons fait le film que nous nous étions proposé de faire, il sera probablement diffusé à la télévision de Radio-Canada. Nous avons exploré quelques très beaux sites de plongée, qui ne demandent pas nécessairement une très grande expérience aux plongeurs qui voudraient y aller à leur tour. pourvu qu'ils jouissent d'un soutien logistique adéquat, c'est-à-dire d'un bon bateau, de quelqu'un qui connaît bien les parages pour les guider dans des eaux dont la navigation peut poser bien des problèmes, et d'une base terrestre pas trop éloignée des sites de plongée. Il y a, maintenant possibilité de faire remplir les cylindres à Port-Menier, le club de plongée local ayant acquis un compresseur.

Que dire des épaves? Si on fait exception de celles qui sont facilement visibles sur les côtes (Fayette Brown, Mongibello, Calou, Wicox, Eastmoore...), les autres restent à découvrir. Nous n'avons pas trouvé les canons de Fox Bay (il y en a pourtant sûrement, puisqu'il y en a déjà eu un de sorti, à cet endroit), on nous a signalé, que dans la région de l'Anse-aux-Fraises, il y en aurait d'autres... Des pilotes d'avion pensent avoir vu des épaves par transparence... Des épaves, il y en a sûrement beaucoup à découvrir, ce qui promet de bien beaux moments, encore, à de nombreuses expéditions du genre de celle entreprise par l'équipe de Scubaventure.

Il est bien difficile dans un tel article, de faire passer le merveilleux que peut représenter un séjour sur ce qui est certainement un des joyaux de notre patrimoine. J'espère, néanmoins, vous avoir donné le goût d'aller y tremper vos palmes.

Pour plus d'informations, sur les modalités de séjour et de déplacement dans l'île, vous pouvez vous adresser à:

TIM SUPINSKI, SCUBAVENTURE
(418) 878-4704

Pierre-Henry Fontaine, pour l'équipe de SCUBAVENTURE

N.D.L.R.: Pierre-Henry Fontaine est l'auteur de; "Biologie et écologie des baleines de l'Atlantique Nord" et enseigne la plongée au Coin du Plongeur Inc.

 


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Dernière mise à jour:  22 juin, 2009