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ANÉMONES ET MÉDUSES

Texte et recherche de Tristan Léonard,
Agent de Développement en plongée (FQAS)
Photos: Paul Gingras

Revue LA PLONGÉE
Volume 9, No. 6, Juin 1982

 

MISE EN GARDE DE L'AUTEUR

Le présent article ne se propose pas de traiter du sujet en profondeur. L'étendue du domaine à décrire (cœlentérés, cnidaires et hydrozoaires) dépasse le cadre de notre revue. Considérez le présent article comme une introduction bien humble au sujet et comme une invitation à pousser plus loin vos recherches. Une courte bibliographie vous aidera à approfondir vos connaissances...

 

Combinaison, palmes, masque et tuba! Nous nous jetons à l'eau pour "flotter" plutôt que pour plonger. Si c'est beau, nous reviendrons cet après-midi avec les bouteilles et les autres plongeurs.

Il n'y a que quelques mètres de profondeurs ici entre les rochers. Devant nous un dédale de couloirs sous-marins nous attire. Nous survolons un véritable labyrinthe quand soudain nous entrons dans un secteurs qui nous fera découvrir un des plus beaux fonds que nous ayons observé de toute notre carrière de plongeur !

ANÉMONES ou ACTINIES ?
Cœlentérés, Cnidaires. Anthozoaires. Zoantharia... Nous y voilà! Plus de 6000 espèces dans le monde incluant les coraux, les gorgones et le reste. Dans tout ce tas de mollusques, il fallait démêler les espèces d'eau froide du Québec. Enfin quelques noms sortirent de cette masse d'informations. D'abord "ACTINIE". le véritable nom de l'anémone de mer. puis les espèces les plus fréquentes.'

L'ANÉMONE ROUGE DU NORD (Tealia felina)
Rouge, orangée, rose aux tentacules bleues, grise ou vertes.

L'ANÉMONE PLUMEUSE (Metridium senile).
Superbe, au pied orange et lisse, au plumage blanc (tentacules duveteuses).

L'ANÉMONE À POINTS BLANCS (Bunodactis stella)
Petite. trapue, aux tentacules plus courtes et multicolore.

L'ANÉMONE DES SYMBIOTES (Adamsia palliata ou Calliactis parasitica / tricolor)
Qui s'associe au Bernard l'Hermite.

UN JARDIN SOUS LA MER

Dans cette anse retirée de la Côte-Nord, peu connue des plongeurs, peu fréquentée, nous flottions au-dessus d'un parterre d'anémones multicolores. Ici et là une méduse battait de sa coupole, dansant au-dessus du paysage. Nous étions à marée basse et, dans chaque anfractuosité, sur chaque pierre, dans à peine 2 à 3 mètres d'eau, nous pouvions observer des centaines de "fleurs animales", des actinies. Et c'est après plus d'une heure et demie de "flottage", après qu'un certain frisson se soit emparé de nous, que nous mettions fin à notre promenade sous-marine.

C'est à ce moment que nous avons pris conscience de notre ignorance.

Un plongeur avait eu le visage doucement caressé par une méduse et se plaignait de "brûlures". Quoi faire pour le soulager? Un autre essayait tant bien que mal d'identifier les espèces observées pour les inscrire à son cahier de plongée. Pas de vocabulaire pour décrire ce merveilleux spectacle subaquatique.

Après une telle mise en situation, il est tout à fait normal qu'à notre retour "en ville" nous nous précipitions vers la plus proche bibliothèque. Les bibliothécaires répondirent avec amusement à nos questions: les amateurs d'anémones et de méduses, cela ne courre pas les rues...

LA VIE D'UNE ACTINIE

Les actinies sont des invertébrés qui se retrouvent dans toutes les mers du monde. Chez nous, au Québec, elles vivent en colonies dans quelques mètres d'eau; il est donc inutile de plonger creux pour les observer sauf dans certains sites trop populaires (Escoumins, Forillon, Port Daniel entre autres).

Elles sont constituées d'un pied musclé (sphincter) qui renferme le sac digestif. Fixées temporairement au rocher par un disque adhésif, elles peuvent se déplacer mais un coup de palme ou le poids d'un plongeur un peu nonchalant ont vite fait de les faire mourir.

Elles sont très fragiles et ne doivent pas être manipulées. Aussi là où les plongeurs sont rares ou très prudent, les anémones seront abondantes et resplendissantes.

Les Actinies vivent très longtemps (jusqu'à 80 ans en laboratoire) et n'ont que très peu d'ennemis.

Heureusement pour elles, et pour nous, plusieurs fuient la lumière en se cachant sous les surplombs, sous les quais, dans des crevasses, ou dans des cavernes. Elles sont surtout actives la nuit et parce qu'elles vivent en faible profondeur(à partir de la ligne de basse mer), justifient d'admirables plongées de nuit.

Elles se reproduisent de deux façons: par fragmentation (reproduction asexuée) en scindant leurs corps en deux sur le sens vertical, ou par la ponte d'oeufs. Dans ce cas, les larves nageuses se développent dans la cavité digestive et sortent par la bouche quand le moment est venu !

Que mangent-elles? Elles sont carnivores et leurs bras (tentacules) recouverts de cnidoblastes (cellules à dard venimeux) paralysent leurs proies avant de les diriger vers la bouche. Leur menu est constitué de zooplancton, de vers marins, de petits crabes et de larves de poissons.

ANTHOZOAIRES: ANIMAUX-FLEURS

Les anémones sont aux eaux québécoises ce que les coraux sont aux eaux tropicales. Leur beauté, leur fragilité et leur abondance doivent être connues et protégées. Un des seuls ennemis actuel des anémones est le plongeur inconscient! Par ignorance, il suffit d'un groupe de plongeurs peu informés pour dévisager un site autrefois magnifique. Ces animaux-fleurs, notre arc-en-ciel sous-marin, sont déjà disparus de certains sites. Dans un endroit sauvage et retiré, elles pourront être photographiées presqu'en surface, et leurs couleurs appréciées à la "lumière du jour".

La prochaine fois que vous plongerez "sur un lit d'anémones", ne vous y couchez pas de grâce! Planez au-dessus du spectacle et ne vous traînez pas au fond! Si vous ne pouvez contrôler votre flottabilité, retournez suivre un cours de base...

 

PRIÈRE DE NE PAS MARCHER SUR LES FLEURS DE LA MER...

LES MÉDUSES:
Proche parents des anémones, les méduses ont une plus mauvaise réputation. Certains leur reproche la cuisante "brûlure" de leurs tentacules, d'autres d'emplir et de briser les filets, plusieurs de détruire les types de planctons qui assurent de bonnes pêches.

Certes ces cnidaires ("animaux qui piquent") sont dotés de nématocystes (cellules urticantes) qui injectent des toxines, mais rares sont celles qui peuvent gêner l'être humain.

Établissons d'abord que la plupart des méduses québécoises sont très petites (6 seulement dépasseraient les 10 cm) et inoffensives. D'ailleurs beaucoup de plongeurs les confondent à du plancton.

Formées à 95% d'eau, elles respirent à travers leur peau et certaines (aurélie), à travers la paroi de l'estomac. Elles se reproduisent en 6 étapes. La méduse adulte est pourvue de glandes reproductrices (gonades) où se développent des oeufs. Une fois lâchés, ces oeufs deviennent des planules (planutas), larves qui nagent grâce à des cils vibratiles. Celles-ci finissent par se fixer et forment des polypes (ressemblant à des hydres), qui bourgeonneront et formeront à leur tour des petites méduses errantes.

La plupart des méduses se nourrissent de zooplancton, de larves de homard entre autre! Ce qui ne contribue pas à leur popularité !

Si certaines piquent les hommes, certains hommes leur rendent la pareille. Ainsi les Chinois du Nord, les Coréens et les Japonais les font sécher, les assaisonnent et les dégustent comme amuse-gueules.

On peut d'ailleurs acheter des méduses comestibles dans les épiceries du quartier chinois et en consommer toutes apprêtées dans un restaurant de la rue Lagauchetière à Montréal (le YEN KING, cuisine du SCHECHUAN et de PÉKIN, demandez à Chow, le maître d'hôtel de vous expliquer).

LES MÉDUSES DANGEREUSES
Des 5 espèces vraiment nuisibles à l'homme des eaux canadiennes atlantiques seulement 3 se retrouvent en eaux québécoises (Fleuve et Golfe St-Laurent).

ESPÈCE

FRÉQUENCE

SYMPTÔMES

SARSIE À TUBE
(Sarsia tubulosa)
18 mm

FRÉQUENT
Baie de Fundy
Côte atlantique de Terre-Neuve et du Labrador
Golfe du St-Laurent

MINEURS
Irritation cutanée locale

GALÈRE ou PHYSALIE
Portuguese man-of-war

(Physalia physalis)
jusqu'à 30 cm

RARE
en Baie de Fundy seulement

GRAVE
Urticaire linéaire ou dispersé
Douleurs ganglionnaires
Muscles et jointures endoloris
Maux de têtes - hystérie
Fièvre et frisson - Crampes et nausée

PÉLAGIE
Mauve stinger

(Pelagia noctiluca)
luminescente (65 mm)

RARE
en Nouvelle-Écosse

MINEURS
Urticaire localisé

CRINIÈRE DE LION
Lion's mane
(Cyanea capillata)
jusqu'à 1 m

FRÉQUENT
Gaspé et Côte Nord

DE MINEUR À SÉRIEUX
Lésions épidermiques
Crampes-étouffement
Troubles respiratoires et sensation de congestion thoracique

AURÉLIE
Moon jelly
(Aurelia aurita)
40 cm
gonades évidentes
en fer à cheval

FRÉQUENT

MINEURS
Irritation locale de la peau

 

PREMIERS SOINS (1)

  1. Éviter de manipuler les méduses
  2. En cas de "brûlure":
  • Retirer les tentacules
  • Laver avec du savon abrasif (ou frotter avec du sable ou un tissu le cas échéant
  • Appliquer au choix : alcool, sucre, vinaigre, jus de citron, ammoniaque, acide borique, bicarbonate de soude, onguent, calamine.

    C.   En cas sérieux :

  • Appliquer des compresses froides

    D.   En cas GRAVE:

  • Consulter un médecin
    (codéine, oxygène, respiration artificielle)

 

(1)  SOURCES :

Guide des Méduses des Eaux Canadiennes de l'Atlantique. page 21
Handbook for Beach Strollers from Maine to Cape Hatteras. page 20

 

 

 

 

 

ZINN, Donald J., 1975, The Handbook for Beach Strollers from Maine to Cape Hatteras, The Pequot Press, Chester, Connecticut 128 pp.

SHIH, Chang-Tai, 1977, Guide des méduses des eaux canadiennes de l'Atlantique
Musée national des Sciences naturelles, Collection d'Histoire naturelle No. 5;
Ottawa, Canada, 90 pp.    ISBN 0-660-00018-0

BRINKHURST, RD., LINKLETTER, L. E., LORD, E.I., CONNORS, SA. et DADSWELL, M J., circa 1975, A Preliminary Guide to the Littoral and Sublittoral Marine Invertebrates of Passamaquoddy Bay,
St-Andrews, New-Brunswick, biological Station, 166 pp

 


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Dernière mise à jour:  19 janvier, 2003

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