Le permis d’exportation émis par Patrimoine Canada vient en effet à
échéance le 20 mars. Le Longueuillois détient 50% des artefacts
provenant de l'épave. Il a entre autres en sa possession la cloche de l'Empress,
qui vaudrait 1 M$ US, trois pieds de boussoles, trois pieds de roue de
gouvernail, de la vaisselle, et divers autres objets de tout acabit.
Répondant
aux critères d’intérêt exceptionnel, des pressions ont été menées
par un groupe de gens de l'Ouest canadien - où, à Czar, Alberta,
résident un demi-million de descendants des naufragés - qui veut que la
collection demeure au Canada. Bien que l'évaluation faite pour le
gouvernement du Québec frôle les 3 M$, ce dernier n'a montré que peu
d'intérêt à sauver la collection jusqu'à maintenant. M. Beaudry est
prêt à s'en départir pour un montant de 1,5 M$, et Patrimoine Canada
s'est engagé à verser une subvention de 750 000$, à la condition qu'un
musée s'en porte acquéreur. Une demande à été acheminée à la
ministre Sheila Copps, pour trouver les 750 000$ manquants. M. Beaudry
étant originaire de Longueuil, les intéressés veulent sensibiliser la
députée bloquiste de Longueuil, Caroline St-Hilaire, afin qu'elle puisse
intervenir à Ottawa.
Philippe Beaudry fait de la plongée sous-marine depuis 1967. Dans une
courte entrevue téléphonique réalisée la semaine dernière, le
plongeur m'a racontée que c'est en 1970 qu'il s'est intéressé à l'Empress
of Ireland. « J'avais eu vent qu'un cameraman se rendait faire
des prises de vue de l'épave dans le but d'en faire un film. »
D'abord intrigué, le plongeur a vite voulu tout savoir sur cette terrible
tragédie. Puis, l'idée de fouiller les profondeurs des eaux glaciales du
Saint-Laurent à la recherche de vestiges a rapidement fait son chemin.
À l'issue de pas moins de 600 plongées réalisées au terme de 30
années de travail, M. Beaudry a récolté quelque 500 objets des vestiges
du bateau qui a sombré en 14 minutes au fond de l'estuaire du
Saint-Laurent, le 29 mai 1914, à 2 h du matin. Frappé par le charbonnier
norvégien Storstad à la hauteur de Sainte-Luce-sur-Mer; près de
Rimouski, le navire a englouti avec lui 1012 personnes. Il s'agit du plus
grand naufrage de l'histoire du Canada. Cette tragédie s'avéra plus
catastrophique, au niveau des pertes humaines, que celle du Titanic.
« J'ai investi plus de 250 000$ », confie M. Beaudry. J'ai
été de toutes les tribunes: des reportages dans Le Figaro et dans
de multiples revues spécialisées, fait pas moins de 70 émissions
télé, et été conférencier invité partout au Canada, en Europe et aux
États-Unis. Je me suis aussi entretenu longuement avec le grand Cousteau
père, ainsi qu'avec l'océanographe de renom, Bob Ballard celui-là même
qui a découvert le Titanic.» Après avoir prêté une bonne
partie de sa collection au Musée de la mer de Pointe-au-Père, M. Beaudry
l'a reprise pour des raisons de conservation. Elle est depuis en
sécurité dans un entrepôt, et l'endroit, donnons-lui raison, demeure
secret.
La collection est toujours en sol Canadien, mais pour combien de temps
encore ?
Un vrai « Capitaine Haddock ». C’est la
première idée qui nous vient en voyant Philippe Beaudry. Le
Figaro l'avait également souligné.
Le samedi 28 juillet 2001