Nous
avons eu un voyage mouvementé et intense qui a mis à l'épreuve nos capacités
de vivre en groupe, de vivre la promiscuité dans des conditions parfois
extrêmes et changeantes.
Je remercie particulièrement les colocataires
des chambres à trois qui ont accepté leur sort avec philosophie sans mots dire
et sans me maudire... Et notre bon médecin de brousse qui nous a bien
dépannés malgré sa grosse grippe.
Le début du voyage en a brassé quelques-uns...
Il pleuvait depuis deux jours à Miami, le vent s'était levé pendant la
nuit... la mer, un peu comme en 2003, était mauvaise... (vous vous en rappelez
?) La dernière traversée aussi avec ce vent de dos et les vagues de deux
mètres et plus... les Gravols étaient à l'honneur !
Mais les derniers jours ont été vraiment
spectaculaires de soleil et de rencontres sous-marines. Nous avons même sauté,
je l'avoue, quelques plongées pour faire les lézards sur le pont... histoire
de revenir avec de la couleur.
Il faut se rappeler notre fulgurante rencontre
avec un requin marteau... (que Robert Mainville avait vu à la plongée
précédente! Oui Robert, nous en doutions mais il faut bien le dire tu avais
bien vu, un requin marteau !!!) Je le vois encore, image à jamais imprimée au
fond de mon cerveau... Là, au-dessous de moi, tournant avec une étonnante
souplesse sa tête en forme de radar, de gauche à droite... J'en reste encore
soufflé !
Je revois Marc-André Labrosse s'élançant à sa
suite, dédaignant son stop de sécurité. (nous n'étions pas en
décompression) J'entends encore le divemaster hurler à plein poumon dans son
détendeur... il a dû consommer tout son air à cet instant précis à souffler
des sons informes pour attirer notre attention. Je revois Marcel Jacques, calme,
stoïque, super équipé, parfaitement autonome, faire son pallier dans le grand
bleu avec son lift... de belles images mémorables.
Je suis certaine que nous revenons tous de cette
croisière, meilleurs plongeurs, plus expérimentés... ayant affrontés des
plongées courant à des profondeurs assez spectaculaires, entre autre le long
de cet abysse incroyable "The Tongue of the Ocean" (les plongeurs du
Sea Fever 2003 s'en rappèleront avec nostalgie...). Les courants changeaient
parfois de direction et ce pouvait être inquiétant pour certains plongeurs car
il fallait toujours rester à l'affût. Mais encore une fois nous avons
expérimenté cette réalité de la plongée où rien n'est prévisible et la
véritable sécurité du plongeur est dans son attitude souple et positive face
aux variations climatiques, aux changements de visibilité, aux variations de
courant et aux rencontres parfois stupéfiantes... Où tout se passe d'abord
"entre les deux oreilles".
Je me rappèle la dernière plongée, où nous
nous promenions entre les îlots coralliens à 70'-80' de profondeur, à contre
courant, utilisant les moyens tactiques pour épargner nos forces... Passant
d'une chute de sable à l'autre au dessus du récif, comme les poissons qui se
reposent derrière les obstacles, pour se mettre à l'abri du courant ...il y
avait des bancs de Jacks, quelques requins de récif... La lumière était belle
(grâce au soleil ardent) mais la visibilité... Bof ! À peine 60', un peu
laiteuse... la grosse misère quoi...
Je suis revenue sur la corde d'ancrage du bateau
pour faire mon arrêt de sécurité, mes oreilles étaient devenues un peu
sensibles au changement de pression après cette semaine intensive de
plongée... et le courant me semblait tellement fort que je paniquais un peu en
me demandant si j'allais trouver les forces de rejoindre l'arrière du bateau
sans me faire déporter... J’étais sur la corde à consommer ce qui me
restait d'air... me demandant de plus en plus si je serais capable de palmer
avec force à contre courant. J'étais figée, je restais là, mais pendant que
je réfléchissais, je consommais mon air... finalement j'ai décidé
d'affronter le courant avant de me retrouver avec trop peu d'air pour suffire à
l'effort et j'ai tenté de rejoindre la plate-forme... et à mon grand
étonnement, ça c'est fait très facilement... beaucoup plus facilement que je
ne l'imaginais... pourtant sur la corde avant on faisait le drapeau... La mer
est surprenante parfois... selon les profondeurs, les directions les conditions
changent radicalement... mais ce qu'il y a de plus important en plongée, ça
reste l'attitude mentale.
Ce voyage a été l'occasion de se connaître
mieux, plusieurs participants m'étaient totalement inconnus, et je garde
maintenant de beaux souvenirs, le tissu des Diables s'est resserré un peu
plus... J'espère que nous aurons l'occasion de plonger encore ensemble, ici au
Québec et ailleurs, c'est un rendez-vous !
Je pense à Robert Mainville et Jacques Brouillet,
je pense à Robert Marsolais que je ne connaissais pas, malgré nos nombreux
appels lors des préparatifs de voyage, à ses aptitudes de caméraman
sous-marin, la souplesse et la douceur de "son palmage" derrière le
viseur de son appareil, de ses mouvements continus de caméra. Franchement ses
vidéos m'ont étonné et son filtre rouge ravivait vraiment les couleurs des
fonds marins... C'était superbe!
Jean Rondeau s'est fait un gros bobo au genou sur
un corail (le désavantage des shorty!) ce qui a demandé des soins particuliers
de notre bon docteur de brousse... J'ai fait l'infirmière pour l'occasion... Il
nous a fait un petit choc vagal... mais il était super bien entouré. Gilles
Pruneau qui découvrait pour la première fois les splendeurs sous-marines des
mers du Sud était littéralement extatique malgré quelques épisodes où il
était plutôt vert.
Guy Élie ne s'est pas blessé cette fois-ci,
mais a tout de même passé quelques jours alité avec des Gravols... Nos
inséparables tri-fluviens, François Lajoie et Marc Bellemare (dont c'était
l'anniversaire le jour du départ) ne se sont pas laissé d'une palme , David et
Goliath (Paul-Yves Noël , le nouveau fiancé d'Ukraine, et Guy D'Astous ) sont
devenus les meilleurs amis du monde et Guy Desjardins (peut-être futur ministre
des finances chez les Diables ) discret, a été un très attentif copain de
plongée et m'a accompagné bravement dans les tunnels exigus des récifs
coralliens... C'était un très beau site! C'était très intéressant de voir
la synergie parmi tout ce beau monde, de voir comment nous nous sommes très
bien adaptés les uns aux autres, dans des conditions parfois, il faut bien
l'avouer, un peu difficiles.
De l'équipage de l'an passé il y avait Ed et
Red (qui est devenu le capitaine officiel), Tim avait été remplacé par Rob,
qui cuisinait pas mal mieux il faut bien l'avouer! On a mangé du thon cuit au
BBQ et du poulet servi en marinade asiatique, des salades et des brioches à la
cannelle. Il y avait des tentatives culinaires assez exotiques comme du plantin
et du guacamole. Enfin, il y en avait pour tous les goûts et personne vraiment
ne s'en est plaint.
Il y avait deux belles filles, dont la divemaster
Eli (qui semblait sortir avec Rob, ça c'est pour les potins...) la belle Airen,
blonde et plantureuse qui dansait la Meringue et la Salsa comme pas une... et
Rick, mécanicien et opérateur du zodiac... pas mal beau et pas mal en forme.
Tout ce beau monde était bronzé à souhait, comme on peut s'attendre d'un
équipage qui passe sa vie sur un bateau des mers du Sud. Ils étaient super
gentils et assez discrets... très bon service!
Red a pêché un gros Barracuda de 3,5', et
chacun y allait de sa plongée vacances... Eli et Rob ont plongé ensemble, main
dans la main, le long du Tongue of the Ocean à certainement plus de 140 pieds,
créant tout un émoi parmi les plongeurs qui apercevaient au loin leur bulles
s'élever des profondeurs abyssales se demandant qui du groupe avait eu la folie
de descendre si bas avec du Nitrox. (ils étaient peut-être à l'air...)
Bon c'était les potins du Sea Fever !!!
Merci à tout le groupe, pour leur patience, leur
camaraderie et leur souplesse... Pis on a eu ben du fun!
À la prochaine aventure...
Suzanne, la dame du Sea Fever