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Revue La Plongée              


Bénis soient les samedis Mille-Îles
Ou devrais-je dire l'apocalypse selon St-Jacques...

Samedi, 20 août 2005

Texte et photos : Ludovic Andrivon

Eh oui ! Encore une fois, je me suis retrouvé samedi dernier avec mes compères et commères des Diables pris dans une aventure où les vagues immenses, les vents rugissants et la pluie battante s'étaient donnés rendez-vous.

Mais le coté piquant des conditions "environnementales" n'a fait qu'amplifier la joie de plonger sur une épave que j'affectionne.

A peine l'aube avait-elle pointé le bout de son nez que Claude, mon compagnon de voyage, se gare devant chez moi. On embarque le stock et nous voilà tout guilleret à arpenter les routes du Québec et de l'Ontario vers la terre (et l'eau) promise sous un ciel gris et bas. Rien de tel qu'un trajet en auto pour mieux connaître son copain. C'tu le fun covoiturer...

Nous voici enfin à Rockport où Michel Chartier, cet excellent et sympathique pourvoyeur d'excursion de plongée, a transformé d'un coup de cyalume magique son beau gros bateau confortable en deux pneumatiques rapides et nerveux qui aiment à s'enrouler sur les vagues dès qu'elles sont un peu formées...

Après les retrouvailles avec les autres Diables, on se prépare... On charge l'équipement et pour certains on prend les lunchs quand d'autres hésitent à surcharger le bateau. Keystorm nous voilà !

Dès que la douane sera passée nous pourrons enfin nous ravir les yeux de ta coque meurtrie par ce long sillon laissé par ce haut fond. De valeureux plongeurs canadiens n'hésitent pas à présenter leur passeport avec leur gros couteau collé sur le mollet. Ça impressionne toujours l'administration...

Le trajet vers le Keystorm est rapide. Heureusement, car sur cette partie bien dégagée les vagues se font plus fortes et on s'attache sur la bouée au-dessus du haut fond qui a coulé le bateau. Ces mêmes vagues qui font virevolter l'estomac quand on cherche une pièce d'équipement au fond du bateau et dieu sait qu'on a de l'équipement en plongée... Enfin prêt à basculer.

Ouf ! Tout se calme, l'eau m'entoure… je me sens mieux. Je fais signe à Claude qu'on descend tout de suite pour vite retrouver le calme et la sérénité.

Quelques mètres à suivre une corde et le Keystorm exhibe déjà son gros nez dans les eaux vertes et chargées. Mais c'est l'autre bout qu'on convoite pour l'instant… alors direction l'hélice. On s'enfonce, on croise quelques plongeurs qui se cachent aussitôt dans leur nuage de particules, on passe à coté de l'entrée des cales, indifférents à l'appel de leur noirceur - tout à l'heure, on va revenir.

Tout près de la poupe, on croise un photographe qui mitraille sa muse avec comme toile de fond l'hélice immobilisée. Juste une grosse pale émerge encore, symbole de la puissance anéantie un jour de brouillard. Le temps s'écoule vite à ces profondeurs. On glisse doucement le long du pont, on éclaire furtivement le fond des cales, on zigzague dans l'enchevêtrement du poste de pilotage puis c'est le retour vers la surface par là où on est venu... Oh la la ça brasse !

Claude sauve mon estomac en partageant son sandwich qu'on fait rester au fond en tassant par dessus moult croustilles... Faut que ça tienne le coup le temps d'un intervalle de surface décent... A mon avis, je ne suis pas le seul à être blême.

La perspective de retourner contempler le Keystorm me permet de me rééquiper et de basculer dans l'eau en un temps record (Merci à la patience infinie de Claude). Cette fois-ci, on fait dans le détail. On ne perd pas de temps à descendre au plus creux de notre plan de plongée pour remonter centimètre par centimètre le nez collé sur l'épave et sa structure vérolée par la rouille.

Les cales, si mystérieuses lors de la plongée précédente, se dévoilent sous les coups insistants de nos lumières inquisitrices. Les petits poissons qui s'étaient cachés dans les recoins, pensant être tranquilles, se retrouvent figés devant nous. Bien que certains, plus cabotins, jouent les stars en apparaissant dans les trous des hublots et saluent la foule venu les admirer.

Le poste de pilotage doit avoir le torticolis à force de pencher sa structure de spaghettis sur le coté. On joue les pilotes puis on décide de jouer les docteurs et d'aller voir la "cicatrice". On revient à la proue et on passe par-dessus. Une première entaille apparaît, la plaie ne s'est pas refermée. On pousse plus loin notre auscultation et on découvre par là où l'eau s'est engouffrée, attirant le Keystorm dans le fond du St Laurent. Entaille gigantesque qui court le long de la coque et qui semble encore vibrer du contact avec le haut fond. Ça me laisse rêveur. En remontant on rencontre deux Diables qui jouent les trapézistes pour agrémenter l'arrêt de sécurité. Va falloir affronter de nouveau les vagues…

Le retour est sportif mais ne se passe pas trop mal. Je suis tout de même content de mettre pied à terre où Jacques nous requinque avec des potions et des onguents dont lui seul a le secret.

Ça, c'est du samedi Mille-Îles.

Ludovic

 


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Dernière mise à jour:  15 janvier, 2006