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Chasse au trésor
Journal En Profondeur, printemps 2001
Mes copains m'envoyaient des
messages, des invitations. "Viens Pierre, tu vas voir comme on a du
plaisir". J'ai finalement accepté, ça faisait deux semaines que je
m'y préparais. J'étais assis sur le bord, chaussant mes palmes, penseur.
On m'avait dit que ce serait difficile mais j'étais prêt, mentalement et
physiquement. "Tu ne parles pas beaucoup, Pierre !" On me
regarde avec un sourire en coin..., je sais qu'ils se disent que je vais
en baver, tout comme eux la première fois.
Vérification finale de l'équipement, j'enfile mon gant; je suis enfin prêt,
malgré la lenteur et la nervosité du débutant. Je m'appuie et glisse
lentement dans l'eau avec mes copains. Elle est chaude, réconfortante, mais
mon coeur bat rapidement. Pas trop de vagues, pas encore... Mes copains me
font le signal fatidique, je prends une bonne goulée d'air et m'immerge
énergiquement. Il faut faire vite, ils sont pressés. Pourtant, ils m'avaient
dit que c'était un sport de paresseux. "Moins tu fais d'effort, plus tu
vas conserver ton air longtemps." Il faut descendre au fond, rapidement.
Pas le temps de pincer le nez pour équilibrer les oreilles. J'avale, je
souffle de l'air dans le masque. Je fais de mon mieux. Oublie la technique,
mes copains sont rapides, il faut accélérer le rythme. Tout le contraire de
ce que j'ai appris...
L'enjeu est grand, un trésor est convoité par tous. Pourtant, les épaves et
les artefacts sont protégés par des lois : pas question de toucher avec les
mains. Le joyau n'a pas de valeur, c'est un petit disque de laiton d'à peine
quelques dizaines de grammes. Je le cherche, inconscient de mon environnement,
inconscient de ma réserve limitée d'air. Dans la brume bleue, je vois le
disque de laiton, là au fond immobile. Encore un petit effort, juste un peu,
pendant que j'ai encore de l'air. Il est à moi, je l'ai gagné, il suffit de
le ramener à bon port. Je ramène fièrement le trophée retrouvé. Une toute
petite distance à parcourir, ma réserve d'air est dangereusement basse. Je
veux respirer, je n'en peux plus. Il n'y a plus d'élixir, il n'y a plus de
gaz de la vie. Les poumons me brûlent, j'ai la sensation de perdre mes
mollets. La fatigue gagne lentement mes cuisses.
Soudainement,
le tumulte, je ne suis plus seul. Des mouvements partout, des corps, du
Néoprène, des palmes, des masques. Tout semble entremêlé dans des eaux
agitées, pleines de bulles. C'était si calme, j'ai maintenant peine à
voir. Ils ont tous le bras tendu, certains m'aident à protéger le joyau
de laiton, d'autres tentent de me l'arracher. Il est à moi, je suis
déterminé, je me bat pour ma possession. Je pousse frénétiquement, je
ne sens plus mon corps. Rapidement, je sens une masse se déplacer sous
mes jambes. Elle remonte vers la poitrine, je me sens soulever vers la
surface. J'étire le bras tant que je peux, il est trop tard, je perds le
contact. Je vois le belligérant s'éloigner dans la direction opposée,
les autres le poursuivant avec frénésie.
Je n'en
peux plus, je remonte vers la surface, ma poitrine veut éclater. Le tuba
n'est pas assez gros, je l'arrache, je prends de l'air tant que je peux.
À la surface, telles des queues de baleines, je vois des palmes partout
frapper énergiquement la surface de l'eau. L'anarchie, le chaos, l'eau
éclabousse dans tous les sens, la surface de l'eau est pleine d'écume.
Soudain, les plongeurs font surface, des cris, ils frappent dans l'eau
avec d'étranges bâtons de plastique rouges et oranges. Ils sont
essoufflés, le visage rouge, ils rient. Ils viennent de ramener le disque
brillant à destination, au but. Mon copain se retourne vers moi,
m'interpelle. "Pis mon Pierre, comment t'aimes ça nos parties de
hockey sous-marin ?". Je le regarde dans les yeux, il rit aux
éclats. Je n'ai jamais cru que respirer pouvait être aussi bon...
NDR: Comme ont dit chez eux, "chez les Diables, on plonge. Quand on ne
plonge pas, on joue au hockey sous-marin." Merci à toute l'équipe des
Diables des Mers, et plus particulièrement à Tania Giberyen, pauvre
étudiante débordée de travail qui a organisé ces rencontres amicales de
hockey sous-marin au cours de l'hiver.
Pierre Taillefer
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