Samedi matin le 7 août 1993,
je prend la route des États-Unis pour rejoindre le groupe du Club de PSM
"Les Diables des Mers" afin d'effectuer la sortie annuelle du Lac
Champlain. Le départ est cédulé à 13h00 au quai de Snug Harbor, quelques
kilomètres au sud de Plattsburgh dans l'état de New York.
J'emprunte donc la route de
Mansonville pour traverser les douanes à Richford, Vermont. Je me dirige sur
la route 105 jusqu'à l'intersection de la route 78 qui me permet de traverser
le lac Champlain et d'accéder à l'état de New York sur la rive ouest du lac
à la hauteur de Rouses Point. Ce trajet n'est sûrement pas la meilleure
route car nous devons traverser plusieurs petits villages et affronter une
circulation très dense en cette journée de congé.
Malgré une journée qui
s'annonce pluvieuse, nous parvenons à l'autoroute 87 qui doit nous mener à
notre destination selon le cahier d'itinéraire du club. En effet, il s'agit,
selon le cahier, de prendre la sortie 37 qui débouche sur la route 22. Après
environ 30 kilomètres de route depuis Rouses Point, nous empruntons la sortie
37 pour nous diriger à Snug Harbor. Mais, comble de malheur, nous nous
retrouvons sur la route 3 au lieu de la route 22 comme indiquer dans le
cahier. C'est alors une recherche intensive qui s'amorce afin de rejoindre le
groupe à Snug Harbor.
Sachant que le point de
rencontre se trouve sur la route 9, c'est sur cette route que je me dirige. Je
dois choisir si la direction sera nord ou bien sud. Je choisi donc de me
diriger nord afin de m'approcher de Plattsburgh pour demander la direction.
Une marina se trouve soudainement sur ma route. Il s'agit de la marina PHM,
soit Plattsburgh Harbor Marina. On m'informe à cet endroit que Snug Harbor se
trouve à 8 kilomètres au sud de cet endroit. Je me dirige donc au sud sur la
route 9 et parvient finalement à destination. Je m'informe sur place pour le
bateau de Louis W. Jankowski surnommé Gypsy II. On me pointe donc le
bateau en question et j'aperçois alors, au bout du quai de la deuxième
marina de Snug Harbor, une partie du groupe qui s'affaire aux préparatifs de
départ.
C'est vers 13h45 que je rejoint
finalement Richard Barbeau, l'organisateur de l'activité, pour apprendre que
plusieurs participants manquent à l'appel et subissent le même sort que moi
et doivent présentement chercher le chemin de la marina.
Nous transportons donc tout l'équipement
à l'aide de chariots et c'est vers les 15h00 que tout le groupe est complet
et que notre capitaine décide de lever l'ancre pour nous diriger vers
Mallet's Bay au Vermont.
C'est par une journée nuageuse
avec un vent du sud que nous nous dirigeons sur l'autre rive du lac. Richard
nous informe que nous inaugurons la deuxième sortie sur ce nouveau bateau de
"Lou". En effet, celui-ci a récemment refait la totalité de la
coque d'acier ainsi qu'une majeure partie du pont arrière. Aussi, les deux
moteurs V8 Chrysler ont été refaits à neuf. De plus, tout le bateau a reçu
une peinture neuve et fut aménagé pour le confort des plongeurs. Durant
notre trajet, des vagues de trois à quatre pieds secouent fortement le Gypsy
II, malgré la longueur de 32 pieds de sa coque d'acier. Les vagues qui
frappent la coque envoient des jets d'eau sur le pont arrière et incitent les
participants à se regrouper sous le toit avant avec notre vaillant capitaine
"Lou". Durant ce temps, son épouse surveille notre route et avise
son mari de l'approche de la jetée créée autrefois par le chemin de fer. Le
vent et les vagues réduisent la visibilité et nuisent au passage de cette
jetée qui s'effectue difficilement par un étroit chenal.
Une fois de l'autre côté, étant
protégé par la jetée, les vagues diminuent et les passagers que se
sentaient incommodés par la première phase du trajet peuvent maintenant
prendre l'air sur le pont arrière. Sur notre gauche, juste après la jetée,
nous apercevons une belle plage de sable alors que nous franchissons l'État
du Vermont.
Une fois à l'intérieur de la
grande baie de Mallet's Bay, "Lou" nous dirige vers une petite baie
ayant une pointe de roche escarpée qui possède une profondeur moyenne de 30
pieds. C'est à cet endroit, surnommé Brickyard Bay, que nous jetons l'ancre
pour effectuer notre première plongée de la journée.
Étant lui-même moniteur de la
F.Q.A.S., "Lou" prépare le site en vue d'une sécurité exemplaire.
Il arbore le drapeau de plongée traditionnel ainsi que le drapeau Alpha, nécessaire
semble-t-il, dans les eaux nord-américaine. Celui-ci prend soin de laisser
une corde de 100 pieds à l'arrière, terminée par une bouée portant le
drapeau de plongée. Bref, tous les règlements sont respectés à la lettre
et les participants sont en confiance devant l'expérience de notre confrère
"Lou" Jankowski. Aussi, celui-ci se permet même d'interpeller les
marins qui ne respectent pas les lois concernant le drapeau de plongée.
Vers 5h30 les premiers
participants débutent les préparatifs en vue de leur première plongée.
C'est un vrai plaisir que de plonger à bord de ce bateau. Tout est aménagé
pour le plongeur. Un support central maintient toute les bouteilles en place
et permet aux plongeurs de s'asseoir tout autour du pont arrière avec
l'espace nécessaire pour circuler librement. La plate-forme arrière, à
fleur d'eau, qui couvre la largeur de ce bateau de 14 pieds de large facilite
la mise à l'eau. C'est Robert Turcotte, accompagné de son amie, qui sera le
chef de la première palanquée. Viennent ensuite les palanquées de Sébastien
et Suzanne, de Christian Lacasse et Lise, pour terminer avec notre palanquée
à trois, constituée de Richard Barbeau, Pascal Pépin et moi-même.
Nous descendons le long de la
corde de l'ancre, pour nous retrouver par 30 pieds de fond. Une fois rassemblé,
nous mettons le cap sur 90° en direction de la rive escarpée. Notre ami
"Lou" nous a indiquer qu'une grande quantité de bouteilles se
retrouvent dans cette baie. Malheureusement, une mousse verte recouvre le fond
à cet endroit et dissimule les quelques bouteilles précieuses qui nous
auraient été possible de ramasser. Soudain près de la rive, des algues
dissimulent plusieurs perchaudes ainsi que quelques petits brochets d'herbe.
Nous sommes maintenant face aux rochers par une vingtaine de pieds de fond.
Nous apercevons un bonne quantité d'achigans et de crapets qui se laissent
difficilement approcher. Richard, qui surveille l'arrière de la palanquée,
nous informe après la plongée que de nombreux achigans nous suivaient de très
près. Un très beau spectacle s'offre à nous. En effet, les
quelques rayons de soleil qui nous parviennent de la surface, illuminent la
danse des algues et dessinent des ombres sur la face des roches.
Soudain, j'aperçois une ombre
d'environ deux pieds qui se découpe au devant de moi. Maintenant je distingue
ce très gros poisson qui s'immobilise face à moi. Celui-ci possède une
forme classique de torpille, mais ce qui le distingue le plus, c'est la
nageoire dorsale continue qu'il possède sur le dos.
C'est la première fois que je
rencontre un poisson de ce type en eau douce. Je m'empresse donc d'aviser mes
copains de plongée et leur présenter cet étrange poisson. Tous les deux ont
amplement de temps pour l'examiner et le regarder tranquillement disparaître
à la limite de la visibilité qui, faut le dire, n'était pas si grande et se
situait à peine à plus de dix pieds.
Près d'une heure s'est écoulée
depuis notre mise à l'eau, et c'est maintenant le retour au bateau en
maintenant un cap de 270° pour essayer de rejoindre l'ancre du Gypsy II.
Au retour, Richard remarque une traînée d'ancre familière et nous indique
que notre position se trouve à mi-chemin du bateau. Cependant, nous faisons
surface à 50 pieds au large du bateau et retournons par une courte nage à la
surface.
Je questionne donc
"Lou" au sujet de notre rencontre de la journée et celui-ci nous
informe qu'il a patienté quinze ans avant d'apercevoir ce poisson très rare.
Ce poisson se nomme "Bowfin", surtout à cause de sa queue en forme
d'arc. * Je me promet de faire des recherches plus poussées pour identifier
ce poisson encore méconnu des plongeurs québécois.
Vers 21h00, tous les
participants sont de retour sur le bateau et les conversations abondent sur la
vie marine de l'endroit. Selon le témoignage de Sébastien, la navigation
sous-marine de Suzanne lui a procuré un étourdissement euphorique constant
après quelques randonnées autour de l'ancre!
Pendant que l'on se dirige vers
l'île Valcourt, plusieurs Diables en profitent pour ouvrir leur sac à lunch
afin de prendre un bon repas avant notre plongée de nuit qui s'effectuera
sous peu dans les cavernes de l'île Valcourt. De retour dans l'État de New
York, nous nous ancrons face à une petite falaise sur la côte de l'île,
face à Snug Harbor.
Plusieurs voiliers sont ancrés
pour la nuit dans cette petite baie très calme étant protégée des vents du
sud. "Lou" profite d'un temps de répit avant nos préparatifs pour
nous renseigner sur les précautions à prendre pour faciliter notre plongée
sur ce site. Nous ne devons pas franchir la pointe, car à cet endroit nous
seront victime des vents du sud et de leurs effets sur les conditions de plongée.
Pour nous aider à trouver la sortie après une pénétration dans une
caverne, notre capitaine nous suggère de fermer notre lampe afin de repérer
la lumière du bateau pour nous guider. Il faut dire cependant que les pénétrations
se font à peine à plus de 10 pieds, sauf à de rares occasions.
J'agit comme chef de palanquée
avec Pascal Pépin, tandis que Richard Barbeau remplace Sébastien dans une
palanquée avec Suzanne Duranceau. Robert Turcotte forme toujours la même
palanquée avec son amie. Christian Lacasse dirige l'équipe de surface et
prend bien soin de noter les temps de tous les participants.
Vers 9h30 tous les plongeurs se
regroupent autour de la plate-forme arrière et exécutent leur mise à l'eau
à l'aide d'un pas de géant. Nous demandons un temps de 45 minutes comme
temps de base pour notre plongée. Il est bien entendu que l'on pourra
demander une extension si nous le désirons. Après une entente sur notre plan
de plongée, Pascal et moi exécutons finalement notre mise à l'eau pour se
retrouver en surface à l'arrière du bateau. De là, nous débutons la plongée
en direction du début de la pointe rocheuse pour longer celle-ci sur une
distance d'environ 100 mètres jusqu'à l'autre pointe, c'est-à-dire juste
avant la fin de la baie qui nous offre une protection du vent du sud.
Il est à noter que Pascal est
un nouveau plongeur et n'est qu'à sa deuxième plongée de nuit de sa carrière.
Heureusement, les conditions sont excellentes: pas de vague, pas de vent, pas
de courant, circulation maritime au minimum et une visibilité relativement
bonne malgré les conditions agitées de la journée. C'est avec confiance et
assurance que Pascal explore en ma compagnie les nombreuses formations
rocheuses de l'endroit. Soudain, devant nous, se découpe l'entrée d'un
tunnel qui semble accéder à une grotte sous-marine. J'indique à mon copain
mon intention d'examiner l'entrée de plus près, Pascal se dit d'accord et
veille à l'entrée. Je procède donc à l'entrée de la caverne qui semble se
prolonger sur une dizaine de pieds. Soudain, n'ayant pas effectué de plongée
de familiarisation de jour à cet endroit, je ne sais pas si le tunnel donne
accès au lac de l'autre côté du rocher. Je n'ose donc pas continuer et
laisser trop longtemps mon copain loin de moi; je dois donc reculer à l'aveuglette
dans cet étroit tunnel, n'ayant pas l'espace nécessaire pour me retourner.
Nous parcourons donc tout le
long de cette petite falaise jusqu'à la pointe de la baie où nous atteignons
une profondeur de près de 40 pieds à cet endroit. Nous observons les
quelques achigans et perchaudes qui se trouvent sur notre passage. Lors du
retour, nous rencontrons l'équipe de Robert Turcotte qui se distingue par sa
toute puissante lampe de plongée (UK 1200R) utilisée à cet occasion.
Soudain, je suis interpellé par Richard Barbeau qui explore avec Suzanne
toutes les grottes les unes à la suite des autres. Ce dernier me fait signe
de le rejoindre à la surface. J'avise aussitôt Pascal qui avait aperçu les
gestes de Richard et aussitôt, les deux palanquées se rejoignent à la
surface. Richard nous indique la direction d'une caverne fantastique qu'il
vient tout juste de découvrir et nous invite à la visiter. Étant empressés
de continuer leur exploration, nos deux amis retournent immédiatement au fond
de l'eau. Je me retourne pour discuter de cette invitation avec Pascal lorsque
celui-ci m'indique qu'il souffre d'une crampe à la jambe gauche.
Je lui conseille donc de
gonfler son BC pour qu'il se maintienne facilement en surface et aussi pour
lui permettre de se masser le muscle de la jambe afin de soulager son mal.
Nous passons donc une dizaine de minutes en surface, le temps nécessaire à
Pascal de reposer sa jambe et d'ajuster notre plan de plongée en conséquence.
Nous continuons donc notre
plongée par l'exploration de la grotte indiqué par Richard. Après une
dizaine de pieds le long d'un étroit tunnel, je débouche sur une petite cathédrale
me permettant de me retourner aisément et d'apercevoir mon copain à l'entrée
de la grotte. Malgré qu'aucune vie marine n'habite l'endroit, je me permet
d'examiner soigneusement cette étrange formation rocheuse avant de mettre fin
à cette plongée.
Cependant, la beauté de
l'endroit, le calme de cette nuit chaude d'été, et les récentes découvertes
de ces grottes m'apportent une distraction qui me fait commettre une grave
faute en temps que chef de palanquée. En effet, notre plan de plongée étant
de 45 minutes, j'oublie de compter le temps passé en surface à discuter avec
Richard et à soigner la crampe de Pascal. J'effectue le décompte avec mon
"bottom timer" qui cesse de cumuler le temps une fois à la surface.
Donc, lorsque je signale à Pascal le chemin du retour après les 38 minutes
de fond indiquées à ma console, celle-ci ne m'indique pas le temps passé en
surface. Nous parvenons au bateau dans le délai prévu, toujours selon le
temps de fond, mais l'équipe de surface nous accueille avec inquiétude car
il s'est écoulé plus d'une heure depuis notre départ. Je souligne donc cet
événement au profit des plongeurs qui auront à effectuer des plongées dans
ces mêmes circonstances pour qu'ils ne répètent pas cette mésaventure et
qu'ils épargnent ainsi beaucoup de crainte et de soucis à l'équipe de
surface.
C'est vers 23h00 que nous
retrouvons le groupe sur le Gypsy II. Il faut dire que tous les
plongeurs sont encore émerveillés par la quantité et la beauté des
cavernes de cet endroit. Pour faciliter le rangement de notre équipement,
notre capitaine illumine le pont arrière du bateau à l'aide de deux
puissantes lampes fixées à la partie supérieure de la cabine. Bientôt,
"Lou" nous avise de lever l'ancre pour le retour à la marina de Snug
Harbor juste en face. C'est à vitesse réduite que nous naviguons par cette
soirée brumeuse. Nous devons éteindre toute source de lumière pour
permettre au capitaine "Lou" de suivre le chenal que nous mène au quai.
Après 45 minutes de navigation
nocturne, nous retrouvons notre lieu de départ de ce midi au quai de la
marina. Pendant que notre capitaine nous prépare un bon café, nous
transportons notre équipement le long des quais, jusqu'à nos voitures
respectives. Tout en dégustant notre café, nous remercions Richard Barbeau,
l'organisateur de la journée, ainsi que "Lou" pour son excellente
collaboration. Le succès de cette activité a permis à tous les participants
de profiter d'une très belle journée de plongée et tous souhaitent répéter
l'expérience à bord du Gypsy II dans un avenir prochain.
* Suite à une conversation téléphonique
avec Christian Houle, professeur de sciences naturelles au Cégep, celui-ci
me confirme le nom du poisson observé en après-midi. En effet, le poisson
observé est bien un Bowfin, surnommé Poisson Castor en français. C'est un
poisson qui peut atteindre deux pieds de long et qui fréquente les eaux
chaudes des marécages et des baies peu profondes de nos lacs. Ce poisson
est très bien décrit dans le livre du gouvernement canadien intitulé Guide
des Poissons d'Eau Douce du Canada.