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LA SIGOUÏNE DE ROCHE
Pholis gunnellus (Linné) 1758

par Roxanne "Roxy" Lamoureux

Revue LA PLONGÉE, Volume 16, No. 2, Avril 1989

 

Pour l'avoir observée en aquarium et en milieu naturel, l'apparence et le comportement de cette petite anguille m'ont fait lui attribuer la qualification de "clown de la mer". On dirait qu'elle aime jouer à la cache-cache; dès que j'approchais de l'aquarium, je la voyais jeter un coup d'oeil de dessous sa pierre ou parfois entre deux roches plates, puis quand elle était certaine que c'était le "lunch" qui arrivait, elle sortait et venait vers la surface en ondulant de toutes ses forces pour attraper son repas. J'ai donc constaté que ce poisson anguilliforme ne semblait pas posséder de vessie natatoire lui permettant de se stabiliser entre deux eaux comme le plongeur le fait avec son collier ou son habit étanche. Dès que la sigouïne s'arrête de nager, elle coule à pic. Cela ne la décourage cependant pas de recommencer et de nager de plus belle pour venir chercher sa pitance. Si la faim la tenaille trop. dés qu'elle m'aura aperçue, elle surgira de sa cachette et nagera de long en large et de haut en bas pour réclamer son dû.

À ce temps là, c'est à peu près tout ce que je savais de cette espèce. Puis un beau jour, alors que je nourrissais des tanches tautogue en leur présentant des oursins, en plongée naturellement, une sigouïne surgit de je ne sais trop où et nagea énergiquement vers mon oursin afin de se prévaloir de sa part du festin. Mais la pauvre manqua son coup, et se retrouva au fond, le mets convoité étant hors de portée de ses forces. Je lui présentai donc le menu à quelques centimètres de son point de chute. Elle s'est jetée goulûment. tête première dans les entrailles de l'oursin, et ne voulait pas lâcher prise malgré que je secouais son assiette pour tester la force de ses mâchoires. Le morceau a cédé et mademoiselle s'est retrouvée encore une fois au fond mais elle est revenue à la charge une 2ième et 3ième fois avant d'être rassasiée. Je fus vraiment surprise de voir l'audace et l'acharnement de cette petite. Elle devait avoir une de ces faims pour oser partager le même repas que ces voraces tanches tautogue.

La sigouïne de roche peut parfois être confondue avec le quatre lignes atlantique (eumesogrammus praecisus) ou le terrassier tacheté (cryptacanthodes maculatus) mais ne vous en faites pas trop, si vous voyez une anguille à petite tête, à la mâchoire inférieure débordante, et une raie foncée au dessus et au dessous de l'oeil il y a de grosses chances que ce soit mon clown. Sa nageoire dorsale portant des taches noires à bords pâles prend son origine au dessus de l'ouverture branchiale et se prolonge jusqu'à la base de la queue dont elle est séparée par une encoche peu profonde; puis on a la queue arrondie, un autre encoche peu profonde, et enfin la nageoire anale qui se prolongera jusqu'à mi chemin entre la tête et la queue. La sigouïne ne possède pas de ligne latérale, peut être que c'est dû à son mode de vie solitaire et retraité n'ayant pas trop à se préoccuper de ce qui se passe autour d'elle. Si l'envie vous prend de la capturer, je vous souhaite bonne chance! Son corps, couvert d'écailles peu visibles enduites d'une épaisse couche de mucus visqueux la rend à peu près insaisissable.

Il est fréquent de rencontrer cette anguille de roche (non commun) à faibles profondeurs sous les algues ou les roches, sous une coquille de pétoncle vide ou des débris de morceaux de bois. Malgré que son milieu préféré soit les eaux peu profondes du littoral, il arrive qu'elle s'aventure à des profondeurs de 180 m. à condition qu'elle ait réussi à déjouer les morues et les goberges qui s'en régalent avec délices.

On ne sait pas grand chose sur leur vie sexuelle, c'est pourquoi je ne m'aventurerai pas de ce côté. Tout ce dont je suis certaine c'est que la sigouïne de roche est une petite vorace, et une ennemie redoutable pour tous amphipodems, crevette et vers marin. Il est aussi fréquent de la capturer dans les casiers à homards. Vous allez penser alors qu'elle mesure bien 1 mètre de long, mais non elle ne fait en moyenne que 22 centimètres mais sa gourmandise la rend imprudente et elle ne lâche pas prise tant qu'elle ne se sent pas hors de son milieu naturel i.e. sur le pont du bateau. Alors mettez à profit son défaut et essayez de vous faire une amie sous l'eau, ça marche presque à chaque plongée... à condition de la dénicher.

 


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Dernière mise à jour:  04 December, 2005