Non ce n'est pas un poisson avec de grandes dents qui construit des barrages.
Son nom serait plutôt justifié par la forme de sa queue qui ressemble à celle
du castor, mais placée dans le plan vertical.
Ce poisson archaïque est le seul représentant de la famille primitive à
laquelle il appartient (Amiidae). De plus, on ne le retrouve que dans les
eaux douces de l'est de l'Amérique du Nord. Lorsque vous apercevrez ce poisson
lors d'une plongée d'exploration dans les herbiers du Richelieu, vous
comprendrez pourquoi on dit qu'il est un représentant fossile de cette famille.
D'abord à mon avis, ce n est pas le spécimen le plus coloré de nos eaux. Sa
couleur prédominante est l'olive foncé et le ventre va du crème au blanc.
Parfois on distingue des bandes verticales étroites plus foncées sur le
nageoire dorsale mais disons qu'en général ce poisson ne se fait pas remarquer
par son colon mais plutôt par les caractéristiques de ses nageoires. Sur le
dos, une seule nageoire très longue et basse qui se termine près de la caudale
(queue). La forme de cette dernière, comme il a été mentionnée
précédemment est grande et arrondie et de plus chez le mâle on retrouve à sa
base, une tache noire ronde ou ovale parfois entourée d'un halo jaune ou
orange. Une autre caractéristique unique parmi les poissons d'eau douce du
Canada est la présence d'une plaque ovale et osseuse à la mâchoire
inférieure. Bien sûr cette plaque n'est visible que si vous êtes sous le
poisson, donc pas très utile comme moyen d'identification pour le plongeur...
De toute façon, avec les quelques détails mentionnés, il serait difficile de
ne pas identifier ce spécimen au premier coup d'oeil. De plus, ceux rencontrés
le plus fréquemment mesurent 45 à 60 cm de long, ce qui est quand même une
taille respectable.
Ce qui rend cet ancêtre intéressant est aussi l'énergie déployée par le
mâle pour établir et conserver une vie familiale pendant plusieurs semaines
après la ponte. D'abord au printemps (mai, juin) les mâles se déplaceront
vers les eaux peu profondes où la végétation est dense et s'attelleront à la
tâche de préparer le nid nuptial. Roches déplacées, racines arrachées ou
coupées, feuilles enlevées, rien ne résiste à ces puissantes mâchoires. Il
défendra férocement son petit territoire contre ses semblables y laissant
parfois des lambeaux de nageoires. Une fois la femelle attirée vers le nid,
celle-ci se couchera sur le côté pendant que "Monsieur" tout
naturellement lui fera la cour pendant 10 à 15 minutes, la mordillant
légèrement sur le museau ou les flancs; puis le couple agite violemment les
nageoires et les oeufs et la laitance seront expulsés pendant une minute
environ. Cette frénésie peut durer jusqu'à une heure et demie, ouf !
Les oeufs seront immédiatement aérés par le mâle puisque
"Madame" sera partie visiter d'autres nids. Au bout de huit à dix
jours, toujours sous la surveillance du mâle, les oeufs écloront et les
nouveau-nés resteront fixés à la végétation pendant 7 à 9 jours; le mâle
montant toujours la garde...! Puis au bout de plusieurs semaines, lorsque les
jeunes mesureront 10 cm, le mâle sera encore plus agressif et s'il est forcé
de fuir, il guidera sa progéniture vers un nuage protecteur de vase qu'il aura
soulevé au départ. Touchant n'est-ce pas? Mais attention, ne vous méprenez
pas sur l'agressivité de ce poisson. Il m'est arrivé une fois de rencontrer un
spécimen qui prenait au sérieux son rôle de père et je peux vous assurer que
c'est impressionnant de se faire charger par ce gros poisson qui ne change de
direction qu'à la dernière minute, surtout quand on sait que c'est un
carnivore de premier ordre.
Il gobe tout ce qui bouge (pas les plongeurs) en aspirant sa proie avec une
grande quantité d'eau. Son régime est constitué de poissons, du plus petit
méné jusqu'au brochet, écrevisses, grenouilles et insectes. Ce n'est
cependant pas un charognard. De plus, il peut se considérer comme étant en
paix face aux pêcheurs puisque sa chair est très peu appréciée.
Enfin un dernier aspect qui caractérise ce poisson, c'est qu'il possède une
vessie capable d'assimiler l'oxygène de l'air. Il serait donc capable en
principe de vivre dans un milieu pauvre en oxygène. Alors la prochaine fois que
vous ferez connaissance de ce vieux représentant, traitez-le avec respect et
appelez-le par son nom: Amia calva.