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LA PERCHAUDE
(Perca flavescens)

par Roxanne "Roxy" Lamoureux

Revue La Plongée, Volume 12, No. 6, Hiver 1985-86

 

Qui ne la connaît pas ? On entend parler de cette dame à l'année longue puisqu'on la pêche même l'hiver sous la glace. De plus, elle est exploitée commercialement. On la retrouve à peu près partout dans les lacs d'eau douce du sud du Québec car elle s'acclimate très bien dès qu'on la place dans une eau relativement claire à courant faible ou nul. Alors pourquoi en parler puisque tous savent l'identifier au premier coup d'œil ?

Parce que dès que j'aperçois un banc de ces poissons effilés au corps zébré, je ne peux m'empêcher de les contempler avec fascination. Si je vous demandais de me décrire les couleurs dont se parent ces Percidés, en seriez-vous réellement capable ?  Elles peuvent être variables selon la taille et l'habitat, mais la coloration de base est quand même presque identique d'un individu à l'autre: dos et face dorsale de la tête variant du vert brillant au brun en passant par l'olive. Les flancs, au vert jaune ou jaune, le dos se pare de 7 bandes de largeur décroissante ventralement tandis que les yeux varient du jaune au vert. Que dire du gris ou blanc lait de la face ventrale de la tête et du corps et du jaune ou vert de la nageoire dorsale et caudale. Avez-vous aussi remarqué les taches noires sur la nageoire dorsale ainsi que sur la membrane entre les épines 1 et 2 ?  Alors, ces coloris ont mis votre sens d'observation à l'épreuve ?

Cette modeste perchaude n'est pas si négligeable qu'elle en a l'air. De plus, ce qui la rend intéressante c'est qu'il est assez rare de la retrouver en solitaire dans son coin. Durant le jour, elles forment une grande famille unie d'une cinquantaine d'individus ou plus qui nagent dans un parfait synchronisme; mais il faut être patient si vous voulez les observer ou les photographier. Elles sont si farouches qu'à la moindre vibration, elles s'éloignent en toute hâte dans la direction que le chef de bande aura décidé, car ces poissons sont des "moutons" aquatiques. Si vous réussissez à attirer le meneur avec de la nourriture, toute la troupe suivra. La nuit, on les voit s'isoler chacune de leur côté à la recherche d'une parcelle de fond sur laquelle elles s'immobiliseront jusqu'au petit matin.

Pour être en si grand nombre, il faut qu'elles soient réellement prolifiques (jusqu'à 60,000 oeufs). Cependant, elles sont assez discrètes dans leurs ébats amoureux et le plongeur qui est invité aux noces est vraiment un privilégié et un pas frileux. Pour éviter d'avoir trop de curieux, elles choisissent la mi-avril ou début-mai. A ce temps-là les plongeurs préfèrent encore le confort douillet du logis plutôt que de se présenter au rendez-vous. Les mâles arrivent alors sur les lieux de la fête parés de leur plus bel habit vert bronze et jaune brillant aux barres foncées dont les manches (nageoires inférieures) sont parsemées d'orange ou rouge. Ces parures ne manqueront pas d'attirer quelques jours plus tard les femelles aux couleurs plus modestes. Puis la nuit de noces, commence, à l'abri des racines, de broussailles submergées ou de corps d'arbres morts. Il n'y a pas de nid nuptial. Les oeufs sont expulsés en un long tube transparent, gélatineux et replié en accordéon d'une longueur pouvant atteindre 2.1 m pour une largeur de 51 à 102 mm. Au petit matin, tout est terminé. Ces œufs agglutinés onduleront au gré des vagues jusqu'à ce qu'ils trouvent un point d'appui sur le fond ou sur la végétation. Si la température est clémente, les jeunes "verront le jour" 8 à 10 jours plus tard. Par contre, si les froids persistent, ils resteront emmitouflés dans leur gélatine jusqu'à 27 jours. Les nouveaux-nés se nourriront alors à même leur sac vitellin. Par la suite, leur menu se composera de larves d'insectes de toutes sortes et à la fin de l'automne, grâce à leur appétit vorace, ils pourront atteindre une taille de 46 à 100 mm dépendant de l'endroit. Ce n'est qu'au bout de 3 ans (mâles) ou 4 ans (femelles) que la maturité sexuelle sera atteinte et leur espérance de vie peut aller jusqu'à 10 ans.

Alors ça vous intéresse un peu plus de l'observer. Pas de problème, elle est capable de se contenter d'une très grande variété d'habitats. L'eau peut aussi bien être chaude que fraîche et le fond boueux ou graveleux. Que ce soit un lac, un étang ou une rivière tranquille, dès que l'eau est claire et que l'endroit est dégagé mais qu'elle peut se mettre à l'abri rapidement dans la végétation à proximité, vous pouvez compter sur sa présence. Elle sera au rendez-vous. Quoi de plus impressionnant que de se retrouver face à un banc de 100 ou 150 individus qui défilent devant vous à la façon de leurs confrères des eaux tropicales et sans compter parfois où elles se lient avec d'autres individus tel le Queue à Tache Noire, qui est un membre de la famille des ménés.

Étant donné qu'on retrouve souvent cette foule dans un ou deux mètres d'eau, l'apnée est d'autant plus recommandée qu'il n'y a pas de bulles pour les effrayer. Alors plonger dans les eaux québécoises vous semble-t-il toujours aussi ennuyeux ?  Dame perchaude devrait alors vous faire changer d'avis...

 

Poissons d'eau Douce du Canada (Scott et Crossman)

Mes Observations sur Les Poissons (Paul Provencher)

 

MENTION D'HONNEUR

La Plongée / Environnement

Nous aimerions souligner le travail exceptionnel de notre amie et collaboratrice Roxanne LAMOUREUX détentrice de la chronique HABITANTS DE NOS EAUX depuis près de 4 ans. Son travail et son style simple et vivant ont su lui attirer la faveur de tous. Une mention d'honneur à une plongeuse qui a choisi de se spécialiser dans la vulgarisation de notre patrimoine écologique.

La rédaction, 

LA PLONGÉE, hiver 1985-86

 


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Dernière mise à jour:  04 December, 2005