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L'OMBLE DE FONTAINE
Salvelinus fontinalis (Mitchill)

par Roxanne "Roxy" Lamoureux

Revue LA PLONGÉE, Volume 13, No. 4, Août 1986

 

"Coloration: dessus allant du vert olive au brun foncé, flancs plus pâles tournant au blanc argenté dessous. Lignes ondulantes vert pâle ou crème sur le dessus de la tête et le dos. En plus de ces taches pâles sur les flancs, il y a de petites taches rouges distinctes entourées d'un halo bleuâtre. Anale, pelviennes et pectorales à bord blanc immaculé ordinairement suivi de pigments noirs ou rougeâtres".

Une telle palette de couleurs ne se retrouve que dans les mers du Sud, me direz-vous, mais détrompez-vous. Ce poisson est bel et bien de chez nous. Il est mieux connu sous les noms de truite mouchetée, truite de ruisseau ou même truite de mer. Il m'est apparu dans toute sa splendeur, lors d'une plongée dans un étang à truite dont le propriétaire était très fier. Eh oui, j'ai triché ! Ce n'est pas à tous les plongeurs qu'un telle opportunité se présente: moi. j'ai sauté dessus ou plutôt plongé dedans.. .Étant donné qu'il est très difficile de photographier des truites à l'état sauvage. il a bien fallu que je prenne les moyens pour pouvoir vous décrire un peu plus en détail ce magnifique salmonidé.

Dans tous les livres de références, il est dit qu'elle est très répandue dans les cours d'eau et les lacs où l'eau est fraîche, claire et bien oxygénée. Elle déteste les eaux à température au dessus de 20° C (68° F). Dès que ça devient trop chaud, elle va se rafraîchir dans les profondeur. Si elle est si commune pourquoi ne la rencontrons-nous pas plus couramment en plongée? Une truite de 2 ou 3 kilos, ça fait parler autant un plongeur qu'un pêcheur et doublement plus si le plongeur est un pécheur. La réponse est que l'Omble de Fontaine comme presque tous ses cousins est très fugace et craintif. La moindre vibration le fait fuir. Croyez-moi j'ai essayé d'en approcher un spécimen dans un étang où il y en avait une centaine, et il m'a fallu jouer d'astuces. Dès que je donnais un coup de palmes. les truites disparaissaient. Alors ne vous demandez plus pourquoi le plongeur de lac ne la rencontre guère sur son parcours. Il vous faudra modifier vos habitudes, vous équiper de votre attirail d'apnée pour eau froide, vous mettre à la recherche d'un ruisseau peu profond ou les berges leur permettent de se mettre à l'abri. où un courant faible à moyen leur apporte leur dîner sur un plateau. Même si l'Omble de Fontaine est un poisson très rapide. il préfère que son repas lui soit livré à domicile plutôt que d'aller le chercher là où il se trouve. Dans le cas où il faudra que la truite se mette en quête de nourriture, elle s'accommodera de tout ce qui bouge et qui n'est pas trop gros pour être avalé d'un seul morceau: vers, crustacés, araignées, mollusques, poissons, "caviar", grenouilles, couleuvres et parfois chez les grand spécimens, une envie irrésistible de varier le menu avec de petits mammifères ! Des études ont prouvé qu'elle peut avaler jusqu'à 50% de son poids en nourriture lorsque la température de l'eau est à 13° C, mais dès que ça se rapproche de 9° C ou de 17° C, leur consommation est beaucoup moindre.

J'ai pu observer une certaine hiérarchie chez ces poissons. Les plus forts se nourrissent en premier dans les étangs artificiels et ce sont aussi les plus gros qui ont les meilleurs abris sur les rives où sous les rochers. Par contre, en milieu naturel les gros envoient les petits en éclaireurs lorsqu'on leur présente un vers sur un hameçon.

Les Ombles de Fontaine sont très possessifs et ne laissent approcher aucun de leur congénère sur leur territoire. Par contre, si le propriétaire des lieux est délogé à cause de son appétit insatiable, entretenu par un pêcheur persévérant, le deuxième dans la hiérarchie viendra prendre sa place dans ce logement laissé vacant qu'il surveillera jalousement. Le seul temps où les truites sont un plus sociables, c'est en saison de fraie. Le mâle en livrée resplendissante tentera de séduire une femelle occupée à préparer le berceau des nouveau-nés. Un coup de queue par ci, un coup de queue par là, un petit frottement. quelques vibrations de tout le corps suffiront. Oeufs et laitance se fusionneront pour donner des oeufs adhésifs qui colleront au gravier du nid. Maman truite recouvrira sa portée d'une couche de pierraille et voilà une nouvelle génération qui se prépare.

Après l'éclosion (50 à 100 jours selon la température) les jeunes vivront sur leur réserve (sac vitellin). À l'âge d'environ 15 jours, ils pourront nager librement. C'est à ce moment critique que les Becs-scie et les Martins-pêcheurs décident de savourer du poisson frais mesurant alors 30 mm. Si les jeunes truites gagnent la bataille contre leurs prédateurs, elles peuvent espérer vivre jusqu'à 5 ans, ce qui est court comparé aux autres truites.

Et voilà pour l'une de nos plus belles truites québécoises. On peut retrouver cette même truite en mer, mais question de l'observer, je vous souhaite bien de la chance. Commencez donc par un ruisseau ou au pied d'une petite chute où l'eau est fraîche, vos recherches pourraient être beaucoup plus fructueuses.

 


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Dernière mise à jour:  04 December, 2005