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GRACIEUSE NUDIBRANCHE

Texte et recherche Roxanne "Roxy" Lamoureux

Revue LA PLONGÉE, Volume 16, No. 4, Août 1989

 

On dit que la mode a tendance à changer chez certains gastéropodes. La coquille protectrice aurait été mise de côté pour faire place à une robe de dentelle tout à fait splendide.

À ses débuts, le manteau du gastéropode essayait de recouvrir cette carapace pour tenter de la dissimuler et l'animal pouvait toujours se réfugier à l'intérieur de celle-ci (Lunatia eros). Puis cette coquille a été complètement enveloppée sous le manteau pour ne laisser qu'un vestige de masse dure sous la peau (Aplysia willcoxe). Quant au nudibranche, il s'en est complètement débarrassé et a fait peau neuve pour éviter d'avoir l'air d'un vulgaire ver rampant.

Le nudibranche ressemble à une limace dont le dos serait recouvert de tubercules ou d'excroissances qui formeraient un manteau de poils épais. Le nudibranche aux branchies rouges (Coryphella sp.) possède 100 excroissances de chaque côté de son dos sur un corps de 30 mm et le nudibranche à crinière (Aeolidia papillosa), en possède 400 sur un corps de 100 mm. Ces excroissances sont en fait des branchies externes appelées "cerata". La tète est bien développée et est surmontée de deux paires de tentacules. La première, frontale, est appelée tentacule orale et celles de derrière les rhinophores. Les nudibranches de nos eaux sont carnivores et chacune des deux espèces tend à se spécialiser à se nourrir sur des proies précises. L'un choisira les éponges, les tuniciers ou les bryozoaires, tandis que l'autre optera pour les anémones et les hydroïdes. Dans le cas où il y aurait ingestion d'anémones, le poison contenu dans les tentacules de celles-ci s'accumulera à l'extrémité des ceratas du nudibranche le rendant par conséquent un mets dédaigné des prédateurs.

Les nudibranches sont très fragiles. il faut les manipuler avec soin. On les retrouve partout, mais vu leur petitesse et leur colon, un peu adapté au milieu il est difficile de les distinguer sur le fond. Il faut chercher minutieusement sur une paroi de roche en regardant centimètre par centimètre. Dans les algues, ils rampent sur les tiges; sur un fond de sable, n'y pensez pas: ils ne peuvent s'y fixer.

Si vous faites un séjour à Percé, une plongée à l'île Bonaventure vous permettra sûrement de pouvoir admirer cette Dame limace dans tous ses atouts. En effet, on ne peut que lui donner un attribut féminin, puisque les ceratas aux couleurs pâles de rose, rouge ou mauve sur un fond beige, donnent l'impression qu'elle porte une chevelure aux coloris "Punk" se mouvant avec grâce dans le vent (eau).

Mes rencontres les plus fréquentes avec cette beauté se situaient tard au printemps, ou tôt à l'automne jusqu'à tout récemment où je l'ai découverte en plongée sous-glace, rampant sur les longues zostères. J'ai même pensé que c'était à ce temps de l'année (janvier) qu'elles se reproduisaient puisque j'ai vu à plusieurs endroits dans le même secteur des amas blanchâtres ressemblant à des oeufs qui avaient l'apparence des nouilles en ressorts de nos soupes. Une forme aussi finement découpée ne pouvait qu'appartenir à cette Dame, mais je n'ai pu trouver personne pour le confirmer.

On en connaît si peu sur cette espèce que je ne peux étirer mon texte plus longtemps... Mais je pense que si un(e) spécialiste des invertébrés concentrait ses études sur cette beauté de la nature il/elle ne serait pas déçu(e).

 

Kenneth L. Gosner, A field guide to the Atlantic seashore.

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Dernière mise à jour:  04 December, 2005