Dans cet article, vous aurez un aperçu de ces petits êtres qui peuplent les
eaux salées du Québec. Ils passent souvent inaperçus pour la majorité des
plongeurs. Il a fallu que certains photographes me fassent parvenir une photo de
leurs découvertes pour finalement m'apercevoir que malgré leur petitesse. ces
"Habitants de nos eaux" attiraient l'attention de certains.
Mon but ce mois-ci est de vous encourager à devenir plus observateur afin
d'être capable de dénicher ces petites bestioles qui peuplent les fonds
marins. Il ne s'agit pas ici de découvrir une espèce rare, mais plutôt
d'observer des invertébrés omniprésents par centaines qui échappent à votre
attention.
L'OPHIURE (Ophiopholis aculeata)
Facile
à observer, on la rencontre dans des anfractuosités rocheuses. sous des
débris de bois ou sous les galets et cailloux, parmi les algues ou se cachant
dans le sable ou la vase. Son corps de forme ronde et aplatie, de 19 mm. de
diamètre est entouré de 5 bras très minces faisant environ quatre fois et
demi la largeur du corps. Ses bras très mobiles sont formés d'écailles
articulées, de teinte beige ou brune, entrecoupées de 2 ou 3 écailles
rougeâtres à toutes les 5 articulations environ. Ce sont ces mêmes bras en
forme de tentacules que l'on voit dépasser d'entre deux rochers, s'agitant
constamment à la recherche de fines particules de nourriture. En les manipulant
avec soin, il est possible de les déposer au creux de votre main sans en briser
les bras et d'observer ainsi leur mode de locomotion. Le tout ressemble à 5
vers essayant de déplacer un petit sou noir avec une agilité surprenante.
LA
CREVETTE SQUELETTIQUE (Caprella sp.)
Elle ressemble à une mante religieuse (insecte carnivore). Elle mesure
environ 19 mm de long. La tète et le 1er segment de son corps, plus ou moins
soudés ensemble sur le 2e segment et sur lesquels se retrouvent deux bras et
pinces, lui donnent cet aspect de mante. Aux 3e et 4e segments sont attachés
des pattes en forme d'aviron tandis que sur les 3 derniers segments on retrouve
des pattes préhensiles qu'elle utilise pour se fixer sur les algues, les
piliers de quai, les roches etc. J'ai vu, à plusieurs reprises des cages à
homards grouillant de milliers de ces crevettes qui y avaient élu domicile à
cause de l'abondance de nourriture en suspension dans l'eau provenant de
l'appât en décomposition. Un autre jour, lors d'une plongée sous-glace, j'ai
observé un spécimen accroché à une algue. Je l'ai taquiné avec un brin
d'herbage qu'elle a aussitôt cherché à saisir avec ses pattes. Espérons que
ce crustacé n'atteindra jamais la taille d'un homard ou alors, attention à vos
doigts !
ARAIGNÉE
DE MER (Anoplodactylus lentus)
Vous connaissez tous les "faucheurs". ces araignées à grandes
pattes que l'on retrouve un peu partout dans nos jardins et nos caves. Cette
araignée de mer leur ressemble. Les pattes mesurent 38 mm, et semblent
simplement collées entre elles sans former de corps. Quand j'ai vu ce spécimen
immobile au fond, j'ai eu l'impression que ce ne pouvait être vivant puisque ce
n'était que des pattes ! et pas de corps bulbeux. Mais dès que je l'ai mis au
creux de ma main, ça marchait ! Donc ça devait être vivant !
PAPILLON DE MER NU (Clione limacine)
Je
n'ai pas osé présenter une photo de ce spécimen de peur de la voir censurée.
En fait on le qualifie de nu parce qu'il ne possède pas de coquille pour le
protéger comme celle de son confrère le "Papillon de mer à
coquille". Pour le rencontrer, il faut être chanceux et pas frileux, ou
passer ses vacances au bord de la mer au printemps. Du moins c'est ce que j'en
ai déduit puisque ce n'est qu'à ce temps de l'année que j'en ai rencontré.
De plus, selon les références, son habitat se situerait dans les eaux du large
à plus de 1000 brasses (1 800 m), puisqu'il fait partie de la faune
planctonique. Mes rencontres fortuites avec ce spécimen se situaient dans
quelques mètres d'eau près du rivage. Mesurant 25 mm., le corps est de couleur
crème transparent laissant entrevoir le rouge des organes vitaux à travers la
peau. Son mode de locomotion se fait au moyen de "paradodia , i.e. manteau
transformé en nageoire. C'est en battant de ses ailes que le Papillon de mer nu
réussit à se déplacer gracieusement dans les eaux de surface, d'où sa
dénomination de "Papillon".
ET BIEN D'AUTRES
Plusieurs autres petits invertébrés se partagent les fonds et les eaux
bleues de nos côtes. Les Gammares (Gammarus sp.) qui
s'agitent en tous sens dans les eaux de surface près du rivage et qui font le
délice des oiseaux aquatiques. les Puces de mer qui nettoient la
mer de ses déchets en quelques jours ou quelques semaines, les longs
mille-pattes appelés Vers de la palourde (nérésis sp.)
et enfin la gracieuse Nudibranche qui fera l'objet d'un
article ultérieur.
Bonne chasse à tous !