Quand je me suis lancée dans l'étude de ce spécimen. je ne m'attendais pas
à découvrir autant de détails. Par exemple, les lunaties ou natices font
partie de la famille des Naticidae, de l'ordre des Caenogastéropodes
faisant partie de la sous-classe des prosobranches qui elle fait partie de la
classe des Gastéropodes! C'est presque suffisant pour me faire changer d'idée
et trouver un spécimen plus facile comme le homard ou l'achigan! Je me suis
quand même attaquée à ma tâche, le plus difficile étant de trouver des
renseignements sur ce spécimen en particulier, car la classe dont il fait
partie, celle des Gastéropodes comprend plus de 80,000 espèces vivantes...
Donc trouver un livre de chacune des espèces en détail est impossible.
J'ai donc dû glaner ici et là des informations, et recueillir des détails
supplémentaires par des observations en milieu naturel (i.e. en plongée).
Commençons par le début: "Un gastéropode c'est quoi ?" Selon le
Petit Robert, il s'agit d'une classe de mollusques caractérisée par un pied
aplati en disque charnu, servant à la reptation, (ex.: escargot, limace).
Presque tous connaissent la forme des escargots, une coquille enroulée qui sert
de protection aux organes vitaux, et qui circule au moyen d'un pied rampant. Les
natices ont la même forme et leur dimension varie de 1 à 10 cm. Elles se
nourrissent de bivalves et sont considérées comme les plus actifs des
carnivores. Cependant, comme j'ai pu le constater dans un aquarium, une de mes
lunaties se nourrissait de laitue. Il faut croire qu'à l'occasion elles
dérogent de leurs habitudes carnassières.
Au Québec, on retrouve trois spécimens différents soient: la Natice
immaculée (Polinices immaculatus (Totten)), la Natice
tachetée du nord (Lunatia triseriata (Say)) et la Natice
commune du Nord (Lunatia heros (Say)). C'est cette dernière que j'ai
observée le plus à loisir, étant donné sa grosseur (10 cm.) les autres
passant inaperçues à côté d'elle. (1 cm et 2 cm). Tout plongeur planant
au-dessus d'un fond sablonneux de nos eaux salées, aura la chance un jour ou
l'autre de rencontrer une lunatie. Elles vivent à des profondeurs de 2 à 200
m. et parfois en marchant sur la plage à marée basse, on peut les voir à demi
enfouies dans le sable humide. Elles rampent sur ou sous le sable. Quelques
minutes suffisent pour les voir disparaître dans leur élément. Lorsqu'elles
se promènent à la vue des plongeurs, il n'est pas rare, pour la plus grosse de
nos natices, (Lunatia heros), de voir des individus possédant un pied de
23 cm de long par 10 ou 12 cm de large. Ce même pied remonte sur la coquille et
l'englobe partiellement. Si on la touche, tout ce muscle se rétracte pour
trouver place à l'intérieur et vous ferme la porte (opercule) au nez. C'est à
ne pas y croire. À ma connaissance, elles ne sont pas comestibles, mais si tel
était le cas, une seule suffirait comme entrée dans les plus grands
restaurants.
Comme je l'ai mentionné au début, les lunaties ou natices sont presque
uniquement carnivores et insatiables. Lorsqu'elles ont trouvé une proie, un
bivalve quelconque, leur pied englobe la victime et un semblant de dent nommé radula
commence à râper la coquille tout en sécrétant une substance qui se combine
avec le calcium de la coquille, le rendant soluble à l'eau. Il leur faut
environ 8 heures pour venir à bout d'une coquille de 2 mm d'épaisseur. Une
fois celle-ci perforée, les Natices y insèrent leur probocis qui se
trouve être leur tube digestif et peuvent ainsi débuter leur repas bien
mérité après tant d'heures de préparation. Elles peuvent prendre jusqu'à 50
heures pour engloutir leur victime, ce incluant la perforation. Ce moyen de
nutrition est vieux de plusieurs millions d'années: il faut croire qu'il était
efficace pour subsister jusqu'à nos jours. Un phénomène que j'ai pu observer
lorsqu'elles prennent leur repas, du moins pour la Natice commune, c'est qu'on
les retrouve souvent sur le dos, le pied en l'air englobant leur proie. On
dirait qu'elles prennent leur repas à la romaine: couchées. La déduction à
laquelle j'en suis venue, c'est que lorsque leur pied étant complètement sorti
et englobant leur dîner, il ne sert plus de support convenable à leur grosse
coquille qui les met en déséquilibre et tombent ainsi à la renverse.
Les lunaties n'ont pas un mode de reproduction très spécial. Les Naticidae
sont hermaphrodites, i.e. qu'ils sont mâles et femelles en même temps. Par
contre ce qui est spécial c'est la manière dont les oeufs sont agglutinés.
Cette masse d'oeuf est appelée ceinture. Chaque oeuf est entouré de grains de
sable très fins retenus par une gélatine. Dans l'eau cette ceinture est
flexible mais dès qu'elle s'assèche, elle devient friable. Cette masse d'oeufs
de 5 à 6 cm. de haut et approximativement 17 cm de diamètre est laissée sur
le sable "bien à la vue des plongeurs".
Pour observer ces spécimens il faut de la patience et, puisqu'ils s'adaptent
très bien en aquarium, cela facilite la tâche. La Natice commune est celle que
l'on retrouve le plus souvent en captivité. Les aquariophiles la surnomment
"le Bulldozer" car elle en déplace du sable lorsqu'elle se promène
sur le fond! Dans leur milieu naturel, les lunaties sont des êtres paisibles se
promenant nonchalamment en quête incessante de nourriture. Il faut croire que
ces gastéropodes fascinent les plongeurs et principalement la Natice
commune,
puisque je connais très peu de photographes-plongeurs qui ne possèdent une de
ces Lunaties en photo.