Retour

RETOUR

Retour à la page d'accueil

  


LES NATICES

par Roxanne "Roxy" Lamoureux

Revue LA PLONGÉE, Volume 15, No. 1, Février 1988

 

Quand je me suis lancée dans l'étude de ce spécimen. je ne m'attendais pas à découvrir autant de détails. Par exemple, les lunaties ou natices font partie de la famille des Naticidae, de l'ordre des Caenogastéropodes faisant partie de la sous-classe des prosobranches qui elle fait partie de la classe des Gastéropodes! C'est presque suffisant pour me faire changer d'idée et trouver un spécimen plus facile comme le homard ou l'achigan! Je me suis quand même attaquée à ma tâche, le plus difficile étant de trouver des renseignements sur ce spécimen en particulier, car la classe dont il fait partie, celle des Gastéropodes comprend plus de 80,000 espèces vivantes... Donc trouver un livre de chacune des espèces en détail est impossible.

J'ai donc dû glaner ici et là des informations, et recueillir des détails supplémentaires par des observations en milieu naturel (i.e. en plongée).

Commençons par le début: "Un gastéropode c'est quoi ?" Selon le Petit Robert, il s'agit d'une classe de mollusques caractérisée par un pied aplati en disque charnu, servant à la reptation, (ex.: escargot, limace). Presque tous connaissent la forme des escargots, une coquille enroulée qui sert de protection aux organes vitaux, et qui circule au moyen d'un pied rampant. Les natices ont la même forme et leur dimension varie de 1 à 10 cm. Elles se nourrissent de bivalves et sont considérées comme les plus actifs des carnivores. Cependant, comme j'ai pu le constater dans un aquarium, une de mes lunaties se nourrissait de laitue. Il faut croire qu'à l'occasion elles dérogent de leurs habitudes carnassières.

Au Québec, on retrouve trois spécimens différents soient: la Natice immaculée (Polinices immaculatus (Totten)), la Natice tachetée du nord (Lunatia triseriata (Say)) et la Natice commune du Nord (Lunatia heros (Say)). C'est cette dernière que j'ai observée le plus à loisir, étant donné sa grosseur (10 cm.) les autres passant inaperçues à côté d'elle. (1 cm et 2 cm). Tout plongeur planant au-dessus d'un fond sablonneux de nos eaux salées, aura la chance un jour ou l'autre de rencontrer une lunatie. Elles vivent à des profondeurs de 2 à 200 m. et parfois en marchant sur la plage à marée basse, on peut les voir à demi enfouies dans le sable humide. Elles rampent sur ou sous le sable. Quelques minutes suffisent pour les voir disparaître dans leur élément. Lorsqu'elles se promènent à la vue des plongeurs, il n'est pas rare, pour la plus grosse de nos natices, (Lunatia heros), de voir des individus possédant un pied de 23 cm de long par 10 ou 12 cm de large. Ce même pied remonte sur la coquille et l'englobe partiellement. Si on la touche, tout ce muscle se rétracte pour trouver place à l'intérieur et vous ferme la porte (opercule) au nez. C'est à ne pas y croire. À ma connaissance, elles ne sont pas comestibles, mais si tel était le cas, une seule suffirait comme entrée dans les plus grands restaurants.

Comme je l'ai mentionné au début, les lunaties ou natices sont presque uniquement carnivores et insatiables. Lorsqu'elles ont trouvé une proie, un bivalve quelconque, leur pied englobe la victime et un semblant de dent nommé radula commence à râper la coquille tout en sécrétant une substance qui se combine avec le calcium de la coquille, le rendant soluble à l'eau. Il leur faut environ 8 heures pour venir à bout d'une coquille de 2 mm d'épaisseur. Une fois celle-ci perforée, les Natices y insèrent leur probocis qui se trouve être leur tube digestif et peuvent ainsi débuter leur repas bien mérité après tant d'heures de préparation. Elles peuvent prendre jusqu'à 50 heures pour engloutir leur victime, ce incluant la perforation. Ce moyen de nutrition est vieux de plusieurs millions d'années: il faut croire qu'il était efficace pour subsister jusqu'à nos jours. Un phénomène que j'ai pu observer lorsqu'elles prennent leur repas, du moins pour la Natice commune, c'est qu'on les retrouve souvent sur le dos, le pied en l'air englobant leur proie. On dirait qu'elles prennent leur repas à la romaine: couchées. La déduction à laquelle j'en suis venue, c'est que lorsque leur pied étant complètement sorti et englobant leur dîner, il ne sert plus de support convenable à leur grosse coquille qui les met en déséquilibre et tombent ainsi à la renverse.

Les lunaties n'ont pas un mode de reproduction très spécial. Les Naticidae sont hermaphrodites, i.e. qu'ils sont mâles et femelles en même temps. Par contre ce qui est spécial c'est la manière dont les oeufs sont agglutinés. Cette masse d'oeuf est appelée ceinture. Chaque oeuf est entouré de grains de sable très fins retenus par une gélatine. Dans l'eau cette ceinture est flexible mais dès qu'elle s'assèche, elle devient friable. Cette masse d'oeufs de 5 à 6 cm. de haut et approximativement 17 cm de diamètre est laissée sur le sable "bien à la vue des plongeurs".

Pour observer ces spécimens il faut de la patience et, puisqu'ils s'adaptent très bien en aquarium, cela facilite la tâche. La Natice commune est celle que l'on retrouve le plus souvent en captivité. Les aquariophiles la surnomment "le Bulldozer" car elle en déplace du sable lorsqu'elle se promène sur le fond! Dans leur milieu naturel, les lunaties sont des êtres paisibles se promenant nonchalamment en quête incessante de nourriture. Il faut croire que ces gastéropodes fascinent les plongeurs et principalement la Natice commune, puisque je connais très peu de photographes-plongeurs qui ne possèdent une de ces Lunaties en photo.

 

Abbott, Sandstrom, Zin, Invertebrate Zoology.

Robert D. Barnes, Guide des coquillages de l'Amérique du Nord


Si vous avez des commentaires sur ces pages SVP, communiquez avec l'administrateur.
Dernière mise à jour:  04 December, 2005