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LE MALACHIGAN
(Aplodinotus grunniens Rafinesque)

par Roxanne "Roxy" Lamoureux

Revue LA PLONGÉE, Volume 17, No. 1, Février 1990

 

Cette espèce est considérée comme la plus étendue en latitude de tous les poissons d'eau douce d'Amérique du Nord. Cela vous surprend hein! Alors comment se fait-il qu'on n'en entend jamais parler, qu'on en connaisse si peu sur sa biologie et qu'il soit si difficile de trouver un photographe qui possède un cliché de ce spécimen dans sa collection? Même moi, je me considère du groupe des béotiens. Les quelques rencontres que j'ai eues avec ce beau poisson ne m'ont apporté que très peu d'information et aucune photo, la turbidité de l'eau étant trop forte. Par contre, malgré cette vision éclair, j'ai pu immédiatement identifier cet achigan blanc. Je l'avais ainsi surnommé à cause naturellement de sa ressemblance avec ce dernier et de sa couleur pâle. L'erreur est pardonnable car il a réussi à se faire passer pour un achigan à petite bouche lors d'un tournoi de pêche dans le lac Ontario en 1964. Avec un poids de 5.2 kg., il avait alors remporté le concours et battu un record.

En fait, le malachigan n'est pas si difficile que cela à identifier. Il faut d'abord préciser un point: ce n'est pas un achigan et il n'a aucun lien de parenté avec ce dernier. Il fait partie de la famille des Tambours (Scianidae) dont il est le seul représentant sur 160 dans nos eaux canadiennes. Pourquoi Tambours? Lorsque vous aurez entendu le son qu'il émet en utilisant sa vessie natatoire comme chambre de résonance, vous aurez la réponse. Il paraîtrait que ce poisson aurait déjà atteint des tailles respectables de 46 kg dans l'antiquité, soit 6000 ans avant J.C. Cet estimé peut être considéré comme juste, puisqu'il est basé sur la découverte d'otolithes1 trouvés dans les tas d'ordures de sites de campements amérindiens. Aujourd'hui. quand ce seigneur atteint 6.3 kg, il est considéré énorme car la taille moyenne se situe aux alentours de 1.8kg.

Sa coloration n'a rien de bien particulière: le dos va du vert foncé au brun olive, les flancs sont argentés et le ventre ordinairement blanc de même que les nageoires pelviennes et pectorales. Sa forme générale ressemble un peu à celle de l'achigan mais une bosse caractéristique, un peu comme celles des bisons, aide à son identification. Ce qui est distinctif chez lui, mais non apparent pour le plongeur, c'est qu'il est le seul poisson d'eau douce avec plusieurs cavités dans les os du crâne. Cela vous laisse indifférent je suppose? Revenons alors à son apparence extérieure. Sa petite bouche, surplombée d'un museau obtus ne lui laisse pas grand choix pour son mode d'alimentation. Il doit fouiner sur le fond à la recherche d'insectes aquatiques lorsqu'il est jeune, et plus tard, il les remplace par des mollusques, limaces, phyriganes et amphypodes auxquels s'ajoutent à l'occasion des ménés, des dards et des écrevisses.

Le malachigan n'a presque pas d'ennemis naturels, son armure composée de lourdes écailles le protègent efficacement, même contre les attaques de lamproies marines2 présentes en grand nombre dans le lac Érié. Les autres grandes nappes d'eau qu'il fréquente sont le lac Champlain, le St-Laurent et la rivière Outaouais pour notre province, mais sa distribution va jusqu'en Saskatchewan.

Comme je l'ai mentionné au début, malgré sa grande répartition géographique, on ne connaît que très peu son cycle biologique. Il fraierait au mois de juillet malgré qu'on ait capturé en septembre des femelles qui venaient de pondre. Où vont-ils se reproduire? Possiblement sur un fond de sable ou de vase, jusqu'à une profondeur de 2 mètres. Les oeufs sont uniques parmi ceux des poissons de l'Amérique du Nord en ceci qu'ils sont pélagiques et flottent à la surface. Ce n'est qu'au bout de 25 à 30 heures à une température de 22° que l'oeuf éclora. Après ce stade, seule l'espèce sait ce qui se passe (d'après Scott et Crossman).

Peut-être que ce sera un plongeur curieux ou chanceux qui pourra un jour compléter l'historique de ce poisson unique des eaux douces.

Un malachigan de 10,5 lbs a été capturé sur la rivière Richelieu
à la hauteur de Saint-Paul par Sylvain et son fils Alex.

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1Otolithe: Plaque ronde calcaire, située dans une cavité du crâne des poissons et qui communique les vibrations sonores à celui-ci. L'on calcule l'âge du poisson en comptant les anneaux de croissance sur cette plaque, comme on le fait sur le tronc coupé d'un arbre.

2Lamproie marine (Petromyzon marinus): poisson anguilliforme pouvant mesurer 86 cm qui se fixe à son hôte et le vide de son sang jusqu'à ce que mort s'ensuive

W.B. Scott et E.J. Crossman. Poissons d'eau douce du Canada.

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Dernière mise à jour:  04 December, 2005