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LE GOLFE DU ST-LAURENT
UN MONDE MARIN À DÉCOUVRIR

par Roxanne "Roxy" Lamoureux

Revue LA PLONGÉE, Volume 15, No. 3, Juin 1988

 

Passer de "citoyenneté" montréalaise à celle de gaspésienne, et en plus mordue de la plongée, je ne pouvais que faire l'éloge des eaux salées du Golfe du St-Laurent; c'est pourquoi j'ai tenu à faire partager mes joies lorsque je me suis mise à la découverte de tous ces trésors que recèle le monde sous-marin de la Gaspésie. Non pas que je lève le nez (ou le masque) sur nos lacs, car lorsqu'on a des poissons qui circulent dans les veines. le plus important c'est de se mouiller peu importe le milieu. La vie aquatique des eaux salées est tellement différente qu'on ne peut en parler qu'avec enthousiasme.

Plonger en Gaspésie en fait frissonner plusieurs. Moi-même autrefois je grelottais à la simple idée de me tremper dans cette nappe d'une limpidité tropicale mais d'une fraîcheur polaire. Je me suis vite réjouie en constatant finalement qu'une plongée dans ces eaux fraîches n'avait rien d'un sacrifice. Mon cylindre s'est vidé sans que je n'aie pu assouvir ma soif d'exploration. Tout étais tellement différent. Habituée à plonger dans les eaux douces de nos mers intérieures, tout me fascinait. La visibilité atteint facilement 15 mètres et il n'est pas rare de voir son "chum" à 25 mètres et plus lorsque les conditions atmosphériques sont idéales. Cette limpidité vous donne une très belle vue d'ensemble de la vie et des coloris sous-marins. chaque massif rocheux est une source de découvertes. Là, un trou abrite un homard; là, un surplomb, une loquette ou un loup atlantique; une fente cache une colonie d'ophiures; un tombant est recouvert d'une tapisserie d'anémones chevelues, de pêches de mer, d'oursins verts ou d'astéries. Descendre au pied de ce mur et c'est un départ à la découverte du crabe tourteau: présentez-lui un oursin et vous constaterez que sa gourmandise l'emporte sur sa peur. Le Bernard l'Hermite lui, porte bien son nom. Beau crabe orangé hors de sa carapace, il est assez timide, préférant le confort et la sécurité de son logis à loyer modique à un lunch facile.

Mais partons du bord dans quelques mètres d'eau. Sur un fond rocheux recouvert d'algues calcaires d'un rose attrayant. on aperçoit ici et là des bouquets d'algues d'un beau vert pâle (c'est la laitue de mer) aussi agréable à l'oeil qu'aux papilles gustatives. Puis, petit à petit,. le décor change et on se retrouve dans une forêt de "Kelp", ces grandes algues brunes pouvant atteindre plusieurs mètres de hauteur. Durant la saison estivale elles peuvent grandir de 1 cm par jour. Toujours impressionnant à première vue, cet enchevêtrement de laminaires cache une vie marine des plus diversifiée. Amusez-vous à fouiller à travers ces grandes algues. vous pourriez y faire l'heureuse rencontre d'une resplendissante poule de mer (lompe). Ce poisson, muni d'une ventouse ventrale qui lui permet de se fixer aux rochers ou aux feuillages afin de lutter contre les mouvements de l'eau, est un des plus colorés de ce milieu. C'est une "mère poule" exemplaire en ce qui concerne la surveillance de ses oeufs. Tout à coup une limande à queue jaune (une sorte de poisson plat) vous file sous le nez sans que vous ayez le temps de réaliser d'où elle pouvait bien provenir. Les homards, les crabes tourteaux ou décorateurs. les oursins y trouvent aussi une place pour se mettre à l'abri ou à l'affût d'une proie. Dépassé cette forêt sous-marine se trouve généralement une plage de sable ou de gravier où, ça et là un bouquet d'anémones chevelues trouve un point solide d'ancrage pour se fixer et se reproduire. Les pétoncles, de leur côté, ont préféré se creuser une dépression dans le sable. Une petite masse en forme de gros vers noirs de 20 à 30 cm de long suscite votre curiosité. Au toucher, sa consistance plutôt molle vous fera hésiter à l'examiner de plus près. Ne vous en faites pas ce n'est qu'une holothurie ou concombre de mer (non comestible) tout à fait inoffensif. Maintenant si vous décollez votre nez du fond et regardez un peu autour et au-dessus de vous, peut-être aurez-vous la surprise de votre vie en voyant défiler un banc de maquereaux, de harengs ou de lançons. Délectez-vous de ce spectacle qui en vaut la peine. Les chorégraphies sont impeccables. Leurs mouvements sont réglés au rythme des courants et du plancton et leurs costumes argentés aux reflets bleutés ajoutent une touche gracieuse à ce spectacle sous-marin grandiose. Tout à coup la troupe s'écarte pour laisser la vedette à un "soleil de mer", cette magnifique méduse (Cyanea capilata),. une des plus grosses du monde. Avec sa grande coupole rougeâtre (260 mm) d'où pendent de longs cheveux fins (tentacules) ondulant au gré des courants et des pulsations de son ombrelle, elle est vraiment la "Star" du moment !

Nous voilà maintenant sur le chemin du retour. Çà et là, sur le fond de sable, on retrouve des objets ronds et plats. bruns ou blancs. Ce sont des dollars de sable vivants (bruns) ou morts (blancs) qui partagent aussi leur territoire avec l'impressionnante lunatie. Ce gros coquillage aveugle est muni d'un pied démesuré qui peut presque recouvrir une page entière de cette revue lorsqu'il est complètement déployé. Mais déjà l'air se fait rare. il faut mettre fin à cette plongée et remonter à la surface. Même si vous n'avez pas vu de tanches tautogues, de stichées arctiques,. de buccins, de nudibranches ou de raies, vous ne serez jamais déçu(e). Que ce soit en apnée ou en autonome. les fonds marins du Golfe du St-Laurent sont une source de découvertes intarissables. Peu importe la saison. la profondeur ou l'heure de la journée, une plongée dans ces eaux gaspésiennes vous laissera toujours un petit goût de "revenez-y".

 


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Dernière mise à jour:  04 December, 2005