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DES ÉTOILES, DES ÉTOILES
Un firmament sous-marin

Étoile de mer commune

par Roxanne "Roxy" Lamoureux

Revue LA PLONGÉE, Volume 13, No 2, Avril 1986

 

Il n'y a pas qu'au firmament que l'on retrouve des étoiles. Le fond des mers en recelle une multitude aux formes et aux couleurs presque aussi nombreuses que les constellations que l'on peut observer au-dessus de nos têtes. Un plongeur qui en est à ses premières expériences en mer est toujours attiré par cet Echinoderme aux multiples bras et aux couleurs variées. Il sera toujours surpris surtout lors d'une plongée en apnée de se retrouver face à un mur de pierre recouvert de ces êtres à cinq bras qui ont servi de modèle à la récompense du coin de la page de son cahier pour un devoir bien accompli à la petite école. Si ses incursions le mènent à une profondeur de 3 ou 4 mètres, une étoile d'un rouge vif ou d'un orange flamboyant ne manquera sûrement pas d'attirer son attention. L'Astérie rouge sang, (Henricia sanguinolenta), c'est ainsi qu'on la nomme, est une étoile à 5 bras dont les couleurs brillantes mettent une note supplémentaire de gaieté sur nos fonds marins déjà invitants à l'avance.

Son corps est recouvert de fines épines qui donnent à sa peau un aspect rugueux. En plus de se parer des couleurs déjà mentionnées il peut arriver qu'elle se montre dans son habit jaunâtre ou même mauve. Disons que malgré la diversité de ses couleurs, elle est facile à distinguer parmi ses congénères puisque c'est la seule astérie (ou étoile) qui possède une peau aussi lisse. Les deux autres étoiles à 5 bras et à la robe plutôt rugueuse que l'on retrouve dans nos eaux sont: l'Étoile pourpre (Asterias vulgaris) et l'Etoile commune (Asterias forbesi).

Elles se ressemblent tellement au point de vue forme et couleur qu'il est très difficile de les distinguer au premier abord. Disons que la seule manière efficace de les différencier c'est par la couleur de leur grain de beauté. Eh oui! toutes les étoiles de mer possèdent un point très visible situé sur le dessus de leur corps appelé plaque madréporite. Chez l'Étoile commune, elle est d'un orange vif et chez l'Étoile pourpre, elle est plutôt jaune pâle. Si par hasard, vous en rencontrez une avec 6 bras, vous vous trouvez en présence d'une anomalie assez commune chez l'une ou l'autre des deux espèces ou plus probablement une Étoile à 6 bras (Leptasterias polaris). Ce qu'il y a de particulier chez cette dame, c'est qu'elle couve ses oeufs en les logeant dans une cavité formée par la courbure de son corps et de ses bras. Les autres membres de la famille, exception faite de l'Astérie rouge sang, n'ont pas cet instinct maternel et éjectent leurs oeufs librement dans l'eau.

Enfin si vous découvrez des astéries à 9-10-11 ou 12 bras, ce ne sont pas des siamoises, on les appelle Étoile soleil pourpre (Solaster endeca) ou Étoile soleil épineuse (Crossaster papposus) *. Leurs couleurs préférées? Solaster s'habille de jaunâtre ou de mauve tandis que Crossaster préfère le rouge, le rose ou le blanchâtre coupés d'anneaux plus foncés.

Maintenant comment se comportent tous ces membres de la classe des Astéridées? Leur mode de déplacement très lent s'effectue au moyen d'un système de pompage et de centaines de ventouses situées sous leur corps. Ainsi si vous retournez une astérie sur le dos, elle reste d'abord immobile, puis ses petits pieds en forme de ventouses ressemblant à de petits vers essaient d'entrer en contact avec le sol en les recourbant vers celui-ci. Dès que le contact est établi et qu'un nombre suffisant d'attaches lui donne assez de prise, elle se retourne et repart à la recherche de nourriture. Certaines étoiles peuvent absorber leur nourriture microscopique à travers leur peau (comme l'Astérie rouge sang) mais la plupart mangeront au moyen d'une bouche reliée presque directement à l'estomac. Si la bouche ne peut entrer en contact avec le mets désiré, l'estomac sera alors projeté vers l'extérieur par la bouche pour aller digérer le tout à l'extérieur de leur corps. Ainsi une astérie pourra dévorer un bivalve (une huître par exemple) en y glissant son estomac entre les 2 coquilles maintenues ouvertes par la force de leurs bras et digérera le tout sur place. Elles peuvent aussi s'attaquer à d'autres étoiles de mer, à des concombres de mer (ou Holothuries) ou à un cadavre de poisson et certaines se nourrissent exclusivement d'éponges. En fait, la plupart s'accommodent de ce qui leur passe sous les pattes. Si lors de vos randonnées vous apercevez un "party" d'étoiles, dites-vous qu'il y a sûrement un "gros lunch là-dessous". Et si parmi la "gang" une étoile ne possède qu'un ou deux bras, ne la plaignez pas, les membres manquants se régénéreront sous peu. En effet, les étoiles peuvent s'automutiler pour échapper à leurs prédateurs. Si vous divisez en 5 une étoile, le bras possédant la plaque madréporite (cf. plus haut), régénérera 4 autres bras et même une partie du système digestif si nécessaire tandis que les 4 autres bras mourront. La nature fait bien les choses n'est-ce pas ?

Enfin, une dernière observation, les étoiles aux bras très fins que l'on aperçoit dans les interstices des rochers ou sous une roche, sont des ophiures (Ophiopholis aculeata) et font partie d'une classe différente des étoiles de mer, la sous-classe des Ophiuridés. On dirait 5 vers reliés à un disque central de la grosseur d'un dix sous et qui s'agitent en tous sens à la recherche de particules alimentaires, de petits crustacés ou de vers marins. Si vous les manipulez un peu trop brusquement à leur goût, ces bras se casseront aisément.

Et voilà un très bref aperçu de nos firmaments marins. Bref, puisqu'il y en aurait beaucoup plus à dire sur leur comportement, sur le développement des jeunes, sur leurs moyens de nutrition ou de locomotion, contentez-vous de les observer et peut-être que vous en découvrirez plus par vous-mêmes sur certains de ces aspects; mais je vous préviens qu'il ne faut pas être frileux car une étoile de mer, ça ne bouge pas vite et plus souvent qu'autrement, la patience ou plutôt l'énergie calorifique, manque pour attendre qu'elle veuille bien se déplacer devant nous.

 

Kenneth L. Gorne, A field guide to the Atlantic seashore, 1978

A. Fredol , Le monde de la Mer, 1881

* Étant dans l'impossibilité de trouver le nom français, je me suis permise de les nommer par la traduction directe de l'anglais "Purple sunstar" et "Spiny sunstar".

N.d.l.r.: En Gaspésie et sur la Côte Nord, les solasters sont surnommés "Soleil de Mer" ou encore 'Crachats d'Amiral" (Admiral's Spit) !

 


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Dernière mise à jour:  04 December, 2005