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L'ESTURGEON DE LAC
(Acipenser fulvescens)

par François Villeneuve

Revue LA PLONGÉE, Volume VII, No. 5, Mai 1980

 

Ce qui frappe à première vue chez l'Esturgeon c'est son allure préhistorique. Son museau allongé, la présence de barbillons, sa bouche ventrale et ses nombreuses plaques osseuses lui confèrent cet aspect bizarre. Il fait partie d'un groupe de poissons dont le squelette est en grande partie constitué de cartilage au lieu d'os comme tel. (Les Requins et les Raies qui ne font toutefois pas partie du même groupe ont également un squelette cartilagineux). On le dit souvent "primitif" car ses origines remontent à des périodes géologiques plus lointaines que les poissons osseux.

Malheureusement en plongée on ne le rencontre pas souvent. Il semble beaucoup plus craintif que les crapets ou la perchaude. Il préfère les grands cours d'eau, lacs ou rivières à fond vaseux et se tient à des profondeurs variant de 5 à 10 mètres. Il se nourrit au fond en "aspirant" des mollusques et des larves d'insectes à l'aide de sa bouche en forme de tube. Ses barbillons lui servent pour repérer cette nourriture. A l'occasion il ne dédaignera pas quelques petits poissons et même des algues. Il demeure ainsi actif tout l'hiver.

À la période de frai, c'est-à-dire en mai-juin, l'Esturgeon de lac entreprend sa migration vers l'amont des rivières. Il cesse de se nourrir pendant tout le voyage qui peut s'étendre sur 400 km. La ponte a lieu à des profondeurs de 1 à 5 mètres et généralement dans le courant.

Le nombre d'oeufs que peut contenir une femelle est impressionnant; en effet une femelle de 25 kg pourrait pondre 320 000 oeufs qui mesurent environ 3 mm de diamètre. Ce nombre peut atteindre 3 millions chez les plus grosses femelles. Si je mentionne ces chiffres c'est qu'ils sont importants pour les producteurs de caviar, dont nous reparlerons.

La croissance des esturgeons est très lente; en septembre de la première année ils ne mesurent que 12 cm et ils n'atteignent leur maturité sexuelle que vers l'âge de 20 ans. C'est ainsi qu'il vaut mieux limiter les prises aux plus gros spécimens; ceux-ci ont alors possiblement eu le temps de se reproduire et perpétuer l'espèce. En revanche leur longévité est exceptionnelle. Certains spécimens ont atteint en effet 150 ans ! Toutefois les femelles du Québec ne dépassent guère en moyenne 80 ans et les mâles 55 ans. Sachant par ailleurs que ces poissons ne cessent de s'accroître toute leur vie durant ils atteignent des dimensions impressionnantes: le record canadien serait un spécimen capturé dans le lac Supérieur qui pesait 140 kg et mesurait 2,3 mètres. L'Esturgeon noir (A. oxyrhynchus) qu'on retrouve également au Québec, mais en eau salée, est encore plus gros. On a capturé au Nouveau-Brunswick une femelle de 4,3 mètres et pesant 370 kg. (Encore des chiffres: l'Esturgeon russe dont le caviar est renommé mondialement peut atteindre 6 mètres et peser 2 tonnes !)

L'Esturgeon de lac a peu de prédateurs. C'est probablement à cause de sa grande taille et de la protection que lui offre ses plaques osseuses. À part l'homme, la lamproie semble son seul ennemi.

Cette dernière est un poisson parasite qui vient se fixer à la peau de l'Esturgeon à l'aide de sa bouche-ventouse et se nourrit ainsi à même le sang de son hôte.

Caviar

L'Esturgeon au cours de l'histoire a été tantôt ignoré ou détesté tantôt très apprécié par l'homme. Pour les Amérindiens c'était un mets de choix. Pour les pêcheurs il fut longtemps considéré comme inutile, comme nourriture pour le bétail ou même comme nuisible parce qu'il détruisait les filets de pêche; et ce jusqu'à ce que petit à petit on se mit à apprécier sa chair fumée et à utiliser ses oeufs pour le caviar. Celui-ci consiste en effet à laisser mariner les œufs d'esturgeons dans du sel et ce avant qu'ils n'atteignent leur maturité. Il semblerait que la production de caviar au Canada se fasse maintenant surtout en Ontario malgré quelques tentatives québécoises.

Et, comme d'habitude, je termine en vous souhaitant d'en rencontrer un (pas trop gros) lors de vos prochaines plongées.

Pour des renseignements additionnels sur ce sujet, voir :

Les Esturgeons du Québec, par Roxanne "Roxy" Lamoureux

 

D.E.McAllister et B.W. Coad, Poissons de la Région de la Capitale du Canada, 1974,
Musée National des Sciences Naturelles.

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Dernière mise à jour:  04 December, 2005