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L'ÉCREVISSE
(Cambarus)

Revue LA PLONGÉE, Volume VIII, No. 11, Novembre 1981

 

Cueillir les écrevisses dans des arbres comme s'il s'agissait de pommes ou d'oranges, cela vous est-il arrivé? Bizarre n'est-ce pas? C'est pourtant possible en plongée de nuit. Situez en plein jour un site où les arbres morts sont nombreux, le talus du lac rocheux et où on observe ça et là des trous de deux ou trois centimètres de diamètre dans la vase de la beine. Retournez dans cette forêt sous-marine à la faveur de la nuit et le tour sera joué. Elles seront là perchées sur les branches mortes, il ne vous restera qu'à les cueillir !

Les Finlandais nous apprennent que ces proches cousines du homard sont tout à fait délicieuses. Un plat d'écrevisses au fenouil ! Cela manque certainement à votre expérience gastronomique..

Bien entendu encore faut-il que vos captures aient une taille qui justifie votre appétit !

Vous en avez dédain? Alors dites-vous que si l'eau était polluée, elles seraient les premières à en souffrir et à en mourir. Leur métabolisme nécessite un milieu sain et bien oxygéné. N'oublions pas que les écrevisses comme la plupart des crustacés décapodes sont très sédentaires: elles vivent toute leur vie non loin du site de leur naissance. Elles ne peuvent pas se déplacer pour s'éloigner de façon valable d'un site de pollution. Bref, Si vous dénichez un coin rempli de belles, grosses "cravis", c'est que ce milieu a été suffisamment sain pour permettre leur développement.

Une autre objection? Ah oui ! Si on en attrape trop, on risque de déséquilibrer le magnifique site qui vient tout juste d'être découvert. Certainement! Vous avez raison! L'écrevisse n'échappe pas aux lois de la nature. Ne prenez que ce que vous mangerez! Si vous vous méfiez, si vous ne savez pas trop si vous aurez le courage d'en déguster, alors laissez-les au fond !

Les plongeurs qui les capturent par dizaines pour les laisser pourrir au bord de l'eau sont bien mal éduqués du rôle important qu'elles jouent dans le drame subaquatique. Les écrevisses sont les "grands nettoyeurs" du fond de l'eau. Elles se nourrissent des cadavres animaux qui doivent être éliminés avant qu'il ne soit trop tard. Les femelles portent les oeufs accrochés à leur abdomen (comme les homards) donc retirer une femelle c'est plus que retirer un géniteur !

En plongée de nuit, les écrevisses sont faciles à capturer. Elles sont plus dolentes que les crustacés marins. Mais cette relative nonchalance, qui en font des proies faciles pour le plongeur, leur confère aussi le rôle d'excellents sujets de photos sous-marines.

Elles constituent une source alimentaire importante de la diète de plusieurs poissons (1) (achigan, barbottes, barbues, crapets de roche, perchaude, poisson-castor, truite brune). Voilà une autre raison de contrôler nos appétits.

Avant de l'oublier, si, au cours d'une de vos plongées. vous manipulez une "rougette" et qu'elle vous laisse littéralement une pince entre les doigts en se sauvant, ne vous sentez pas coupable outre mesure. L'écrevisse peut en effet sectionner, (s'automutiler) un de ses membres en vue d'échapper à un prédateur trop entreprenant. N'ayez crainte, la blessure résultant de l'amputation se cicatrisera très rapidement et le membre sera régénéré à la prochaine mue.

En terminant, on se serre la pince.

Écologiquement vôtre,

La Plongée

 

(1) Source: Alimentation de 18 espèces de poissons du fleuve St-Laurent, M.L.C.P., Montréal 1980

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Dernière mise à jour:  04 December, 2005