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LES DARDS
(Etheostoma et Percina)

Dard à ventre jaune

par Roxanne "Roxy" Lamoureux NAUI 4772

Revue LA PLONGÉE, Volume IX, No. 11, Novembre 1982

 

Non il ne s'agit pas d'un jeu de fléchettes. mais bien de toute une diversité de petits poissons d'environ 5 à 10 cm de long faisant parti de la famille des Perches. Au Québec. il en existe une dizaine d'espèces différentes portant chacune un nom très significatifs: dard de sable (Ammocrypta pellucida), dard gris (Percina copelandi), dard noir (Percina maculata), dard vert (Etheostoma blennioides), dard arc-en-ciel (Ethéostoma caeruleum), dard barré (E. flabellare). Ces petits poissons passent la plus grande partie de leur vie sur le fond. En effet. les dards sont dépourvus de vessie natatoire qui servent de ballast à tous les autres poissons. Ils doivent donc se déplacer par bonds très rapides sur un fond de gravier ou de sable, à la recherche de larves de moucherons, de phryganes et d'amphipodes. Ils peuvent donc être utiles en tant que destructeurs d'insectes nuisibles. De plus certains membres de la famille sont très sensibles à tout degré de pollution et l'homme les utilise justement à ces fins indicatrices. Les dards font aussi parti du menu de plusieurs espèces de poissons. En fin de compte, malgré leur petitesse, ces petits poissons ont une certaine importance pour l'équilibre écologique de nos eaux.

Les dards les plus communs dans nos régions sont: les dards de sable, rencontrés régulièrement dans le Richelieu, le St-Laurent et le lac Champlain. Le raseux-de-terre (E. Nigrum), le dard barré et le dard perche (Percina caprodes) préfèrent les lacs mais peuvent être retrouvés aussi dans nos rivières. Tous possèdent des couleurs sombres: vert-gris, noir, brun, olive, mais la plupart des mâles de chaque espèces revêtent de brillantes couleurs au temps du frai. Le dard à ventre jaune (E. exile) est celui qui mérite le plus d'attention. Il possède un corps élancé d'environ 5 cm, deux nageoires dorsales dont l'une est munie de fortes épines au nombre de huit à dix. Ce qui le caractérise le plus cependant c'est la livrée du mâle au temps des amours. "La première nageoire dorsale est bleue à la base, avec ensuite une section transparente se fusionnant avec une bande orange ou rougeâtre, et finalement une bande bleu foncé en bordure. Les bandes des flancs revêtent une intense coloration bleu ou bleu-vert. Les espaces entre les bandes sont orange, rouge orange ou jaunes, avec du jaune sur la face ventrale: les nageoires pectorales et anales sont jaune orange ou rouge orange." (Ref. Poissons d'eau douce du Canada.)

N'importe quelle femelle apercevant un mâle aussi bien habillé ne pourrait rester indifférente! Mais il faut croire que cette dernière veut profiter au maximum de ce spectacle coloré, puisqu'elle se laisse courtiser par deux ou trois mâles à la fois. Finalement le plus audacieux de ces courtisans décide de prendre le dessus et de se débarrasser de ses adversaires, se retrouvant ainsi le seul possesseur d'une femelle plus grande que lui aux couleurs beaucoup moins spectaculaires.

J'avoue que cette espèce me fascine. Les couleurs peuvent varier d'un endroit à l'autre. Plus l'eau est claire et exempte de pollution, plus les couleurs sont brillantes. Il m'arrive souvent lorsque je rencontre un couple de ces dards à ventre jaune de les observer pendant plusieurs minutes. La femelle reste immobile tandis que le mâle accompli sa danse nuptiale autour de celle-ci en se tenant dans une position presque verticale. Cette espèce a une légère supériorité sur les autres, elle est capable de se tenir entre deux eaux pendant un certain temps. Alors que le mâle épuise ses forces à se tenir ainsi pour plaire à sa femelle, il se retrouve sur le fond et y reste quelques instants, juste le temps de reprendre son souffle car cette position verticale demande un gros effort vu l'absence de vessie natatoire.

Une autre espèce très commune est le dard perche. Ses couleurs sont plutôt sobres. Elles varient du vert jaunâtre au vert olive. Il est fréquent de les rencontrer sur des lits de sable en bande de dix à douze, nageant dans un courant vif à quelques cm du fond. Il fraie à la fin du printemps et son principal prédateur est le dard perche lui-même, c'est-à-dire les mâles qui ne fraient pas et qui mangent les oeufs non enfouis dans le sable.

Les dards sont finalement des poissons de fond se retrouvant presque partout au sud du Québec, que ce soit dans les eaux chaudes de la surface ou celles glacées des profondeurs. Certaines espèces peuvent même être gardées en aquarium. Chacune possède une caractéristique très spéciale, que ce soit dans son rapport avec l'homme, dans son mode de reproduction ou de nutrition.

 

W.B. Scott, E.J. Crossman, Poissons d'eau douce du Canada. Bulletin 184
Office des recherches sur les Pêcheries du Canada, Ottawa 1974

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Dernière mise à jour:  04 December, 2005