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LE CRAPET-SOLEIL
(Lepomis gibbosus)

par Roxanne "Roxy" Lamoureux

Revue LA PLONGÉE, Volume IX, No. 12, Décembre 1982

 

Ce poisson qui nous a procuré les meilleurs moments de notre enfance lors de nos débuts en tant que pécheurs, nous réjouira de nouveau en tant que plongeurs, débutants ou non. Qui au cours d'une plongée n'a pas remarqué ces poissons multicolores se tenant en bande et regardant d'un oeil inquisiteur l'étrange intrus que vous êtes. De nature curieuse, tout ce qui bouge ou qui est insolite le fascine. On le retrouve partout, mais il préfère plus spécialement les couloirs dans les herbiers, ou mieux encore un amoncellement de troncs d'arbres ou une structure quelconque comme les piliers d'un quai. Tous les plongeurs connaissent bien le fameux 'train épave" du lac Orford (voir le Guide des sites du Québec sous-marin, région 5). Cette épave est en fait la charpente de bois d'un wagon coulé dans une vingtaine de pieds. Lors d'une plongée, mon copain et moi sommes restés un long moment à cet endroit à observer une trentaine de crapets soleil, folâtrant à travers les planches disjointes du wagon. C'était fascinant! Les crapets s'immobilisaient pour nous examiner à loisir, puis repartaient rejoindre leurs congénères et semblaient leur dire: "Venez voir il y a quelque chose de nouveau par ici"'. C'est presque toujours le même scénario qui se rejoue partout où l'on rencontre ces palettes d'artistes. En effet ce poisson, si modeste qu'il soit, possède une telle gamme de colorie que même la populaire chanteuse Diane Dufresne pourrait en être jalouse. Claude Mélançon dans son livre "Les poissons de nos eaux" nous le décrit comme suit: "Les couleurs de sa livrée ordinaire sont empruntées au bleu de notre ciel d'hiver et au jaune des flaques de lumière qui traînent l'été dans nos sous-bois. En toilette nuptiale il éblouit tout simplement. Des rubis parent sa gorge, des rangs de saphir s'enchâssent dans l'or neuf qui cuirasse ses flancs. Il rutile, il harde au point de se demander où cet Habitant du Nord a bien pu dérober tant de soleil pour justifier son nom. Et que dire du nom indien Cri: Ougoude-Ouache. Allez donc savoir ce que cela signifie."

Le crapet-soleil est un proche parent de l'Achigan, ce dernier peut même être considéré comme un gros crapet, et tout comme l'achigan, il possède les mêmes rites durant la saison des amours. La ponte a lieu au printemps en juin. mais j'ai pu constater à certains endroits que des nids étaient encore gardés au mois d'août. C'est au mâle que revient la charge de préparer le nid nuptial. Pour ce faire, il nettoie avec ses nageoires et sa bouche. un creux du sol d'environ 8 cm de profondeur et 45 cm de large. Souvent on retrouve au centre du nid des racines d'herbage qui sont laissées délibérément pour permettre aux oeufs que pondront 2 ou 3 femelles d'adhérer plus aisément. Comme son cousin l'achigan, c'est le mâle qui se charge d'être le "Baby sitter". Il évente les oeufs. ramène les égarés dans sa bouche et éloigne les intrus même les plongeurs. Lorsque les petits quittent le nid après 11 jours, le mâle refait un nettoyage en règle et va courtiser d'autres femelles pour une deuxième ponte. Il faut croire qu'il adore être père de famille!! Un fait très curieux à remarquer, c'est que selon certains auteurs, il existerait un cas de mutualisme entre le Brochet Maillé et le Crapet Soleil. Selon eux, le Brochet Maillé se tiendrait sur le nid du Crapet Soleil et mangerait les Chattes de l'Est (sorte de petits poissons dorés) qui viendraient tenter de dérober les oeufs du crapet en l'absence de ce dernier.

Ce serait peut-être une des raisons pour laquelle les Crapets Soleil sont si nombreux. À l'âge de deux ans, ce poisson mesure à peine 8 cm. et à sa pleine grosseur. il n'atteindra pas plus de 30 cm dans les cas rares et son poids n'excédera pas 450 gr. Dans nos lacs, la longueur moyenne est de 20 cm. mais de beaux spécimens peuvent être rencontrés dans le Richelieu et le St-Laurent.

Allez vous promener dans les herbiers de nos lacs et rivières et observez-les attentivement. Au printemps c'est la parade nuptiale, le mâle et la femelle se frôlent, se ''bécotent'' et bien sûr Monsieur déploiera toutes ses énergies à séduire. Plus tard c'est la surveillance acharnée des nids, puis au cours de l'été, les petits jouent dans les eaux de la surface, tandis que les adultes, leurs devoirs familiaux accomplis se promènent nonchalamment dans les nombreux couloirs formés parmi les plantes aquatiques. Après tout ce déploiement d'activité, comment ne pas admirer et estimer ce petit poisson qui semble cependant n'être qu'une piètre capture pour les pêcheurs.

 


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Dernière mise à jour:  04 December, 2005