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LE CHABOISSEAU À ÉPINES COURTES
(Myoxocephalus scorpius Linné)

par Roxanne "Roxy" Lamoureux

Revue LA PLONGÉE, Volume 18, No. 3, Juin 1991

 

Vous le reconnaissez? Habituellement on l'appelle le crapaud de mer. Les chaboisseaux se retrouvent autant en eau douce qu'en eau salée, mais quand on parle de crapaud de mer on fait mention de celui représenté ici. On dit d'eux que "Qui s'y frotte s'y pique". C'est un peu vrai si vous les manipulez brusquement. En tait, le plus redoutable des chaboisseaux est celui à 18 épines (Myoxocephalus octodecemspinorus). Son opercule est à éviter car il est armé d'une longue épine acérée qui perce et pénètre gant et peau, infligeant une cuisante brûlure.

Revenons à notre spécimen. Le chaboisseau à épines courtes peut atteindre une longueur de 50 cm pour la femelle et de 42 cm pour le mâle. Malgré cette taille respectable, il est facile de passer à côté sans le voir. Il est tellement confiant en son mimétisme qu'il ne quittera sa position immobile qu'à la toute dernière seconde. Sa coloration est variable et tellement bien adaptée à son environnement qu'il est à peu près inutile d'en dire plus.

Il m'est arrivé à plusieurs reprises de voir des spécimens si drôlement colorés que je les ai surnommés les "clowns de la mer". Il paraît que ce sont les mâles qui s'habillent de la sorte. Le dos et les flancs sont bruns et le ventre jaune pâle. Par contre le corps, à l'exception du dos est recouvert de taches de couleur jaune de la grosseur d'une pièce de dix sous ou moins. On dirait qu'elles ont été peintes à la main.

Un autre jour, un crapaud se tenait sur un fond de vase parmi des débris d'herbes et des signes apparents de pollution bactériologique (mousse grisâtre...). On aurait dit que le poisson lui-même s'était transformé en mort vivant. Même les yeux avaient une drôle de couleur. Lorsque je l'ai touché, il a décampé à toute vitesse, nageoires repliées.

Le chaboisseau à épines courtes se rencontre à peu près partout où le plongeur peut s'aventurer en mer froide. Par contre, en bon commensal de l'homme, il affectionne principalement les abords des quais, toujours à la recherche d'un éventuel repas facile. Il bouffe tout ce qui lui tombe sous la dent: débris de poissons, diverses substances organiques, crabes, crevettes et vers marins. J'ai aussi remarqué qu'il adore les oursins: après en avoir coupé un en deux, j'ai offert ce mets de choix à mon spécimen qui s'est aussitôt mis aux aguets, le regard figé sur son repas. Après quelques minutes de réflexion dans une immobilité complète et exemplaire, il s'est gonflé, a redressé ses nageoires et a bondi sur le mets convoité. L'intérieur de l'oursin a été aspiré en une fraction de seconde.

Le chaboisseau ne pense pas uniquement à manger, il s'intéresse aussi à la survie de son espèce. Son instinct amoureux atteint son paroxysme vers la fin de l'hiver ou au début du printemps dépendant de la région. Contrairement à beaucoup d'espèces marines, le chaboisseau à épines courtes s'unit en couple et non en harem. Après avoir trouvé un fond rocheux par 6 à 11 mètres, les oeufs sont pondus en masse spongieuse dans une crevasse en forme de V. Ils sont maintenus propres et bien aérés par le mâle qui en assume la garde, la femelle ayant déserté le nid pour des eaux plus profondes. Dans une eau à 0°C, les oeufs prendront environ 3 mois à se développer. Les larves d'environ 8 mm resteront sur le fond un certain temps et ne se préoccuperont que de manger et de grandir. A l'âge de 6 ou 8 ans (pour le mâle et la femelle respectivement) leur cervelle sera en mesure d'ajouter deux nouveaux mots à un vocabulaire "crapaud" bien restreint: sexe et reproduction. Petits coquins va...

Le crapaud n'a pratiquement pas d'ennemis sauf les 21 espèces de parasites qui envahissent son corps. Pas surprenant que les prédateurs lui fassent la moue. La seule utilité que ce poisson peut avoir en plus d'être un vidangeur, c'est qu'il a été utilisé assez longtemps comme appât dans les casiers à homards. De nos jours, cette pratique a été délaissée mais on peut lui réserver une certaine attention car il est un sujet facile à observer et à photographier pour les plongeurs.

 

Bromley, Joan E. C., Bleakney, J. Sherman, Keys to the Fauna and Flora of Minas Basin,
Conseil national de recherches du Canada, 1985

 


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Dernière mise à jour:  04 December, 2005