Si vous plongez souvent en lac ou en petites rivières à cours rapide, vous
connaissez le CATOSTOME au moins de vue sinon que de nom. D'ailleurs, Si vous
hésitez avant de reconnaître un catostome rouge (Catostomus Catostomus - Forster)
ou un catostome noir (Catostomus commersoni - Lacépède), consolez-vous,
vous n'êtes pas seul à en perdre votre latin. On retrouve plus de 30 noms
scientifiques divers pour désigner deux espèces dans ces nomenclatures
courantes.
Et encore si les couleurs ne suffisent pas à vous dérouter (10 genres et 65
espèces!), comparez un catostome avec un moxostome et vous m'en direz des
nouvelles... Surtout en plongée, cette comparaison relèverait de l'exploit car
il faudrait, l'espace d'une seconde, compter les nageoires, le nombre des
écailles, enregistrer la couleur et, ce faisant, aller jeter un regard furtif
sous le "méné" pour y voir clairement la forme "des
babines" ! Ouf ! Ça c'est du sport ! Surtout en apnée...
Bref il est presque impossible de démêler cette belle famille des meuniers
et des suceurs sans en attraper des spécimens et les observer calmement à
loisirs autour du feu, un bon "SCOTT et CROSSMAN" entre les mains.
(N.B. il s'agit d'un volume d'identification et non d'un Whisky).
Aussi avons-nous choisi de décrire les us et coutumes des deux espèces les
plus communément rencontrées en plongée au Québec: le MEUNIER ROUGE et le
MEUNIER NOIR.
Citons quelques faits intéressants au sujet de ces deux compères: La chair
de ces poissons est savoureuse et le "noir", entre autre, surtout s'il
est capturé en eau froide au printemps, est digne des meilleures fritures ou
soupes de poisson.
Ces vulgaires "carpes à cochons" peuvent atteindre jusqu'à 25
pouces (60 cm) de longueur et vivre jusqu'à 17 et 22 ans.
Malgré leur fâcheuse réputation de "mangeurs d'oeufs", calomnie
que bien peu d'observations semblent corroborer, nos deux compères seraient
plutôt des victimes désignées pour la plupart des espèces dites
"sportives" (le brochet, la truite, le doré et l'achigan).
Ils se nourrissent exclusivement d'invertébrés qu'ils recueillent au fond
des lacs. Le meunier rouge peut vivre jusqu'en grande profondeur (20 à 200
mètres), le noir pour sa part préfère les eaux plus chaudes qui se situent de
6 à 10 mètres. Au crépuscule. l'heure "où tous les chats sont gris",
ils s'approchent des rives pour se nourrir. Aussi n'est-il pas surprenant qu'il
se trouve quelque plongeur novice pour confondre ces robustes poissons
cylindriques de 30 à 50 cm avec des "truites"... D'où les hauts cris
et les discussions contradictoires certains soirs d'après plongée autour du
feu de camp.
Pauvre catostome ! Même au moment crucial et combien solennel de ses noces,
on le confond encore avec une autre espèce. Lorsque l'eau des tributaires des
lacs atteint 5° C, le meunier rouge remonte le courant vers un lit de gravier
pour faire sa cour. Le meunier noir, lui, préfère une eau à 10° C pour ses
ébats. À cette époque de la mi-mai, des centaines et des centaines de
catostomes passent en trombe dans les ruisseaux et petites rivières et tous,
plongeurs et pêcheurs, de s'écrier "VIENS VOIR LES CARPES !" Quel
affront !
Le catostome, un des beaux poissons de nos lacs, est aussi un des moins biens
connus. Certes il n'a pas les coloris d'un poisson tropical, il ne bénéficie
pas d'une aussi bonne presse que la truite, le doré, l'achigan et le brochet.
mais pourtant il constitue une des principales boëte (appât) de la pêche
sportive lorsqu'il est méné. À ce titre sa valeur commerciale dépasse de
beaucoup celle de plusieurs autres espèces. Claude Melançon le surnomme "le
lièvre de l'eau". et son rôle de transformateur d'énergie, de
victime facile, devrait attirer notre respect.
À votre prochaine rencontre sous-marine avec une "carpe à
cochon", suivez ce catostome, en plus d'un mot nouveau vous aurez appris à
reconnaître un poisson important de la chaîne alimentaire de nos lacs.
LA PLONGÉE