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L'ANGUILLE D'AMÉRIQUE
(Anguilla rostrata)

par Roxanne "Roxy" Lamoureux

Revue LA PLONGÉE, Volume 19, No. 1-2, Avril 1992

 

Corps excessivement allongé et souvent presque rond en coupe transversale, crâne allongé, mâchoires bien développées et dentées. Au-delà de cette description scientifique, l'anguille d'Amérique, d'ailleurs la seule espèce présente dans les eaux de l'Est du Canada, est davantage connue par les expressions qui y font référence comme "il y a anguille sous roche" ou "souple comme une anguille".

Cependant l'anguille demeure pour les plongeurs un spécimen rarement rencontré, à moins qu'ils ne soient adeptes de la plongée de nuit dans des cours d'eau menant à la mer tels le Saint-Laurent, le Richelieu ou les rivières à saumons.

Les anguilles sont avant tout des poissons de mer. Leur développement jusqu'à la maturité sexuelle se fait en eau douce et l'instinct de reproduction les attire vers la mer où elles perpétuent l'espèce. Elles sont dites catadromes (qui retourne vers la mer pour se reproduire) par opposition à anadrome (comme le saumon qui remonte en eau douce pour se reproduire).

L'anguille change de couleur à plusieurs reprises à partir de l'état larvaire jusqu'à l'âge adulte. Au stade larvaire, elle est de forme lancéolée (un peu comme une feuille) et transparente comme du verre. Elle garde cette absence de coloration jusqu'au moment où elle revient vers la côte pour remonter en eau douce. À ce stade, on l'appelle anguille transparente.

À son premier contact avec les eaux saumâtres ou douces, elle tourne au vert grisâtre et est connue alors sous le nom de Civelle ou Pibalde. Plusieurs années en eau douce transforment l'anguille en adulte et sa robe tourne au jaune verdâtre ou brun olive, parfois avec des teintes jaunes, vertes et jaunes ou rose orangé sur les flancs. Le dos est plus foncé et le ventre plus pâle. Elle est alors surnommée anguille jaune. Puis, quand l'instinct de reproduction se fait sentir et qu'elle retourne vers la mer, elle acquiert un reflet métallique, le dos devenant alors bronzé presque noir et le ventre pâle ou argenté (anguille argentée).

Les anguilles que j'ai aperçues dans une fosse à saumons arboraient des couleurs verdâtres sur le dos et jaunâtres sur le ventre. Je n'en avais jamais vu durant le jour à cet endroit malgré le bon nombre de plongées que j'y ai fait. La souplesse avec laquelle elles se déplacent m'a impressionnée. Cet animal se faufile partout, contournant les obstacles qui se présentent devant lui. Il disparaît sous un tronc d'arbre pour ressortir de l'autre côté sans pour cela ralentir sa course. Les anguilles semblaient fuir les rayons lumineux de ma lampe et se contorsionnaient lorsqu'elles étaient prises dans une impasse sans autre choix que de revenir vers moi pour en sortir. C'est le très grand nombre de vertèbres (de 103 à 111) qui permet à l'anguille de se mouvoir ainsi comme un ver de terre.

L'anguille d'Amérique passe environ un an en mer après sa naissance avant de poursuivre sa croissance pendant plusieurs années en eau douce jusqu'au stade de reproducteur. Elle regagne ensuite à nouveau l'océan dans les eaux profondes au large du plateau continental, probablement vers le Sud des Bermudes dans la mer des Sargasses pour, supposent les chercheurs, mourir après le fraie. Dans nos eaux canadiennes, les femelles peuvent atteindre 101 cm, tandis que les mâles ne dépassent guère les 60 cm. Cependant, un pêcheur de Gaspé m'a affirmé avoir capturé un spécimen de 122 cm et qu'il n'est pas rare de voir des anguilles de 105 cm de longueur.

Les anguilles chassent surtout la nuit, restant enfouies dans la vase le jour, où elles circulent librement. Contrairement à la croyance populaire, elles ne sont pas des charognards. Elles préfèrent les proies vivantes comme les larves d'insectes et les jeunes saumons.

Des connaissances encore incomplètes

Il existe bien des croyances populaires sur cet animal. Encore aujourd'hui, plusieurs points demeurent obscurs et il faudra beaucoup d'années de recherche pour arriver à connaître cette espèce. Par exemple :

  • Qui n'a pas entendu dire que les anguilles se transportent la nuit, d'un cours d'eau à l'autre, en rampant dans l'herbe humide? Cela est parfaitement plausible, car le système branchial de l'anguille est profondément caché sous sa peau grasse et épaisse de sorte que même si l'animal sort de l'eau, il peut vivre assez longtemps, car ses branchies sont baignées d'eau où l'oxygène aérien se dissout aisément.
    À ce sujet, un pêcheur d'anguilles de la région de Gaspé, Germain Fournier, m'a affirmé que si une anguille s'échappe d'un seau, elle rampe à une vitesse surprenante vers la mer puisqu'elle est capable de vivre, selon lui, plusieurs heures hors de l'eau.
  • Un auteur affirme qu'une anguille européenne gardée en captivité à partir de l'âge de trois ans serait morte 85 ans plus tard.
  • Il n'y aurait pas de différence sexuel le chez les anguilles avant qu'elles n'atteignent l'embouchure de leur rivière. Cette affirmation pourrait être véridique à la seule nuance que ce n'est qu'après six ou sept ans de vie en eau douce qu'elles se métamorphoseraient.
  • Claude Mélançon, naturaliste, mentionne dans Les poissons de nos eaux que ce ne sont que les femelles qui remontent en eau douce et qu'elles retournent à la mer 20 ans plus tard.

Je remercie Germain et Fernand Fournier, tous deux de Gaspé, pour m'avoir aidée dans mes recherches même si cette démarche contredisait parfois mes lectures.

 


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Dernière mise à jour:  04 December, 2005