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AMOUR ET REPRODUCTION

par Roxanne "Roxy" Lamoureux

Revue LA PLONGÉE, Volume IX, no. 3-4, Mars / Avril, 1982

 

Un titre bien original pour une chronique de ce genre, vous direz ? Je ne crois pas. Combien d'entre vous connaissent les moeurs de nos poissons concernant leur mode de reproduction. Quand et où vont-ils frayer ? Qu'arrive-t-il à leur progéniture après la ponte ? Il est pourtant facile d'observer un très grand nombre des HABITANTS DE NOS EAUX durant cette période, à condition de les connaître un peu. C'est pourquoi je me propose ce mois-ci de vous éclairer sur le sujet, afin que vous puissiez apprécier d'avantage la vie en eau douce et aussi éviter la destruction de centaines de poissons due à votre ignorance.

Le printemps est la saison favorable pour la fraie d'un très grand nombre de poissons. L'achigan que tout plongeur connaît bien attend que la température de l'eau atteigne 15° C environ pour manifester ses premiers signes d'amour. Le mâle gratte alors le fond avec sa queue pour y aménager un nid concave. Il part ensuite à la recherche d'une femelle qu'il guidera au nid, où elle y pondra quelques cinq milles oeufs. Le couple surveille amoureusement leur progéniture en éventant les oeufs aidant ainsi à l'oxygénation et en éloignant tous les intrus, y compris les plongeurs. Lorsque les petits sont en âge de se déplacer, ils forment une masse noirâtre étroitement surveillée par leurs parents.

Le crapet soleil et le crapet de roche ont pratiquement les mêmes moeurs que l'achigan. Ils creusent un nid au printemps, et surveillent agressivement leurs petits. Il est donc facile de les observer en cette saison. Lorsque vous apercevez une tache claire d'environ deux pieds de diamètre sur un fond rocheux, approchez-vous doucement pour observer un couple de ces poissons en activité. Mais attention aux brusques coups de palmes qui disperseraient aussitôt les oeufs. Les autres poissons n'attendent que ce moment pour s'en régaler.

Début juillet, c'est la barbotte brune qui devient amoureuse. Un nid creusé, la ponte et la garde par le couple de 2,000 à 13,000 oeufs. Chacun à tour de rôle éventera la couvée avec leurs nageoires pour oxygéner les futures barbottes. Puis huit ou neuf jours plus tard, a lieu l'éclosion. Les parents continueront la surveillance de leur grouillant troupeau en les dirigeant dans les eaux remplies de plancton, et vers les vases riches en petites larves qu'ils déterreront pour leurs enfants. On dirait des mères poules à la recherche de vers pour leurs poussins. Touchant n'est-ce pas ?

Immédiatement après la fonte des glaces le brochet et le maskinongé commencent à s'agiter. Les frayères se situent dans les baies des grands lacs, là où la végétation est dense. La poursuite de la femelle par les mâles se termine par la ponte qui s'effectue dans un parfait synchronisme de spasmes et de vibrations. Les séances de ponte se répètent une dizaine de fois dans la journée et chaque fois avec un mâle différent. Il est facile de repérer les oeufs adhérant aux plantes, Si toutefois vous voulez bien vous aventurez dans ce genre de décors. À leur naissance, deux semaines plus tard, les jeunes resteront collés aux plantes jusqu'à la résorption de leur sac vitellin.

Un petit poisson un peu plus accessible à l'observation et moins impressionnant que le maskinongé est la perchaude. Les frayères sont localisées près des rivages ou dans l'embouchure des rivières. Par contre il faut être nocturne et pas frileux pour les contempler, car la ponte a lieu de nuit ou au petit jour à la fin d'avril. Si, lors de vos explorations durant cette saison, vous apercevez de longs rubans pliés à la façon d'un accordéon accrochés aux branches, dites-vous qu'un couple de perchaudes s'en est donné à coeur joie il n'y a pas longtemps, et que ce que vous voyez ce sont les oeufs de cette espèce.

Un autre habitant de nos eaux, facile et agréable à observer est le goujon à nez noir communément appelé méné. Au printemps, le mâle se pare de sa toilette nuptiale qui ne laisse pas indifférente la femelle... et les plongeurs. La barre latérale noire agrémentée de nageoires inférieures rouges ne fait pas passer inaperçu ce petit poisson de quatre pouces à la recherche d'un fond de gravier pour la ponte. Il affectionne particulièrement les rapides d'un ruisseau et ces ménés se tiennent en bande de quelques centaines d'individus.

Plusieurs autres poissons restent à découvrir. Si vous vous intéressez à ce genre d'observation, le Ministère du Tourisme, de la Chasse et de la Pêche (M.T.C.P.) publie un excellent rapport technique intitulé "Frayères à poissons d'eau chaude du couloir fluvial entre Montréal et le lac St-Pierre", qui étudie une quinzaine d'espèces différentes. Ces informations peuvent être complétées par le livre de Paul Provencher, "Mes observations sur les poissons", un peu moins technique, mais très intéressant.

Bonnes contemplations !

 

Frayères à poissons d'eau douce du couloir fluvial, entre Montréal et le Lac St- Pierre.
Rapport Technique: M.T.C.P.

Paul Provencher, Mes observations sur les poissons


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Dernière mise à jour:  04 December, 2005