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L'ACHIGAN À GRANDE BOUCHE
(Micropterus salmoïdes)

par Roxanne "Roxy" Lamoureux

Revue LA PLONGÉE, Volume 11, No. 3, Juillet / Août 1984

 

Quel est donc ce poisson curieux qui nous observe constamment si on se trouve sur son territoire. Ses flancs parcourus d'une large bande foncée partant de la partie antérieure de l'opercule et se prolongeant jusqu'à la base de la caudale. Pour ceux qui ne l'auraient reconnu, je veux parler de l'Achigan à grande bouche.

Ma première rencontre avec ce poisson jaunâtre m'a laissée un peu dans l'incertitude quant à son identification. Il ressemble à un achigan à petite bouche mais son corps est plus profilé. Sur le moment j'ai cru que c'était un juvénile de cette espèce puisque sa longueur était d'à peine 13 cm. Cependant sa couleur plus pâle, tirant sur le jaune sombre, et sa ligne latérale prononcée, large et foncée, me faisaient hésiter. Par la suite, j'ai revu un autre achigan à grande bouche mais sa taille était beaucoup plus impressionnante.

J'étais en compagnie de mon meilleur copain de plongée qui lui aussi possède une certaine expérience dans l'identification de poissons. Une courte randonnée en apnée dans le Richelieu, sur la rive ouest, face au fort Chambly, nous a permis ce face à face avec un "old timer" de la famille achiganne. Il nageait d'une façon nonchalante et semblait sûr de lui vu sa grande taille, soit 50 cm environ pour une hauteur de presque 15 cm. Des histoires de pêcheur vous me direz mais en voyant ce magnifique spécimen j'ai sorti ma tête de l'eau au même moment que mon copain qui venait aussi de le voir. Lui aussi l'avait vu.

Ce poisson atteint en général une taille d'environ 203 à 381 mm (record mondial 827 mm) et se rencontre plus souvent dans les cours d'eau à végétation dense. Son aire de distribution est beaucoup moins répandue cependant que l'achigan à petite bouche puisque ce dernier se rencontre partout où le fond est rocheux ou sablonneux, avec une faible densité de flore. Par contre l'achigan à grande bouche est aussi familier que ce dernier et manifeste un faible pour les jeunes écrevisses sur lesquels il se précipite avec convoitise dès que vous lui en présenterez une. Tout au long de l'été son menu sera agrémenté de petits poissons, d'insectes aquatiques et terrestres. C'est un compétiteur alimentaire pour un vaste assortiment de poissons d'eau chaude autant à l'âge adulte que lorsqu'il est jeune. Sa voracité ne s'arrêtera qu'au moment où il entrera en léthargie hivernale. Ce n'est qu'au printemps suivant lorsque la température de l'eau aura atteint 15,6° C qu'il reprendra réellement ses activités. A ce moment, les adultes mâles se chercheront un emplacement pour y élever leur famille. Le nid nuptial sera préparé en nettoyant un endroit sableux, graveleux ou de vase molle d'un diamètre de 61 cm pour une profondeur de 25 à 30 mm. Le mâle à ce moment de l'année est très agressif et défendra le territoire qu'il se sera établi parmi les roseaux, les scirpes ou les nénuphars. Le comportement reproducteur ressemblant à celui de l'achigan à petite bouche, est très versatile: poussées, petites morsures, nage parallèle en position verticale et femelle inclinée à 45° et pontes répétées à de courts intervalles. Le nombre d'oeufs pondus par la suite variera de 2,000 à 7,000 par livre de poisson. Quand on sait que le record mondial est de 22 livres, ça fait des oeufs... La femelle ayant terminé une ponte avec un mâle ira se faire courtiser plusieurs fois en passant d'un nid à l'autre et en laissant le mâle sur le nid précédent. Celui-ci aura alors la charge de ventiler les oeufs et éloigner les intrus pendant environ un mois.

A ce moment, les jeunes auront de 5,4 à 6,3 mm de longueur et seront d'un vert pâle, contrairement aux achigans à petite bouche qui sont noirs. Ils se nourriront d'invertébrés et leur taux de croissance sera très rapide. Par contre leur taux de survie jusqu'à 254 mm est très réduit (5 à10 par portée).

Son habitat se trouve dans les couches d'eau chaude des petits lacs peu profonds et dans les baies peu profondes des grands lacs. Il se retrouve à l'aise dans les endroits à fond mou d'où émerge une variété de plantes d'étangs. Il cohabite avec le grand brochet, le maskinongé, la perchaude, la barbotte et plusieurs crapets et ménés. Sa température préférée se situe entre 26,6° et 27,7° C.

Voilà pour ce poisson presque exclusivement recherché par les pécheurs sportifs. Quant à nous, plongeurs, on l'apprécie pour sa familiarité face aux intrus que nous sommes et pour son comportement nuptial, quand on a la chance comme moi de tomber sur un nuage de ces jeunes (environ 2,000) au centre duquel se trouvait papa qui gardait l'oeil ouvert. Spectacle inoubliable pour tout plongeur amateur.

 

W.B. Scott et E. J. Crossman: Poissons d'eau douce du Canada, 1974


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Dernière mise à jour:  04 December, 2005